DÉCRYPTAGE – ARMÉNIE – Qui sera le prochain président du comité anti-corruption ?

Appréciations et révélations intéressantes

A l’occasion de la fin des travaux de l’organisme chargé d’examiner les candidatures à la présidence du Comité de lutte contre la corruption, le
MediaCenter a organisé le 11 mars 2025, une réunion d’information diffusée sur la chaîne publique TV1. Daniel IoanissIan, de l’ONG Union of Informed Citizens et membre de cet organisme, y était invité. 

Rappel

Le comité anti-corruption a été mis en place en octobre 2021 et Sassoun Khatchatrian a été désigné, dès le début, comme son président. Cependant, dans la série de mises à l’écart en novembre 2024 initiée par le Premier ministre, le président de ce comité a présenté sa démission. Le comité fonctionnait donc sans président depuis cette date. Par la suite, un organisme ad hoc, composé de 7 membres, dont deux représentants d’ONG (les autres membres étant des juristes, un député, un représentant du gouvernement), s’est réuni pour présenter des candidats au gouvernement, après examen des dossiers de candidature à la présidence du comité anti-corruption et l’audition des candidats, le 10 mars. Il conseille le gouvernement dans sa prise de décision. Le gouvernement pourra désigner la personne idoine figurant sur la liste, sans toutefois étant tenu de choisir. En ce cas, une nouvelle procédure recommencera. 

Liste définitive

Cinq candidats avaient présenté leur dossier de candidature. Parmi eux, trois, ayant le niveau requis, ont réussi. 

Daniel Ioanissian a mentionné les personnalités suivantes, Arthur Nahapetian, Guevork Kotcharian et Petros Mouradian, et à la surprise générale, a porté ses appréciations personnelles à la connaissance du public.

Eléments utiles pour une prise de décision saine

D’emblée, le représentant de l’ONG a mis en avant le prix qu’il attachait à la moralité, l’honnêteté, la probité du candidat, critère primor-
dial pour occuper le poste de président d’un organisme hautement important pour le fonctionnement sain d’une démocratie. Il a précisé que cet organisme devrait inspirer la confiance par son action aux yeux du public. A ce critère, s’ajoutent également la qualité personnelle et le savoir-faire du candidat. Daniel Ioanissian a révélé qu’il avait émis un avis réservé à l’encontre de Petros Mouradian. Il a étayé son appréciation par des faits qu’il n’a pas hésité à détailler. Quatre reproches lui sont faites. Alors que les travailleurs du complexe industriel de Kajaran (mine de cuivre/molybdène) étaient en grève à l’époque, l’intéressé, responsable du personnel, s’est rendu à Moscou pour participer aux réjouissances organisées par le chef de l’entreprise. Aussi, lorsqu’il était magistrat dans la province de Lori, il a commis des négligences dans un jugement et un innocent a été emprisonné pendant 3 ans, ou encore, il a eu recours à des paiements en liquide sans pouvoir les justifier et enfin, il est très proche d’une personne condamnée pour détournement de fonds. Quant à Guevork Kotcharian, le non-respect, à plusieurs reprises, par lui, du code de la route lui est reproché. 

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En tout état de cause, Daniel Ioanissian a eu la bonne idée de porter à la connaissance de son auditoire et au-delà, un certain nombre d’éléments d’appréciation concernant la personnalité des candidats et leur comportement dans l’exercice de leurs fonctions précédentes. Il a joué cartes sur table, ce qui est de nature à éclairer la lanterne du public qui reste très sensible aux questions relatives à la corruption.

Il est indéniable que le comité anti-corruption et son président doivent agir dans la transparence et travailler avec sérieux dans le cadre de la loi, leur passé est un indicateur de leur attitude à l’égard de l’objectif qui est assigné à l’institution. Autrement la population, méfiante de nature, ne croira pas aux principes régissant des institutions démocratiques. Nikol Pachinian lui-même avait clairement dit, à l’occasion de l’anniversaire de la fondation du comité anti-corruption, que le gouvernement n’était pas pleinement satisfait du bilan du comité. Le public, pour sa part, restait et reste encore globalement dubitatif. Les 20 années de la présidence Robert Kotcharian puis de Serge Sarkissian ont laissé des taches indélébiles dans la mémoire collective. 

Le choix du gouvernement montrera quel est le prix réel qu’il attache à l’action de lutte contre la corruption. La corruption est l’apanage des pouvoirs autoritaires et gangrène la société de l’intérieur. A cet égard, l’activité des ONG apporte une contribution non-négligeable à l’action contre le développement de cette gangrène. Le gouvernement tiendra-t-il compte des appréciations des ONG ? 

Armand M.