AZERBAÏDJAN – Le braconnage culturel et religieux continue

Des pèlerins devant l’église de Kish

Le silence des responsables des grandes Églises traditionnelles concernant les deux dernières guerres d’agressions lancées par l’Azerbaïdjan en 2020 et 2022, l’occupation d’une partie du territoire souverain de l’Arménie et l’annexion de l’Artsakh qui a entrainé une épuration ethnique radicale de la région demeure à ce jour un grand scandale. Les quelques modestes, et très discrets, signes de compassion qui sont manifestés parfois par les uns et les autres relèvent du strict « minimum syndical ». Dans le même temps, nous avons assisté à des manifestations de soutien de ces mêmes Églises à l’autocratie aliévienne dont les plus récentes ont été la participation de responsables religieux de premier plan au sommet inter-religieux convoqué à Bakou en novembre 2024, à la veille de la COP 29 par I. Aliev. Parmi les hôtes de marques de ce rassemblement, se trouvaient Mgr Claudio Gugerotti, le Préfet au dicastère des Églises orientales du Vatican, le Métropolite Emmanuel de Chalcédoine, membre du Saint Synode du Patriarcat œcuménique de Constantinople[1], le Métropolite Benjamin de Minsk, Exarque patriarcal de toute la Biélorussie pour le Patriarcat de Moscou[2]. Un mois plus tard, le 16 décembre, l’archevêque Paul Gallagher, Secrétaire du Saint-Siège pour les Relations avec les États et les organisations internationales[3] était reçu par Ilham Aliev. Le prélat opérait une visite à Bakou afin de bénir le terrain d’une nouvelle église catholique dédiée à saint Jean-Paul II et dont la construction est en partie financée par la Fondation Haydar Aliev. A cette coopération des « grands », il faut ajouter celle des instances « inférieures », locales, de ces Églises qui collaborent ouvertement avec le régime aliévien. Parmi les dernières initiatives, deux méritent d’être évoquées.

Vers une intégration des Oudis dans l’Église orthodoxe russe ?

Les liens entre le diocèse d’Azerbaïdjan de l’Église orthodoxe russe et la prétendue « Communauté chrétienne albanienne des Oudis d’Azerbaïdjan » sont visiblement entrés dans une nouvelle phase  comme l’attestent les dernières informations disponibles sur le site du diocèse d’Azerbaïdjan de l’Église russe[4] comme celui des Oudis. On y apprend que le 12 janvier dernier, l’évêque russe Alexy [Smirnov] a célébré la première Divine liturgie de l’année en l’église [arménienne] saint Élysée, également appelée « église de Jotari »[5], du village de Nij, dans la région de région de Gabala. Pour l’occasion, le primat était accompagné par l’archiprêtre Dyonisos Svechnikov, du hiéromoine Cyril Niktine, du protodiacre Vadim Tokarev et d’un groupe de chantres de la cathédrale russe de Bakou. Quelques membres du groupuscule des Oudis de la prétendue « Église albanienne » ont non seulement participé à cet office, mais aussi communié au même calice que les fidèles russes venus de Bakou. L’examen des photographies publiées à cette occasion est parlant. On peut y voir Rafik Tanakari, le « responsable » religieux promu par Robert Mobili, le chef « politique » des Oudis, assurer une lecture durant cette liturgie et recevoir la communion des mains de l’évêque Alexy, les bras croisés sur la poitrine, imitant ainsi la posture des fidèles russes[6]. Le fait d’importance si l’on considère l’extrême rigorisme de l’Église russe en la matière.  Fermement campée sur ses principes ecclésiaux qui limitent de manière drastique la communion, peu encline au « partage » ou à « l’hospitalité » eucharistique, l’Église russe n’admet en effet aucun « hétérodoxe » à la communion. Le fait que des oudis communient des mains de l’évêque Alexy peut signifier que ceux-ci ont été soit reçus[7], soit baptisés et confirmés, dans l’Église orthodoxe russe. Dans les deux cas, cette entrée des Oudis dans l’Église russe, donc leur passage à l’orthodoxie chalcédonienne, signifierait la fin de leurs ambitions d’autocéphalie[8]. De ce fait, alors qu’ils accusent les Arméniens d’avoir « liquidé » l’Église albanienne en 1836 avec la « complicité » du pouvoir russe, ils renonceraient d’eux-mêmes à l’idée de « ressusciter » cette Église.

Ephrem II et Mobili

Rafik Tanakari, le prédicateur oudi communiant

Mgr Alexy entouré de pèlerins oudis

La relation de cette célébration publiée par le diocèse de l’Église orthodoxe russe précise « qu’à la fin de la liturgie, Mgr Alexy s’est adressé aux personnes rassemblées dans l’église par des paroles de félicitations à l’occasion de la naissance du Christ ». De son côté « Robert Mobili,  le chef de la communauté albanienne oudie, a remercié l’évêque au nom des Oudis orthodoxes pour son soutien spirituel et a exprimé l’espoir d’une coopération future avec le diocèse de Bakou »[9]. Ces propos indiquent clairement qu’à défaut de pouvoir s’ériger en Église autocéphale, les Oudis sont désormais prêts à entrer dans l’Église orthodoxe russe[10]. Mais cette perspective s’avère difficile après l’établissement de la responsabilité de la Russie dans l’affaire de l’incident de l’avion azerbaïdjanais abattu en décembre 2025 et la tension diplomatique apparue à cette occasion entre Bakou et Moscou.

Bartholomée – Mobili

Cette intégration des Oudis dans l’Église russe semble aujourd’hui d’autant plus problématique que l’évêque Alexy Smirnov qui avait été désigné primat de Bakou par le patriarche Cyril en juin 2024[11] incarne la ligne nationaliste russe à laquelle s’opposait la ligne « locale » soutenue par le pouvoir azéri et dont le champion était l’archimandrite Alexy Nikonorov réputé pour son engagement au service de la propagande aliévienne [12].

Mais les Russes ne sont pas seuls à pratiquer le « braconnage œcuménique » comme l’atteste le récent « pèlerinage » d’un groupe de jeunes catholiques de Bakou dans les églises arméniennes et géorgiennes du nord-ouest de l’Azerbaïdjan. Le compte-rendu de ce « pèlerinage » insolite qui a eu lieu du 25 au 27 janvier dernier figure sur le site de l’église catholique de Bakou[13]. Le seul titre de l’article suffit pour comprendre les motivations et l’esprit dans lequel l’Église catholique du pays présente l’héritage chrétien de cette région en gommant son appartenance aux Églises arménienne et géorgienne. Le  texte intégral de l’article figure sur le site de l’Église catholique en Azerbaïdjan.

Nord Azerbaidjan

 

Faux angélisme ou duplicité de l’Église catholique d’Azerbaïdjan ?

 Depuis son titre jusqu’à sa dernière ligne, ce texte est un véritable monument de désinformation. Son titre informe que du 25 au 27 janvier, « les jeunes catholiques d’Azerbaïdjan » ont effectué « un pèlerinage dans les antiques églises et sanctuaires chrétiens » situés dans la région nord-ouest de l’Azerbaïdjan. On remarque d’emblée que si les pèlerins y sont clairement identifiées, les sanctuaires, eux, ne le sont pas. Ces églises sont présentées comme « d’antiques églises et sanctuaires chrétiens » dont on ne précise pas si ils ont été bâtis par des populations locales ou par des extra-terrestres. Le rédacteur poursuit « Accompagnés du père Vladimir Baksa et des sœurs Slavka et Elena, les jeunes pèlerins ont visité des lieux historiques et pittoresques du pays comme Sheki-Kish[14] , Oguz[15] et Gakh[16], où d’anciennes églises et sanctuaires chrétiens ont été conservés ». Toujours aucune information sur l’origine et l’appartenance ecclésiale de ce sanctuaires … Après avoir visité l’église arménienne de Kish, Margarita Remnivtseva, paroissienne de l’église catholique de Bakou  et participante au pèlerinage déclare « Chaque étape était marquée d’une atmosphère particulière. La majestueuse église de Kish, célèbre pour son architecture ancienne, est devenue un lieu où les pèlerins se rassemblaient pour une prière commune ». Visiblement, à aucun moment, Mme Remnivtseva ne s’est posé la question de l’origine de ces églises.

On ne peut naturellement que se réjouir du réconfort moral et spirituel que Margarité et ses compagnons ont trouvé dans ces églises, mais on aurait également aimé qu’ils puissent partager leur prière avec les fidèles des Églises qui les ont bâties, ou du moins, avoir quelques pensées pour ceux qui en ont été chassés et dépossédés, c’est-à-dire les Arméniens et leurs frères oudis et les Géorgiens.

Le pèlerinage est une chose importante pour le chrétien. Les Arméniens qui sont l’une des plus anciennes chrétientés, si ce n’est la plus ancienne, ont une grande tradition de pèlerinage dont il ne reste malheureusement que peu de choses du fait des viscitudes de l’histoire. Il suffit de se souvenir des grands pèlerinages de l’Arménie historique aux antiques monastères du saint Précurseur et des saints Apôtres de Mouch, de ceux des martyria de saint Barthélémy et de saint Thadée et de bien d’autres. La plupart de ces sanctuaires ont disparu à la suite du Génocide de 1915. La destruction des hommes s’est accompagné de celle des églises et des monastères. De la même manière, le patrimoine immatériel que constituaient ces pèlerinages, n’est plus. L’antique liturgie propre au rite arménien s’est tue dans tous ces lieux, à l’exception du monastère de saint Thadée qui, par les hasards de l’histoire, s’est retrouvé en territoire iranien. Il en est de même dans cette région de la « Véritable Albanie »[17][Poun Aghvank] où subsistent – mais pour combien de temps encore ?-  des églises et des monastères bâtis par les Arméniens et les Géorgiens.

L’Azerbaïdjan, coupable de recel et de  « faux en écritures »

Jusqu’à la « Première Guerre du Karabagh » des années 90 du 20e siècle, quelques localités arméniennes ou arméno-oudies et géorgiennes existaient encore dans cette région du Nord-ouest de l’Azerbaïdjan. Aujourd’hui, hormis le village de Nij, véritable « village Potemkine » imaginé et promu par le régime Aliévien dans lequel vivent quelques centaines (?) d’Oudis chrétiens[18], il n’y a plus d’autres chrétiens, ni arméniens, ni géorgiens dans cette région autrefois riche de nombreux villages habités depuis des temps immémoriaux par ces trois peuples[19]. Les Oudis musulmans sont majoritairement restés dans la région, tandis que les Oudis chrétiens y ont été en grande partie massacrés par les Turcs et les Azerbaïdjanais entre 1918 et 192O[20]. Les survivants de ces tueries de masses ont majoritairement émigré en Russie[21], au Kazakhstan ou en Ukraine. A la suite du dernier exode des Arméniens des années 89-90 du 20e siècle, un petit nombre d’entre eux, environ 200, se sont installés dans trois villages d’Arménie, à Bagratashen, Ptghavan et Debedavan [22]. Dès 1922, les Oudis de cette région qui étaient entrés dans l’Église orthodoxe avaient décidé d’émigrer vers la Géorgie où ils se sont installés dans le village de Zinobiani qui demeure à ce jour la seule localité oudie de ce pays[23].

Aujourd’hui, quelques églises de ces communautés qui subsistent dans la région sont utilisées par la propagande aliévienne dont les Eglises catholique et orthodoxe du pays sont, en toute conscience, les complices.

Cependant, afin de pouvoir utiliser ce patrimoine, l’Azerbaïdjan doit par un tour de passe-passe « corriger » l’histoire, gommer l’origine de ces sanctuaires pour leur donner une autre identité. Pour y parvenir, un petit groupe de « spécialistes »,« d’historiens de l’art » et « d’historiens »  azerbaidjanais ont été mis à la tâche par Bakou. Quelques non-azerbaïdjanais, manipulés ou corrompus, contribuent à ce travail de « réécriture », « de révision » de l’histoire de la région.

Le palimpseste arménien

Dans les années 90 du 20e siècle, le professeur Zaza Aleksidzé, membre de l’Académie des Sciences de Géorgie et directeur de l’Institut des Manuscrits de Tbilisi, avait découvert à l’occasion d’une mission au monastère de Sainte Catherine au Mont Sinaï des manuscrits géorgiens qui se sont avéré être des palimpsestes, c’est-à-dire des feuillets de manuscrits « décapés » de leurs premiers écrits pour être réutilisés. L’analyse de ces palimpsestes avait révélé l’existence de textes plus anciens rédigés dans un alphabet qui a ensuite été décrypté par Aleksidzé. Il en avait conclu qu’ils étaient écrits en langue albanienne. Or, dans son ouvrage intitulé « La vie de Machdots », Gorune, son élève, nous apprend que l’alphabet albanien avait été inventé par saint Mesrob Machdots.

On le sait, l’histoire est parfois facétieuse. Elle peut jouer des tour à ceux qui tentent de jouer avec elle.

L’Azerbaïdjan est une sorte de grand palimpseste que les Aliev et leurs prédécesseurs essaient d’écrire depuis 1918. Mais de l’Artsakh jusqu’à l’Albanie et jusqu’aux aux portes de Bakou, les peuples qui les ont précédés sur ces terres ont déjà écrit une histoire. Il suffit de gratter la couche la plus récente pour que l’original se révèle.

Les jeunes pèlerins catholiques qui ont visité ces sanctuaires et qui vivent à l’heure des nouvelles technologies et de l’intelligence artificielle seraient bien inspirés d’utiliser tous ces moyens extraordinaires pour s’interroger sur la passé de ces terres chrétiennes il n’y a encore pas si longtemps de cela.

Quant à nous, qui sommes les véritable héritiers de ces terres et de ces sanctuaires, il nous revient de rappeler sans cesse à l’Azerbaïdjan et au Monde cette réalité.

Sahak SUKIASYAN

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[1] Le 2 juin 2023, alors que les 120 000 Arméniens vivant encore en Artsakh étaient soumis depuis dix mois à un blocus inhumain par Bakou, ce dernier adressait à I. Aliev une lettre vantant les qualités et mérites de dirigeants du dictateur et de son père. Il insistait en particulier sur leur rôle dans la « reconnaissance internationale du patrimoine ancien de l’Azerbaïdjan ». Lequel s’est, comme on le sait, soldé par de multiples attaques contre le patrimoine chrétien arménien millénaire et par la destruction de plusieurs sanctuaires, dont les églises de la sainte Ascension de Bertzor et saint Jean Baptiste de Chouchi. La version anglaise de cette lettre est toujours disponible sur le site de l’agence de presse officielle azérie « AZERTAG »   https://azertag.az/en/xeber/from_emmanuel_elder_metropolitan_of_chalcedon-2646251

[2] Sahak Sukiasyan, Un 3e  « Sommet interreligieux » en prélude à la COP 29 de Bakou, Nor Haratch du 8 novembre 2024.

[3] Le ministre des Affaires étrangères de l’État du Vatican.

[4] https://pravoslavie.az/newses/news/?id=14957

[5] Cette église arménienne placée sous le vocable de saint Élysée aurait été construite par un martyr du IVe siècle du nom de Վլաս [Blaise]. Elle a été reconstruite dans les années 1840 par un prêtre arménien nommé Asdvadzadour Jodaniants. C’est de son patronyme que proviendrait ce nom de « Jotari ». En 2004, le sanctuaire a été l’objet d’une « restauration » sauvage de la part des autorités azerbaïdjanaises qui l’a privée de toutes ses inscriptions arméniennes. L’église est depuis ce temps occupée par les oudis prétendument chrétiens.

[6] Dans plusieurs petites vidéos, on peut aussi constater que les Oudis se signent dorénavant à partir de l’épaule droite vers l’épaule gauche, comme les orthodoxes chalcédoniens, et non comme le faisaient les générations précédentes de la communauté oudie alors membres de l’Église apostolique arménienne, de l’épaule gauche vers l’épaule droite.

[7] Les membres des anciennes générations nées avant la soviétisation de l’Azerbaïdjan, lorsqu’ils étaient baptisés, l’étaient dans l’Église apostolique arménienne et fréquentaient alors les églises arméniennes locales. Au 20e siècle, quelques-uns de ces fidèles, peut-être déjà manipulés par le pouvoir russe,  avaient rejoints l’Église orthodoxe.

[8] Dans le passé, Robert Mobili [précédemment Mobiyan], le fondateur et « idéologue » de cette prétendue « Église », s’est rapproché de plusieurs responsables d’Églises, dont les Syriaques de Turquie, sans doute avec l’objectif de faire ordonner prêtre son acolyte Rafik Tanakari. Visiblement, aucune de ses tentatives n’a abouti. Bien que toujours laïc, Tanakari porte la soutane, un couvre-chef de religieux  et une croix pectorale. Depuis peu, Robert Mobili se présente également avec une coiffe qui a un vague air religieux et une croix pectorale présentée comme « albanienne ».

[9] https://pravoslavie.az/newses/news/?id=14957

[10] Autre élément illustrant cet alignement des Oudis sur l’Église orthodoxe russe, un article du site de cette « communauté » qui prétend à une statut d’Église informe que les croyants de Nij ont fêté la Nativité le 7 janvier, c’est-à-dire selon la tradition russe, et non plus le 6 janvier comme les Oudis avaient l’habitude le faire lorsqu’ils étaient des fidèles de l’Église arménienne. Une analyse attentive des  six photographies qui illustrent l’article révèle la participation d’une assistance de moins de 30 personnes. Curieusement que des hommes, à l’exclusion de toute femme https://udi.az/news/0926.html

[11] https://ocpsociety.org/archimandrite-alexy-smirnov-consecrated-as-the-bishop-of-baku-and-azerbaijan/

[12] Dans une entrevue accordée à la journaliste russo-azerbaïdjanaise Anastasia Lavrina, l’archimandrite déclarait que les « Arméniens lui avaient déclaré la guerre » : https://x.com/ALavrina/status/1757114055641256393. Ardent propagandiste au service de l’Azerbaïdjan, il est en particulier l’auteur d’un ouvrage intitulé History of the Church of Caucasian Albania according to Movses Kalankatuatsi, publié à Bakou en 2024 avec le soutien de la Fondation Aliev. Après avoir échoué dans sa tentative de se faire nommer primat du diocèse russe de Bakou, il a été exfiltré d’Azerbaïdjan et nommé à Malte où il sert la paroisse russe locale et participe à la vie du « Centre russe de la science et de la culture », un organisme officiel de la Fédération de Russie présent dans un très grand nombre de pays.

[13] https://www.catholic.az/en/archives/3409

[14] Appelée Քիշ [Kish] par les Arméniens.

[15] Jusqu’en 1991, cet important village habité par des arméniens, des oudis et des juifs des montagnes, s’appelait վարդաշէն [Vartachen]. Après l’expulsion des Arméniens et des Oudis, les autorités ont rebaptisé la localité en lui donnant le nom de « Oguz », du nom d’une ancienne tribu turque.

[16] Dans la localité de Gakh [Qakh], se trouve l’église géorgienne saint Georges édifiée en 1888. Depuis plusieurs décennies, l’Église géorgienne tente d’obtenir des autorités azerbaïdjanaises l’autorisation de rouvrir le sanctuaire au culte. Près de Gakh, dans le village de Kurmukhi, une autre églises géorgienne également dédiée à saint George, n’est toujours pas rendue à son propriétaire légitime. Le Patriarcat de Tbilissi a dénoncé à plusieurs reprises le détournement de ce lieu de culte de sa vocation pour y organiser des manifestations profanes, dont des réalisations de clips https://orthochristian.com/162405.htmlO6 Eglise géorgienne de Kurmukhi

Eglise géorgienne de Kurmukhi

[17] Les Arméniens appellent Բուն Աղուանք [Véritable pays des Albaniens] cette région située sur la rive gauche du fleuve Koura. A partir de la rive droite de la Koura, débute la province d’Oudik [Ուտիք].

[18] Leur nombre est difficile à évaluer. Il y a quelques années, sur des photographies figurant sur le site de la « Communauté chrétienne oudie » prises à Nij l’occasion de célébrations comme celle de la Nativité ou de Pâques, on pouvait voir des foules plus ou moins importantes composées d’hommes, de femmes et d’enfants. Sur les photographies les plus récentes, ne figure plus qu’un groupe d’hommes variant de 20 à 30 individus. Faut-il en déduire que les femmes oudies chrétiennes seraient moins pieuses que leurs époux ? Ou que cette « Église » se résumerait à une poignée d’employés de l’Etat azerbaïdjanais, à l’image des « activistes écologistes » qui avaient lancé le blocus de l’Artsakh en septembre 2022 ?

[19] Dans les années 1720, une insurrection dirigée par un lezguien du nom de Hadji Davoud avait eu pour but d’établir un État indépendant au détriment de la Perse. A cette occasion, de très nombreux villages chiites, chrétiens arméniens et oudis avaient déjà été convertis à l’islam sunnite.Emil Sanamyan,  «Paper Looks at Hidden Armenians of Azerbaijan», https://dornsife.usc.edu/armenian/2017/03/29/paper-looks-at-hidden-armenians-of-azerbaijan/

[20] Concernant cette population, l’éthnologue Hranush Kharadyan écrit « On estime qu’au 18-19e siècle, plus de 50 000 Oudis chrétiens vivaient dans plus de 40 villages des régions de Sheki, Vardashen (aujourd’hui Oghuz) et Kutashen (Gabala) », in Հայերի տեղահանությունըԱդրբեջանից: 1988թ. Կիրովաբադի հայերի ինքնապաշտպանության դասերը [Les leçons de la déportation des Arméniens d’Azerbaïdjan en 1988. L’auto-défense des Arméniens de Kirovabad] ETUDES ARMENOLOGIQUES, N°6, Erevan 2015, p. 85.

[21] Ils seraient aujourd’hui un peu plus d’un millier en Russie.

[22] Wolfgang Schulze and Jost Gippert, «Caucasian Albanian and Modern Udi», p. 4 extrait de Caucasian Albania, De Gruyter Mouton 2023.

[23] De 1938 à 2000, ce village s’est appelé Octomberi [Octobre].

Rafik Tanakari participe à la liturgie

Chants dans l’église géorgienne

Le groupe devant l’église arménienne de Nij