Au cœur de Paris, le Yan’s Club est une association culturelle et sociale, indépendant de toute affiliation à un parti politique. Il est unique en son genre, dispose d’un immeuble à trois niveaux dans le 14e arrondissement, où on peut se restaurer, se réunir entre amis ou en famille. Un lieu ouvert à toute la communauté, où certaines associations arméniennes y organisent leurs Assemblées générales, des rencontres, des conférences ou des repas. Le Yan’s club a aussi son propre agenda culturel. Cet entretien avec son président, Dr. Michel Chahinian, a pour but de redécouvrir ce lieu original et soutenir ses activités.
« Nor Haratch » : Depuis quand êtes-vous le président de Yan’s Club et comment il fonctionne ?
Dr Chahinian : Je suis le président de Yan’s Club depuis 1999-2000. Notre bureau est formé d’un président, d’un vice-président, d’un trésorier et d’un secrétaire. Notre association est composée de nombreux membres.
Jusqu’à la crise sanitaire liée au Covid, nous avons organisé régulièrement des Assemblées générales et d’autres types de réunions et, lors de ces assemblées, j’ai été réélu jusqu’à présent pour assurer la présidence de l’association.
Yan’s Club est une structure qui me tient beaucoup à cœur et c’est la principale raison pour laquelle je supporte cette lourde charge depuis 23 ans, en plus de ma carrière professionnelle et de diverses responsabilités.
Concernant votre question sur le fonctionnement de l’association, je précise que nos membres ne sont pas des individus, mais des familles. C’est-à-dire que si vous souhaitez adhérer au Yan’s, vous payez une cotisation de 80 € pour toute la famille. En fonction des années, nous avons environ 150 familles, membres de Yan’s.
Il n’y a pas de contraintes particulières pour adhérer : il faut cotiser et être parrainé par un membre.
« NH » : Je trouve cette approche d’adhésion par famille et non pas individuelle très originale.
Dr Ch. : C’est une démarche que nous avons initiée depuis longtemps et qui permet à tous les membres d’une famille de participer à nos activités et de partager nos valeurs.
En revanche, je tiens à rappeler que la cotisation pour les associations qui adhèrent au Yan’s s’élève à 160 €. Cela leur permet d’avoir accès à nos locaux pour organiser des Assemblées générales, des réunions, des repas, etc.
« NH » : Pourriez-vous nous faire un petit rappel historique de la création du Yan’s ?
Dr Ch. : L’association a été créée en 1965 dans des conditions assez particulières. Les créateurs avaient des enfants qui allaient à l école du mercredi au Mekhitarian et ont décidé d’acheter des locaux pour regrouper leurs enfants avant les cours.
Le nom de l’association évoque un modèle de club privé londonien et c’est pour cela que pendant longtemps beaucoup de personnes pensaient, erronément bien sûr, que Yan’s était un club réservé à une certaine élite arménienne.
« NH » : Et quel était le motif principal de sa création, sachant qu’à l’époque, il existait déjà un certain nombre d’associations arméniennes à Paris ?
Dr Ch. : Mon beau-père était l’un des membres-fondateurs de Yan’s et je sais que l’une des raisons de la création du Yan’s était de proposer une association apolitique ouverte à tous.
« NH » : En dehors des associations membres de Yan’s, est-ce que d’autres associations peuvent organiser des événements dans vos locaux ?
Dr Ch. : Par principe, nous sommes ouverts à mettre nos locaux à la disposition des associations arméniennes. Je m’entretiens d’abord avec le responsable de l’association pour comprendre les motifs de l’événement organisé et après m’être concerté avec mon bureau, je prends la décision de répondre favorablement ou non à la demande. En profitant de l’occasion, je tiens à préciser que le Yan’s club est ouvert à toutes les associations pour organiser colloque, assemblée générale, à la seule condition d’être adhérents.
« NH » : Depuis les bouleversements politiques de 2018, et la guerre de 44 jours, le climat politique, même dans la Diaspora, s’est détérioré, est-ce que cela a affecté vos activités ?
Dr Ch. : Nous sommes profondément concernés par l’actualité politique, mais essayons de rester loin de tout cela. Chaque membre de Yan’s a son opinion politique personnelle et parfois, les discussions peuvent créer des tensions entre nos membres, mais cela ne nous empêche pas de nous réunir, d’écouter l’autre et de poursuivre nos actions.
Yan’s est un club de rencontre en famille ou entre amis, où on dîne, on participe à des soirées, on assiste à des rencontres culturelles ou littéraires, des concerts de musique, expositions photographiques ou de peintures, etc.
« NH » : Yan’s est aujourd’hui un lieu unique à Paris qui propose, comme vous venez de le rappeler, des rencontres, des concerts, des auteurs… Comment préparez-vous cette programmation et effectuez-vous le choix des manifestations ?
Dr Ch. : Certes, Yan’s accueille des expositions et des concerts, mais n’oublions pas que nous recevons très souvent des hommes et des femmes politiques pour commenter l’actualité de notre communauté et de notre patrie. Je souhaite citer particulièrement notre dernière rencontre avec Jean-Christophe Buisson et Valérie Boyer.
Au Yan’s, dans le temps, nous avions accueilli le comédien Nareg Dourian et sa troupe de théâtre et bientôt nous allons organiser d’autres soirées théâtrales avec plusieurs compagnies.
« NH » : L’autre grande particularité du Yan’s Club est la restauration, au rez-de-chaussée, dans un cadre sympathique.
Dr Ch. : La restauration n’est pas l’activité principale du Yan’s, mais un service annexe. Cela permet de faire vivre le lieu, d’accueillir du monde plus souvent et c’est bien entendu une source de revenu. Lorsque nous organisons un concert de musique ou une conférence au Yan’s, nous mettons notre cuisine et notre bar entièrement équipés ainsi que notre personnel au service de nos membres.
La restauration a démarré dans les années 1970 grâce à notre ancien chef Gérard Markarian, qui avait donné une certaine image au Yan’s. Quand Gérard a pris sa retraite, nous avons recruté Avo, un excellent cuisinier originaire de Kessab qui a largement contribué à conquérir une « clientèle » à la recherche d’une cuisine typiquement arménienne.
Nos soirées « Manty » ont un très grand succès et attirent beaucoup de monde. Les avantages de l’activité culinaire sont triples : a) Bénéficier du passage régulier de personnes au club, b) Stabiliser notre budget, c) Trouver de nouveaux adhérents.
« NH » : Être propriétaire d’un immeuble à Paris implique beaucoup de frais et charges, et si j’ajoute à cela le salaire que vous versez à vos salariés, comment se présente le budget annuel de Yan’s Club ?
Dr Ch. : La gestion financière est assez lourde et compliquée. Nous avons des frais de syndic assez élevés. D’une manière générale, notre budget est stable et équilibré, car les cotisations et les revenus générés par la restauration nous permettent d’équilibrer nos dépenses et de payer les charges, les assurances, les factures liées à l’entretien des lieux, les salaires, etc.
« NH » : Comme vous l’avez dit, à l’origine, Yan’s a été créé pour réunir des familles et permettre à leurs enfants de vivre dans leur arménité. Est-ce qu’aujourd’hui vous avez des projets qui vont dans ce sens-là ?
Dr Ch. : Au Yan’s, nous n’avons pas l’intention d’ouvrir une école sachant que cette mission est largement assurée par de très nombreuses associations arméniennes plus compétentes que nous en la matière. En revanche, nous soutenons les écoles arméniennes et essayons dans la mesure du possible de contribuer à leur pérennité.
Ces derniers temps, pour vous donner une idée, nous sommes très impliqués dans le projet de construction de l’école maternelle d’Alfortville. Nous avons organisé des soirées caritatives pour collecter des fonds et permettre de finaliser la construction de la maternelle.
Notre contribution consiste à transmettre la culture et l’identité arméniennes par le biais des événements culturels, artistiques, musicaux et par la cuisine.
Autant d’éléments qui font du Yan’s une petite Arménie à Paris.
NH : Comment voyez-vous l’avenir du Yan’s ?
Dr Ch. : Nous sommes dans la même situation que la plupart des autres associations arméniennes de France. Nos membres vieillissent et nous avons du mal à recruter de jeunes bénévoles à qui passer le flambeau.
Depuis un certain temps, nous organisons un « brunch » réservé exclusivement aux jeunes afin de les rapprocher de l’association et de les motiver à adhérer.
Nous essayons d’être présents sur les réseaux sociaux où les jeunes naviguent aujourd’hui et où l’information circule en masse.
« NH » : Que faire pour rester informé des activités que vous organisez ?
Dr Ch. : Nous avons un compte Instagram régulièrement actualisé avec nos programmes et sommes également présents sur Facebook.
Nous avons une adresse e-mail qui nous permet de recevoir des demandes et de répondre aux candidatures, de faire des mailings à nos adhérents, de communiquer notre agenda culturel aux médias, etc.
Je profite de cet entretien pour annoncer la tenue d’une soirée musicale exceptionnelle que nous organisons au Yan’s en collaboration avec Janik Manissian, le président de la SPFA, le samedi 25 mars dans l’après-midi, et lors de laquelle nous accueillerons de jeunes prodiges.
Entretien réalisé
par Chant MARJANIAN