11/04/2019

Le paradoxe de la révolution économique


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On dit que révolution et économie ne font pas bon ménage. Pourtant, c'est précisément ce dont l'Arménie a besoin. Pour se développer, l'économie a besoin de conditions stables, d'une économie libérale, de la protection juridique. L'Arménie se trouve actuellement dans une période de transition d'un système oligarchique vers une concurrence de libre marché, dans laquelle doivent coexister la lutte pour la justice, celle contre la corruption et les solutions pour promouvoir les investissements, la sauvegarde des critères écologiques et de développement durable. Une coexistence difficile, comme le démontrent l'échec de l'exploitation de la mine d'Amoulsar par la société « Lydian » ou l'arrestation du propriétaire de la société de transport « Spayka ». Dans les deux cas, ces grands investisseurs ont été sujets à des inspections qui ont perturbé l'implémentation de leur activité économique.

A ce titre, le cas du propriétaire et directeur de la société « Spayka », Davit Ghazarian, est révélateur. Un tribunal a ordonné son arrestation pour une fraude fiscale s'élevant à 7 milliards de drams, alors qu'hier encore, sa société bénéficiait du soutien du gouvernement, avec notamment l'inauguration, il y a dix jours, d'une nouvelle fromagerie ultramoderne, en présence du Premier ministre Pachinian.

L'Arménie se trouve face à un sérieux dilemme : elle veut mettre en place une révolution économique, mais a besoin d'hommes d'affaires. En ce sens, les hommes d'affaires de l'ancien régime jouent un rôle très important dans le régime actuel. Davit Ghazarian est l'un des célèbres hommes d'affaires de l'ancien régime, propriétaire de la première société d'exportation commerciale du pays. Depuis plusieurs années, il réalise également de grands investissements dans les serres, l'agriculture intensive et l'agroalimentaire. Son arrestation - pour une fraude fi scale commise sous l'ancien régime - est-elle vraiment justifiée ? Précédemment, à la place d'imposition officielle, opérait le pot de vin et les versements noirs obligatoires aux dirigeants de l'époque, et en contrepartie des monopoles ou des marchés privilégiés étaient accordés, tandis qu'une autre partie était destinée à renflouer le budget de l'État.

Dans le cas présent, Ghazarian refuse de payer les 7 milliards de drams de droits de douane et d'autres taxes réclamés par le Comité des revenus de l'Etat lors des inspections. Il menace à présent de cesser la récolte des fruits et leur livraison en Russie. Son monopole dans le secteur constitue une grave menace pour le développement économique du pays et pour la révolution en cours. La menace est plus particulièrement sérieuse pour les paysans, comme pour les employés de la société « Spayka » qui manifestent contre le gouvernement pour exiger la libération de Davit Ghazarian.

Ce cas illustre la nécessité de renouveler les structures et les mentalités hérités de l'ancien régime, l'ampleur des dommages causés par les monopoles, et la situation difficile dans laquelle se trouvent les entreprises qui, conformément aux « lois » de l'ancien régime, payaient leurs impôts de manière non officielle pour pouvoir mener leurs activités commerciales. La nécessité d'une transition d'un système oligarchique vers une concurrence de libre marché est inévitable et nécessaire, laissant aux nouvelles générations, le soin d'adapter l'économie aux exigences sociales.

Jiraïr Tcholakian

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Dernière mise à jour : 11/04/2019 12:57 
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