01/08/2019

Les dessous de l'affaire du Collège Samuel Moorat


Depuis quelques années, des efforts sont déployés pour tenter de sauver le Collège Samuel Moorat de Sèvres, notamment depuis l'échec du programme

« Sèvres 2015 » lancé à l'occasion du centenaire du génocide des Arméniens, le seul programme véritablement sérieux pour sauver l'institution fondé par les mekhitaristes. Le programme prévoyait de transformer une des parties de l'édifice en complexe hôtelier et d'y installer des salles de conférence à des prix accessibles, et d'ouvrir dans une autre partie un centre de recherche sur le génocide des Arméniens. Le projet prévoyait aussi la mise en oeuvre de programmes éducatifs et culturels par des spécialistes de renommée mondiale. L'initiative était soutenue par le Conseil Départemental des Hauts-de-Seine - en la personne de Patrick Devedjian - et des municipalités environnantes, ainsi que par le Vatican. Malheureusement, la réalisation du projet a été interrompue en raison de l'opposition interne de certains membres de la Congrégation.

Au vu de l'impasse dans laquelle se trouvait la Congrégation, le pape François a fait appel à l'archevêque Levon Zekiyan afin de trouver une solution à la situation du Collège Samuel Moorat, et plus généralement à la crise que traverse que traverse depuis des dizaines d'années la congrégation mekhitariste. Une crise non seulement matérielle, mais également spirituelle, dont l'exemple le plus frappant est la disparition des services éducatifs de la Congrégation, avec la fermeture du Collège Moorad-Rafaélian de Venise et du Collège Samuel Moorat de Sèvres, ainsi que la diminution des vocations ecclésiastiques. Apparemment, après avoir mené de longues négociations pour sauver le Collège Samuel Moorat de Sèvres, l'archevêque Levon Zekiyan, est presque parvenu à une version alternative du projet « Sèvres 2015 », avec d'autres acteurs.

La situation actuelle est bien plus grave et compliquée qu'à l'époque du projet « Sèvres 2015 ».

En effet, l'archevêque Levon Zekiyan travaille dans le plus grand secret, ce qui n'augure rien de bon quant à la concrétisation du projet. En tant que délégué épiscopal auprès de la Congrégation et en tant que représentant de la communauté catholique d'Istanbul, on ignore le type de relations qu'il entretient avec les autorités turques et quelles pressions ces dernières exercent sur tous les projets relatifs à l'ouverture de Centre de recherche sur le génocide des Arméniens.

En visite de travail en France, le Président de la République d'Arménie, a rencontré à Paris le représentant de la Congrégation mekhitariste. Les deux hommes ont discuté du travail de la Congrégation mekhitariste, des défis auxquels elle est confrontée aujourd'hui, et plus particulièrement du Collège Samuel Moorat de Sèvres. Après la réunion, le président de la République et Sa Sainteté ont rendu visite au Collège.

L'édifice, fondé en 1834 sur décret du roi Louis Philippe en 1934, a commencé à partir de 1928 à officier comme institution éducative arménienne et a formé de nombreuses générations d'Arméniens. Malheureusement, la Congrégation mekhitariste ne dispose plus aujourd'hui de moyens suffisants pour rénover l'édifice en état de délabrement et lui permettre de servir à des fins culturelles et éducatives.

Le président Sarkissian a visité le territoire de l'école et s'est familiarisé avec les conditions du lieu. « Aujourd'hui, j'ai la chance d'être au coeur d'une des valeurs de notre nation. Je souhaite ici m'adresser à nos compatriotes pour leur dire que s'ils viennent en France, il existe à Paris un centre pédagogique, qui a servi - et qui continue de servir - le peuple arménien depuis près de deux cents ans. Pour tout Arménien, c'est un grand honneur de se trouver en ce lieu et de se familiariser avec son histoire, ses origines et les valeurs qu'il a transmises. Par exemple, Denis Diderot est décédé dans l'une des chambres de l'édifice. C'était aussi la demeure du chef de la cartographie de l'empereur français. C'est un lieu à l'héritage à la fois français et arménien. Ma visite est également l'occasion de remercier une nouvelle fois la congrégation mekhitariste d'avoir préservé cet édifice de haute valeur pour notre peuple tout entier », a déclaré le Président.

L'archevêque Levon Zekiyan a lui aussi souligné le caractère historique de la visite du Président arménien dans cette institution éducative fondée à l'origine à Padoue, puis déplacée à Paris, où elle a commencé à fonctionner dans cet édifice en 1928. « Le Collège a été contraint de fermer ses portes en 1997. C'était un établissement d'enseignement secondaire et supérieur. Depuis, son apparence extérieure est toujours en bon état, ce qu'on ne peut malheureusement pas dire de son intérieur. A partir d'une certaine époque, l'édifice s'est mis à accueillir des cours hebdomadaires, comme dans de nombreuses autres institutions mekhitaristes dans différents pays.

Je tiens à annoncer que nous avons lancé un processus de rénovation dans toutes les institutions mekhitaristes, où le principe immuable est que les édifices appartenant à la congrégation représentant une valeur culturelle et historique ne sauraient être vendus. Par conséquent, le Collège Samuel Moorat de Sèvres, une propriété d'une superficie de 13 500 mètres carrés, restera la propriété de la congrégation et du peuple arménien. Je tiens également à souligner qu'il faut toujours distinguer le domaine moral du domaine juridique. Toutes les richesses arméniennes, du Matenadaran à Jérusalem, de Saint-Etchmiadzine à Venise, sont les biens inaliénables du peuple arménien. Mais il y a aussi un ordre juridique, des autorités compétentes qui ont la responsabilité de s'occuper de ces propriétés. Par conséquent, au jour d'aujourd'hui, cette propriété ne peut plus servir comme établissement scolaire. Je pense qu'il vaut mieux y créer un grand centre consacré aux études arméniennes, conformément aux normes internationales, qui serait composé d'une partie scientifique et d'une partie « cérémonielle », où nous pourrions célébrer chaque année les grandes dates du calendrier arménien. Il faut que cet édifice devienne un lieu d'accueil pour tous les chercheurs en arménologie. Nous avons déjà des promesses de nombreuses personnes pour la création d'une grande bibliothèque arménienne. Ceux qui nous font ces promesses ont atteint comme moi un âge avancé et attendent que le programme se concrétise. En ce qui concerne la partie arrière du domaine, nous pensons y construire un lieu rentable. Pour cela, nous avons différents partenaires prêts à nous aider. Dans le même temps, je tiens à annoncer que le temps est compté et que je ne peux pas attendre cinq ou six ans de plus. Par conséquent, nous sommes prêts à négocier immédiatement avec toute organisation ou institution arménienne, toute personne qui nous proposerait la meilleure offre dans les huit mois à venir. »

Dans un communiqué publié le 26 juillet, la Congrégation mekhitariste a résumé les conditions du plan d'amélioration et de remise en fonction, telles que définies par l'archevêque Levon Zekiyan :

- Toute vente de terrain est exclue ;

- Un projet en cours de développement permettra la rénovation des bâtiments historiques (le bâtiment principal et le théâtre) pour un coût estimé entre 5 000 000 et 8 000 000 euros ;

- Un projet de construction sur une parcelle clairement délimitée, afin que les bâtiments historiques et les jardins ne soient pas endommagés ;

- Préserver le droit de la congrégation de gérer le bien historique ;

- Permettre le recouvrement des loyers nécessaires à la préservation et à l'exploitation des installations (bibliothèque, salons, théâtre de 200 places, 36 places de stationnement, etc.).

Le communiqué indique également que les projets envisagés n'autorisent la construction de logements que sur la partie la plus haute du terrain, qui se trouve à plus de 32 mètres de la façade nord. Ces projets permettront notamment la rénovation et la préservation des bâtiments historiques, qui accueilleront par la suite des programmes scientifiques et culturels pour la communauté arménienne.

A la fin de l'accord de construction, l'ensemble de la structure résidentielle reviendra à la congrégation, qui recevra un montant annuel équivalent à plus de 2 500 000 euros. Cette transaction a été rendue possible grâce à l'expertise de professionnels de l'immobilier qui ont fait appel à certaines des plus grandes entreprises françaises, dont le mérite et le sérieux sont indiscutables.


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Dernière mise à jour : 01/08/2019 07:41 
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