Trois morts et quatorze blessés dans l’attaque du village de Paroukh en Artsakh et des incidents mortels qui se multiplient du côté arménien, semaine après semaine, depuis la signature du cessez-le-feu du 9 novembre. Combien de temps tout cela va-t-il encore durer ?
Pour la première fois, la Russie a dénoncé la violation de l’accord de cessez-le-feu par les forces azéries. Pourquoi une telle réaction russe à ce moment-là ?
Il est on ne peut plus évident que les Azéris profitent des échecs de l’armée russe en Ukraine et tentent d’obtenir un avantage sur le front de l’Artsakh. Tout naturellement, les Azéris tentent de profiter de chaque opportunité. Avant l’invasion ukrainienne, les Azéris violaient constamment le cessez-le-feu, que ce soit à la frontière arménienne ou en Artsakh, profitant de l’inaction des gardes-frontières russes. Et les Russes n’ont jamais réagi à l’invasion de l’Arménie par l’armée azérie, à l’attaque de l’Artsakh ou à la violation du cessez-le-feu. Ils n’ont jamais condamné aucune violation. Une telle réaction de la partie russe est-elle un signe de faiblesse ou cache-t-elle un autre message que la partie russe a ressenti le besoin de faire passer ?
Ce n’est pas la première fois que des Arméniens se retrouvent dans un piège tendu par les Azéris avec la complicité des Russes. Comment est-il possible, comme dans le cas de Paroukh, que lorsqu’on demande aux deux adversaires qui se font face de se retirer simultanément de leurs positions sous la supervision des forces de maintien de la paix russes, au moment même où les forces arméniennes se retirent, les forces azéries se permettent d’avancer, toujours sous le regard de l’armée russe ?
Si par le passé la Russie utilisait et instiguait les attaques azéries pour influencer le pouvoir du gouvernement arménien et extorquer des concessions à la souveraineté de l’Arménie – ou bien pour obtenir le consentement de l’Arménie à la construction d’un « corridor du Zanguézour » sous contrôle russe – qu’est-ce qui justifie aujourd’hui ces concessions aux violations et aux avancées des forces azéries ?
Poutine a repris la Crimée sans effusion de sang. La communauté internationale a naturellement réagi, imposé des sanctions. Mais l’ampleur et les conséquences de l’attaque du 24 février sont complètement différentes. Et la condamnation est généralisée. Dans ces circonstances, l’Artsakh reste l’un des rares enjeux géopolitiques des relations internationales, dans la résolution duquel la Russie joue un rôle clé et indéniable, en tant que coprésident avec les États-Unis et la France du Groupe de Minsk de l’OSCE. Pour la diplomatie russe, ce capital a un prix : au moins pour un moment, il permet de détourner l’attention de la communauté internationale de l’Ukraine en montrant qu’un grand crime d’État est en train d’être commis ailleurs. Par temps froid, les habitants de l’Artsakh se retrouvent privés de gaz et de chauffage. Les forces azéries menacent d’envahir l’Artsakh à tout moment, et sans l’aide de l’armée russe, les Azéris commettront des massacres contre les Arméniens. Ne l’oubliez pas !
Malgré la déclaration du ministère russe de la Défense selon laquelle les forces azéries s’étaient retirées de leurs positions de Karagloukh dans le village de Paroukh, les parties azérie et arménienne ont insisté sur le fait qu’au contraire, les Azéris ont conservé leurs nouvelles positions. La déclaration du Conseil de sécurité d’Arménie est encore plus inquiétante, en affirmant que les Azéris se préparent à de nouvelles attaques. La situation est si inquiétante que même les autorités arméniennes se sont permises d’exiger que la Russie enquête sérieusement sur l’incapacité des soldats de la paix russes à stopper l’avancée azérie. Bien évidemment aucune sanction à attendre de la part des occidentaux contre l’Azerbaïdjan.
J. Tch.