L’opposition parlementaire est prise dans un piège inattendu. Le mouvement de « résistance », qui a commencé il y a plus d’un mois, connaît actuellement une phase de stagnation, malgré les énormes ressources impliquées. La commémoration du 24 avril et la fête nationale du 28 mai, qui étaient des occasions importantes pour rassembler des pans plus larges de la société, ont également été vaines. Un noyau de quelques milliers de fidèles continue de suivre l’agenda annoncé par le représentant de l’Organe suprême de la FRA, vice-président de l’Assemblée nationale et coordinateur du Mouvement de la Résistance, Ishkhan Saghatelian, lors des rassemblements quotidiens. Une situation vraiment problématique pour la direction de la « résistance ». Comment se sortir avec honneur de cette situation ?
Le gouvernement et les citoyens sont très tolérants vis-à-vis des manifestations quotidiennes, bien que la circulation dans les rues soit perturbée et que des cortèges de voitures soient organisés, ce qui entrave la libre circulation. Ils acceptent avec la même tolérance que la place de France, la plus fréquentée d’Erevan, soit complètement occupée depuis plus d’un mois. Des mises en siège des bâtiments gouvernementaux sont menées, les entrées des édifices sont bloquées. Ces actions, censées être non violentes, sont pourtant menées avec des slogans virulents. Exiger la démission d’un gouvernement légitimement élu peut être acceptable si cela est fait dans le respect de l’ordre constitutionnel. Et lorsque, sans procès, des membres du gouvernement sont déclarés de « traîtres », « collabos » et de « Turcs »… Des jurons, des insultes et des menaces sont proférées quotidiennement à l’encontre de la police, malgré le fait que cette dernière n’utilise ni boucliers, ni matraques, ni mêmes de gaz lacrymogènes en réponse aux actions des manifestants.
Comme lors des manifestations de rue du « Front du salut » à la fin de la deuxième guerre d’Artsakh, le gouvernement tente d’avoir le mouvement à l’usure, de le dévaloriser. Néanmoins, l’Assemblée nationale dispose également de moyens législatifs pour mettre l’opposition parlementaire face à ses responsabilités. Jusqu’à quand – et pour quelles raisons justifiables – un député peut-il ne pas se présenter à l’Assemblée nationale, c’est-à-dire ne pas aller travailler ? Le peuple l’a élu pour s’acquitter de ses responsabilités législatives et représentatives, pas pour descendre dans la rue pendant plus d’un mois et organiser des manifestations, fuyant ainsi ses responsabilités législatives au parlement.
Il est bien dommage de voir l’opposition parlementaire arménienne mener une lutte idéologique si misérable, tout en ignorant les évolutions géopolitiques, les enjeux du développement économique du pays et la menace de la suprématie militaire turque.
La guerre d’Artsakh a révélé l’indifférence de la communauté internationale envers le sort de l’Arménie et de l’Artsakh, ainsi que la position conspiratrice de l’« allié russe », qui a laissé l’Azerbaïdjan attaquer, à condition de pouvoir ensuite déployer ses forces de maintien de la paix en Artsakh. La guerre en Ukraine a révélé de manière encore plus claire les intentions du président Poutine afin de rétablir l’influence de la Russie sur les anciennes républiques soviétiques, et l’ampleur des destructions et des massacres qu’il est prêt à commettre. Il a agi avec le même état d’esprit et continuera d’agir ainsi envers l’Artsakh et l’Arménie. La Russie et l’Azerbaïdjan ont agi main dans la main et aucune grande puissance n’a encore été capable de contraindre Azerbaïdjan à rendre ses prisonniers de guerre, de l’empêcher de violer les frontières de l’Arménie ou de lui imposer des sanctions. L’attitude de l’Azerbaïdjan envers l’Artsakh et l’Arménie n’est en rien différente de l’attitude de la Russie envers l’Ukraine. Et la communauté internationale défend l’Azerbaïdjan et la Turquie pour renforcer les sanctions contre la Russie.
Quelle valeur peut bien avoir l’appel de l’opposition parlementaire aux yeux de la communauté internationale, selon lequel « L’Artsakh ne peut en aucun cas faire partie de l’Azerbaïdjan », alors que c’est la Russie qui assure la sécurité de l’Artsakh, et ne laissera aucun autre État intervenir sur la question de son statut ? La Russie étant désormais la cible des sanctions de la communauté internationale, personne ne peut prédire comment va se finir son aventure en Ukraine, tout comme en Artsakh.
Plus que des déclarations, l’ensemble des partis politiques doivent davantage travailler sur le plan de la diplomatie et du développement militaro-industriel et économique. Il est grand temps de mettre toutes les capacités matérielles, scientifiques, industrielles et culturelles de l’Arménie et des Arméniens au service du renforcement de l’autodéfense de l’Arménie et de l’Artsakh.
J. Tch.