Par Marc DAVO
La récente déclaration d’Alen Simonian, président de l’Assemblée nationale, au sujet des Artsakhiotes a fait beaucoup de bruit dans le microcosme médiatique. L’opposition parlementaire pro-russe et ses médias ont tiré à boulets rouges sur « un pouvoir qui exacerbe la haine entre Arméniens … ».
Interrogé par un journaliste qui demandait quand les Artsakhiotes pourraient espérer retourner dans leur pays, le Haut-Karabakh, Alen Simonian, manifestement agacé, a répondu en substance qu’il fallait rester sur place et se battre avec les armes données par l’Arménie. Ces propos ont provoqué un tollé chez certaine catégorie de population que l’opposition pro-russe n’a pas tardé à exploiter pour stigmatiser notamment Simonian. A la suite de l’émoi suscité, ce dernier, sans doute à l’instigation de la direction de son parti, Contrat Civil, est revenu sur sa déclaration en précisant qu’il ne visait pas la population artsakhiote elle-même qui a combattu et a donné des morts, mais « les gens qui sont venus s’installer dans leur logement de Northern Avenue, en plein centre d’Erevan » (quartier chic de la capitale construit au temps de la présidence de Robert Kotcharian), allusion nette à ceux, anciens dirigeants et membres de la majorité parlementaire pro-russe au parlement de Stepanakert.
Les médias contrôlés par l’opposition ont mis l’accent sur la tentative du parti au pouvoir d’approfondir le fossé qui sépare les segments de la société en Arménie qui éprouvent encore des ressentiments à l’égard de la population du Haut-Karabakh, des Artsakhiotes, traumatisés par le nettoyage ethnique subi en septembre 2023, orchestré par les autorités azéries avec la complicité de Moscou.
Il est vrai que de tels propos sans préciser des noms de vrais responsables de la situation malheureuse dans laquelle se sont trouvés les Artsakhiotes n’étaient pas bienvenus, tandis que les plaies ne sont pas encore cicatrisées. Cependant, il est indéniable que le coup d’Etat contre le président Araïk Haroutunian organisé par la clique corrompue de Stepanakert, encouragé par les forces pro-russes en Arménie, –Robert Kotcharian, lui-même, s’est réjoui de la mise à l’écart du président élu Araïk Haroutunian– a fourni à Ilham Aliev le prétexte d’envahir le réduit artsakhiote qui restait arménien après la guerre des 44 jours de 2020. En conséquence, Samuel Chahramanian, qui s’est rendu en Arménie à bord d’un hélicoptère russe, est mal placé pour réclamer des excuses à Alen Simonian. Il aurait dû être traduit en Justice, pour avoir commis le forfait de signer la dissolution de la République du Haut-Karabakh et remis tout l’armement des forces d’auto-défense à l’ennemi azéri.
En refusant de confier le pouvoir à Samuel Babayan, ancien chef des forces d’auto-défense, en disgrâce depuis des années 2000, le Haut-Karabakh a raté « la dernière chance » d’échapper à son triste sort, estime Aramais Aghabekian, ex-député issu du parti « Patrie libre » du parlement de Stepanakert. On se souvient que Samuel Babayan s’était proposé de prendre la responsabilité des affaires du Haut-Karabakh (été 2023) en engageant des négociations discrètes avec le pouvoir azéri, afin de rétablir la situation calamiteuse dans laquelle se trouvait à ce moment-là, depuis décembre 2022 (blocus du territoire) le Haut-Karabakh. Les formations politiques de la majorité (Patrie libre, parti de la justice, FRA-Dashnaktsoutiun …) de par leur foi naïve et irréaliste dans le « soutien fraternel » de Moscou à leur cause, ont tout fait pour l’isoler et ont soutenu le complot du groupe des anciens dirigeants (Arkady Ghoukassian, Bako Sahakian, Ruben Vardanian, …) pour porter à la présidence le chef du bureau de renseignement, Chahramanian. Comme « récompense », ces forces irresponsables et corrompues ont constaté impuissantes l’immobilisme et peut-être la complicité des forces russes lorsque les militaires azéris ont arrêté leurs dirigeants pour les envoyer à Bakou. Ceux-ci croupissent encore dans les prisons.
L’invasion azérie du réduit artsakiote ayant abouti au nettoyage ethnique, a poussé plus de 100 000 Arméniens hors de leur patrie millénaire. Plus d’un an après cet événement tragique, beaucoup d’Artsakhiotes ne sont pas encore stabilisés dans leur vie quotidienne ; des difficultés administratives, de logement, de travail persistent encore, en dépit des mesures prévues par le gouvernement, qui manifestement ne sont pas suffisantes. Plus de 29 000 ont quitté l’Arménie, quelques milliers sont revenus, mais ces chiffres sont effrayants pour un pays qui enregistre tous les ans un déficit démographique important, alors que le taux d’augmentation de la population azérie reste élevé.
Dans ces conditions, il convient de neutraliser les responsables du malheur du peuple en engageant des poursuites judiciaires contre eux et dans le même temps, créer un organisme adéquat et représentatif des Artsakhiotes chargé de traiter les affaires artsakhiotes et non confier au Vice-premier ministre Tigran Khatchatrian qui ne semble pas être à la hauteur de cette tâche. ■
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