En janvier 2025, a été publié le premier rapport annuel du Service du renseignement extérieur (SRE) de la République d’Arménie. Le SRE a été fondé le 4 octobre 2023. Il représente une pierre angulaire essentielle dans la construction de l’État. Il définit ainsi sa mission : « Anticiper, prévenir, contrer et protéger contre les menaces extérieures visant l’État et la société, et fournir aux décideurs politiques des renseignements fiables, crédibles et exploitables.»
Avant la création du SRE en tant que centre de renseignement indépendant, l’Arménie dépendait des services de renseignement de la Russie et de l’OTSC, et cette dépendance a eu des conséquences très lourdes pour l’armée arménienne lors de la guerre de 2020. Le haut commandement, n’étant pas informé des préparatifs d’attaque d’Aliev, a subi d’importantes pertes durant les premières heures de l’offensive.
Tout en respectant la nécessité de préserver la confidentialité de certaines informations, ce rapport vise à informer le public et les organismes chargés de la sécurité de l’Arménie des menaces auxquelles le pays fait face en 2025.
La responsabilité du SRE est considérable, car la politique internationale est devenue de plus en plus instable, et les avancées scientifiques ont créé des armes technologiques et informationnelles innovantes qui créent de nouveaux types de menaces. Le rapport note : «Les menaces et les risques qui pèsent sur les États et les sociétés sont devenus de plus en plus complexes, multidimensionnels et hybrides.»
Le rapport est composé d’une introduction et de quatre parties, qui identifient les principales menaces pour l’État dans le domaine militaro-politique, économique, informationnel et celui du terrorisme international.
L’introduction note que les élections qui ont eu lieu en 2024, dans différentes parties du monde, des États-Unis à l’Europe, de la Russie à l’Inde, concernant plus de 4 milliards de personnes, ont transformé l’environnement international et contribué à d’importants changements géopolitiques et à une incertitude accrue.
Durant la période 2023-2024, on observe une tendance des États et des acteurs supranationaux à choisir des solutions militaires plutôt que des moyens politiques et économiques pour résoudre les problèmes. En particulier, le discours sur les «vérités historiques» ou l’argument de la garantie sécuritaire sont devenus motif de guerre. Il est dit que cette tendance se maintiendra en 2025. Les opérations militaires impliqueraient de plus en plus des acteurs intermédiaires non-étatiques. Il est à noter également que les moyens de défense deviennent plus coûteux que les moyens d’attaque.
Dans son analyse des menaces militaro-politiques, le SRE n’évalue pas la probabilité d’une attaque militaire à grande échelle de l’Azerbaïdjan contre l’Arménie comme élevé. Il observe néanmoins que «le développement et le financement systématiques par l’Azerbaïdjan de divers discours nuisibles contre l’indépendance, la souveraineté et l’intégrité territoriale de l’Arménie constituent une manifestation de sa propre intention de « légitimer » l’usage de la force contre l’Arménie.» Ces discours incluent les expressions comme «Azerbaïdjan occidental», «militarisation de l’Arménie», «revanchisme», «corridor de Zanguezour». Il est également à noter qu’Aliev continuera à préparer des unités plus mobiles, à acquérir de nouveaux armements et à exercer des pressions politiques et militaires.
Il est également souligné que, malgré les dispositions des traités fondateurs, l’inefficacité de l’OTSC dans le Caucase du Sud demeurera.
Il est question de la protection des infrastructures «critiques» (stratégiques ?) de l’Arménie, dont la défense contre les cyberattaques continue de représenter un défi majeur, susceptible d’avoir des impacts économiques, politiques, psychologiques et informationnels néfastes.
En ce qui concerne les menaces économiques, 2025 étant une année préélectorale, la dépendance économique de l’Arménie sera très probablement utilisée en tant qu’outil d’influence politique.
Quant aux menaces informationnelles, les innovations dans ce domaine créent des possibilités d’interférence dans la vie politique intérieure, et affectent l’orientation des actions ayant trait à la politique étrangère de l’Arménie.
Selon l’évaluation du SRE, en 2025, les opérations informationnelles menées contre la République d’Arménie viseront à créer une instabilité interne et à polariser la société.
La publication de ce premier rapport est à saluer. Il est aussi un phénomène à saluer, apparu au cours des deux dernières années, celui de la nomination de femmes à des postes gouvernementaux et étatiques élevés. Le SRE est dirigé par Kristine Grigorian, la Procureure générale d’Arménie est Anna Vardapetian, la Défenseure des droits de l’Homme, Anahid Manassian, la Ministre de l’Éducation, de la Science, de la Culture et des Sports Janna Andreassian, la Ministre de la Justice Srbuhi Galian, la Ministre de l’Intérieur, Arpiné Sarkissian.
J. Tch. ■
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