En vue des élections parlementaires de 2026

Le dimanche 30 mars ont eu lieu des élections municipales dans les villes de Gyumri et de Parakar. Cela constitue un indicateur important des rapports de force de la majorité au pouvoir, de leurs alliés, et de l’opposition. Le résultat des élections est plus significatif que tous les sondages, car non seulement il mesure les perceptions politiques populaires mais il offre également l’occasion de cerner les nouvelles stratégies électorales. Et cela bien que les élections locales et parlementaires ne relèvent pas les mêmes défis.

Le cas de Gyumri présente un aspect encore plus intéressant. Cette ville est la deuxième la plus importante du pays, où la Russie a sa base militaire et où, naturellement, les relations avec cette même Russie revêtent une importance particulière. Cette élection est significative dans le sens où l’ancien maire, Vardan Ghoukassian, faisant pourtant l’objet de poursuites judiciaires, s’est présenté sous la bannière du Parti communiste, obtenant environ 21% des voix, se classant 2e parmi les 9 forces participant au scrutin. Cela montre que l’exploitation des valeurs du régime communiste de l’ère soviétique comme capital politique a encore du poids pour une certaine couche de la population.

Le second trait distinctif important de ces élections concerne le parti «Contrat civil», dirigé par le Premier ministre, qui a recueilli 36% des voix, ce qui lui permet d’occuper la première place, mais qui est insuffisant pour gouverner seul la ville, montrant ainsi une baisse de popularité. Cela démontre néanmoins qu’ il reste la force politique dominante, malgré une politique de concession, sans précédent, aux exigences de l’Azerbaïdjan.

Troisièmement, parmi les 9 forces politiques en compétition, seules cinq ont franchi le seuil de représentativité, dont quatre sont des forces d’opposition radicale, qui se distinguent non pas en tant que partis, mais représentent des personnalités locales connues qui ont réussi à rassembler une couche électorale autour d’elles. Il est surprenant qu’aucune force de l’opposition parlementaire, ni l’alliance «Arménie», ni le parti «J’ai l’honneur», ni la FRA, ne soient représentées. Ces derniers, conscients qu’ils ne sont plus audibles pour le public, ont adopté une nouvelle stratégie qui consiste à soutenir des personnalités locales connues. La candidature de personnes tributaires d’anciennes mœurs politiques a parfois provoqué des tensions dans les circonscriptions électorales et on y a vu des tentatives de fraude électorale, c’est pourquoi d’importantes forces de police ont été dépêchées à Gyumri pour prévenir les troubles publics.

Il est important de souligner que les élections ont été dans l’ensemble équitables, malgré quelques violations enregistrées à certains endroits. Le discours politique de la campagne électorale était davantage centré sur des questions d’intérêt local, que sur des problématiques nationales d’importance telles que les relations internationales, le «Carrefour de la paix», le corridor de Syunik, les relations Arménie-USA…

Pour finir, les élections se sont déroulées dans une atmosphère traversée par des discours emplis de haine et de discrédits de toutes sortes. Le seul phénomène positif dans tout cela a été la démission du député du parti «Contrat civil» Vilen Gabrielian lequel ayant perturbé l’ordre public en état d’ébriété le soir de l’élection, a démissionné de son siège de député, présentant ses excuses au public pour son comportement inapproprié.

À Gyumri, si les quatre forces d’opposition s’unissent autour de Vardan Ghoukassian, elles pourraient élire un nouveau maire, avec la possibilité qu’il s’effondre plus tard en cas de désaccord. À Parakar, cependant, le front d’opposition s’est présenté uni et a obtenu la majorité des voix.

Ces deux élections montrent de la part de l’opposition radicale des expérimentations et des intentions pour une nouvelle stratégie électorale en vue des élections parlementaires de 2026.

J. Tch.