05/11/2021

Droit de réponse du Président du Fonds arménien de France, Bédros Terzian


Droit de réponse

Monsieur le Directeur de « Nor Haratch »,

Sur le site Internet de votre publication, le 28 octobre 2021, et dans le numéro du 4 novembre 2021 de « NH Hebdo », en page 3, vous avez publié un article intitulé « Une commission va enquêter sur les fonds collectés par le Fonds 'Hayastan' », qui comporte malheureusement plusieurs erreurs.

Ainsi, le titre en aurait dû être : « Une commission parlementaire va enquêter sur l'usage par le gouvernement des sommes qui lui ont été transférées par le Fonds 'Hayastan' ».

Vous écrivez dans cet article que « le ministère arménien des Finances a déclaré que la somme financerait les 'dépenses d'infrastructure, sociales et de santé' du gouvernement rendues nécessaires par la guerre de six semaines ». En réalité, les sommes transférées par le Fonds « Hayastan » à l'Etat arménien lors de la guerre ont fait l'objet de neuf conventions signées entre le Fonds et ledit ministère et chaque convention a stipulé que ces sommes doivent être utilisées pour des « dépenses d'infrastructure, sociales et de santé » rendues nécessaires par la guerre et ses conséquences. Chaque convention a fait l'objet d'un vote des membres du Conseil des gouverneurs du Fonds « Hayastan ».

Vous écrivez aussi que « le président Armen Sarkissian et les dirigeants de l'opposition arménienne ont critiqué la donation affirmant qu'il (sic) sape la confiance des donateurs envers 'Hayastan' ». Dans les faits, le président Sarkissian ainsi que les partis politiques historiques de la diaspora membres du Conseil des gouverneurs du Fonds « Hayastan » ont voté ladite « donation » lors des neuf conventions. Par la suite, dans une lettre adressée le 13 décembre 2020 aux membres du Conseil des gouverneurs du Fonds « Hayastan » (et qu'il a rendue publique quelques jours plus tard), le président Sarkissian a proposé que la somme transférée à l'Etat soit remboursée par ce dernier au Fonds. Cette proposition, qui visait peut-être à désamorcer la polémique, n'a pas été validée à ce jour ni par le Conseil des gouverneurs ni par le gouvernement.

Votre article dit enfin que « le président Sarkissian, qui dirige le conseil d'administration de 'Hayastan', a également exigé un audit international des activités du Fonds ». Une telle « exigence » n'a pas lieu d'être : en effet, les comptes du Fonds sont systématiquement audités chaque année conformément à ses statuts et à la loi. Cet audit financier est conduit par le cabinet britannique Baker Tilly International. En outre, de sa propre initiative, le Fonds pratique chaque année un audit interne (notamment par un auditeur de la diaspora) et un audit de réalisation de ses projets par Baker Tilly International. Ces audits sont publics et quiconque le souhaite peut les obtenir en s'adressant au Fonds « Hayastan ». Il en est de même des comptes du Fonds Arménien : ils sont à la disposition de tout le monde.

A ces rectifications j'ajoute les données suivantes, susceptibles d'éclairer vos lectrices et lecteurs sur les tenants et aboutissants d'une affaire qui peut porter préjudice à la crédibilité du Fonds, bien que ses protagonistes clament que leur objectif est, au contraire, de « restaurer la confiance du peuple arménien dans cet instrument important pour l'Arménie et l'Artsakh ».

Quelques jours après le déclenchement de la guerre, les gouvernements de l'Arménie et de l'Artsakh ont appelé tous les Arméniens du monde et leurs amis à faire des dons pour leur venir en aide. Leurs appels ont été relayés et appuyés par les chefs religieux et des organisations humanitaires. Le Fonds « Hayastan » a été désigné unanimement comme le seul canal pour recevoir ces dons. Les donateurs ont répondu massivement à ces appels.

Les dons reçus étaient donc spécifiquement destinés à venir en aide à l'Arménie et à l'Artsakh, qui faisaient face à des besoins dramatiques nés de la guerre. Certains besoins ont été déjà couverts (exemple : distribution de dizaines de milliers de colis alimentaires) ; d'autres ne le sont pas à ce jour. C'est le cas, par exemple, de la construction nécessaire de logements pour les dizaines de milliers d'habitants de l'Arstakh qui ont perdu leurs maisons et leurs terres, des prothèses qu'il faut continuer de fournir aux personnes handicapées, de la relance de l'activité économique en Artsakh notamment dans le secteur agricole, etc.

Chacune des neuf conventions signées entre le Fonds et l'Etat arménien exige de ce dernier qu'il rende compte de l'emploi des sommes qui lui ont été transférées. Plusieurs mois ont été nécessaires pour que le gouvernement rende ces comptes au Fonds. Ce délai est probablement dû à la désorganisation provoquée par la défaite et à la complexité des projets auxquels les sommes ont été consacrées, en particulier dans le domaine social. Ainsi, des aides ont été versées (et continuent de l'être dans certains cas) à des milliers de familles déplacées, à des blessés de la guerre, à des foyers qui ont eu à déplorer des décès dus à la guerre, à des personnes handicapées, etc. Lors de sa visio-conférence du 15 mars 2021, le Conseil des gouverneurs du Fonds a formé en son sein un groupe de travail (dont le signataire de ces lignes a fait partie), pour examiner les comptes rendus par le gouvernement. Le cabinet Baker Tilly International a activement participé à ces examens. Les rapports définitifs ont été remis au président de la République, qui est aussi président du Fonds « Hayastan », fin juin. Ils seront examinés le 27 novembre prochain par le Conseil des gouverneurs du Fonds qui se réunit en présentiel à Erevan et, le cas échéant, entérinés et publiés.

Sur les quelque 220 millions de dollars US reçus en dons par le Fonds lors de la guerre et dans les semaines qui ont suivi, l'équivalent de 107 millions de dollars US a été transféré à l'Etat, en drams arméniens. Il s'agissait de transferts exceptionnels dus à une situation exceptionnelle. Le reste a été employé par le Fonds (et continue de l'être) pour réaliser des logements pour les réfugiés de la guerre (un premier lot de logements est actuellement en construction pour 1100 familles en Artsakh), ouvrir sept routes rendues nécessaires par la guerre et relancer l'économie agricole de l'Artsakh ainsi que celle de la région de Syunik, en Arménie, qui fait l'objet de menaces et de harcèlements quotidiens de la part de l'armée azérie.

Ces faits sont parfaitement connus des personnes qui ont initié l'enquête parlementaire puisque, de par sa structure pan-arménienne unique, le Fonds englobe aussi des organisations et des personnalités qui font partie de l'opposition en Arménie. Dans ces conditions, pourquoi avoir lancé une commission d'enquête parlementaire sans attendre la réunion du Conseil des gouverneurs dont la tenue était si imminente ? Pourquoi avoir pris le risque de perturber les esprits des donatrices et donateurs quelques semaines avant les grandes collectes annuelles du Fonds, à savoir le Phonéthon européen (18-21 novembre) et le Téléthon américain (23 novembre), qui serviront à financer des projets si nécessaires en Arménie et en Artsakh ?

Les membres du Fonds Arménien de France sont persuadés que les remous de cette malheureuse affaire n'ébranleront pas la confiance que les donatrices et donateurs placent dans une organisation humanitaire qui a tant fait pour le développement de l'Arménie et de l'Artsakh, qui a encore tant à faire, qui agit en toute transparence et dont l'importance est reconnue par les chefs de l'opposition eux-mêmes.

En vertu du droit de réponse, je vous prie, Monsieur le Directeur, de publier la présente mise au point sur les sites où votre article en question a été publié.

Amicalement,

Bédros Terzian

Président

Fonds Arménien de France

Paris, le 5 novembre 2021


Partager
Imprimer
Dernière mise à jour : 05/11/2021 14:36 
Vision plus opticien

 
Nouveautés boutique
Archives
NH Hebdo N° 287 - 20/01/2022
 
NH Hebdo N° 286 - 13/01/2022
 
NH Hebdo N° 285 - 06/01/2022
 
NH Hebdo N° 284 - 30/12/2021
 
NH Hebdo N° 283 - 23/12/2021