« Nor Haratch » – Vous assumez depuis peu les fonctions de directeur au sein du Conseil Français Arméniens (CFA) Quel est votre parcours et quelles sont vos ambitions/projets pour le CFA ?
Vaner Haroutiounian – Tout d’abord, je tiens à vous remercier et toute l’équipe de Nor Haratch pour cette occasion. Ayant acquis mon expérience à travers un parcours diversifié, j’ai exercé à trois reprises dans les missions diplomatiques et consulaires arméniennes à Paris et à Lyon. J’ai répondu favorablement en juin 2022 à la demande du bureau du CFA de les rejoindre, afin de participer au développement des activités de l’association, et de promouvoir à l’extérieur les intérêts et les besoins de la diaspora arménienne de France. En qualité de directeur, j’ai vocation à poursuivre au quotidien avec l’ensemble des adhérents, des commissions et des partenaires les objectifs du CFA destinés à préserver l’identité arménienne.
« NH » – Quel est le but recherché par le Conseil Français-Arméniens ?
V. H. – Le CFA est fondé sur les principes universalistes et républicains qui font la grandeur de la France. Il a pour mission d’élargir et de renforcer l’action, l’influence et la communication de l’arménité en France d’une part, et d’autre part de développer les relations franco-arméniennes, et ce dans tous les secteurs : culture, économie, recherche, éducation, droit, santé, etc. Le Conseil Français-Arméniens s’appuie sur une base la plus large possible, englobant toutes les bonnes volontés, sans distinction d’aucune sorte.
Bien évidemment, la vie de la diaspora et les initiatives de la diaspora arménienne en France, qu’elles soient nationales ou locales, sont d’une diversité et de richesse tout à fait impressionnante, et je saisis cette occasion pour en remercier ces associations qui œuvrent dans les domaines humanitaire, éducatif, social et économique. Ce qui manque c’est une représentation d’ensemble dans laquelle les Français d’origine arménienne et les Arméniens vivant sur le sol français puissent s’exprimer, car je pense qu’il n’existe pas aujourd’hui d’un moyen apolitique d’expression global. Le Conseil Français-Arméniens a vocation à servir d’instance de coordination entre ces différentes associations et gagner ainsi en efficacité. Le Conseil Français-Arméniens devrait aussi servir d’instance d’influence tant avec l’environnement privé que politique le tout accompagné d’un think-tank, qui permettrait de réfléchir aux problèmes du long terme.
Par ailleurs, le Conseil Français-Arméniens a défini une politique de relations avec l’Arménie qui se manifeste par la solidarité vis-à-vis de l’Arménie, et non pas vis-à-vis de tel ou tel gouvernement.
« NH » – En France, nous comptons plusieurs centaines d’associations arméniennes œuvrant toutes au profit de l’Arménie et de son développement, ainsi que la préservation de la culture arménienne en France. Qu’est-ce que va apporter cette nouvelle association à la communauté arménienne de France et aux Arméniens en général ? Quels seront vos rapports avec les associations existantes ?
V. H. – Avant de lancer cette initiative, le président actuel du CFA personnellement a contacté plusieurs représentants de la diaspora répartis sur l’ensemble du territoire dans toutes les grandes villes de France. Il a eu des entretiens avec les représentants d’associations culturelles et humanitaires, qui ont tous fait part de leur intérêt à voir évoluer l’organisation de l’arménité, en soulignant la nécessité d’avoir une fédération plus proche, indépendante des partis politiques. Le CFA engage des initiatives en favorisant une démocratie participative de ses adhérents et en recherchant la collaboration la plus large possible avec toutes les bonnes volontés sans restriction tout en évitant toute influence politique..
Le nombre de nos partenariats augmente régulièrement et nous en sommes fiers. Nous sommes convaincus que c’est en coopérant avec les autres organisations partageant des objectifs complémentaires et reposant sur les mêmes valeurs qu’on sera en mesure de renforcer la diaspora.
Ainsi, à titre d’exemple, le CFA avec DiasporArm a coorganisé une table ronde les 18 et 19 juin 2022 à Paris qui a réuni des intellectuels, éducateurs, entrepreneurs et dirigeants de la diaspora de huit pays afin d’évaluer les besoins de la diaspora et ses relations avec l’Arménie.
L’objectif de cette réunion, dont les membres ne représentaient qu’eux-mêmes, était de constituer une entité évolutive et politiquement neutre en vue de susciter une réflexion relative aux défis auxquels les Arméniens du monde entier doivent faire face afin d’assurer collectivement l’avenir de notre peuple et de faire entendre sa voix, tant dans la diaspora que dans la mère patrie.
Au cours de la réunion de deux jours, les participants ont discuté des questions liées à la sécurité de l’Arménie, au rapatriement (y compris professionnel), à l’influence des groupes de lobbying dans les cercles géopolitiques directement concernés par les intérêts de l’Arménie, à la mise en réseau des étudiants d’origine arménienne dans la diaspora et à la manière de développer des ressources pour la mise en œuvre des projets. Les défis environnementaux et la problématique de l’eau ont également été abordés. Enfin, les participants ont discuté de l’importance du prochain sommet que le gouvernement arménien organisera en automne 2022 à Erevan concernant les relations Arménie-diaspora.
« NH » – Comment cela se traduit-il en matière d’actions concrètes ? Quel accompagnement proposez-vous aux membres et quel rôle jouez-vous auprès des adhérents ?
V. H. – Pour accompagner le dynamisme des associations en lien avec l’Arménie et l’arménité, le Conseil Français-Arméniens (CFA) lance une plateforme proposant un ensemble de services pour faciliter l’avancement de leurs projets. C’est dans cette perspective qu’a été mise en ligne la première composante de cette plateforme, à savoir un annuaire référençant les associations et les organisations arméniennes. L’annuaire référence toutes les associations liées à l’Arménie et à l’arménité. Il inclut pour chacune une fiche d’information détaillée permettant de connaître les principales missions desdites associations et les liens pour entrer en contact avec elles. Au-delà de cet annuaire, le Hub de services du CFA servira pour promouvoir l’écosystème franco-arménien en Arménie et en France et inclura progressivement : un « kit » pour la gestion et l’accès aux ressources numériques afin de faciliter le pilotage professionnel des projets ; une offre « financement » pour faciliter l’accès à des financements pour les projets et les activités ; et une solution « Experts » pour accéder aux meilleurs spécialistes et ressources humaines en vue d’accélérer les projets. L’annuaire mis en ligne depuis le mercredi 13 juillet 2022 est accessible directement depuis le site du CFA. Outre cela, nous sommes en discussion avec différents partenaires concernant l’accompagnement et l’aide des étudiants et chercheurs se trouvant en France ou effectuant des études en liaison avec l’Arménie et les questions arméniennes
« NH » – En tant que directeur de l’association, quels «grands chantiers» comptez-vous mener lors de votre mandat ?
V. H. – Plusieurs projets sont en cours, notamment concernant :
– Les efforts pour la réouverture du Musée Arménien de France, ce qui est au centre de mon attention depuis mon arrivée. Depuis des années, cette question a été abordé avec diverses fondations et organisations afin de trouver un lieu pour faire revivre ce patrimoine arménien en France ;
– Renforcer le rôle des écoles arméniennes et échanges dans le milieu éducatifs à différents niveaux entre la France et l’Arménie ;
– Activer le secteur économique et les échanges économiques entre les acteurs
« NH » – Vous avez cité le secteur économique. Quels sont vos projets en la matière ?
V. H. – L’Arménie est un marché plus important qu’il ne paraît de prime abord avec une main d’œuvre compétente, un emplacement géostratégique et un environnement commercial qui offrent de grandes opportunités à la fois aux entrepreneurs et aux investisseurs établis et en démarrage. Le pays dispose d’un solide capital humain, d’une population instruite doublée d’une main-d’œuvre compétitive, ainsi que d’un marché technologique attrayant, à haut potentiel.
L’Arménie est membre de l’Union économique eurasienne qui lui donne accès à son marché unique d’environ 200 millions de consommateurs, ainsi qu’à la libre circulation des marchandises, des services, des capitaux et de la main-d’œuvre. D’autre part, l’Arménie développe en permanence son partenariat avec l’Union européenne, notamment l’harmonisation des pratiques et des lois de l’UE. Par ailleurs, compte tenu de sa situation stratégique, l’Arménie a le potentiel pour devenir un pont unique et une plaque tournante entre les États membres de l’Union européenne et ceux de l’Union économique eurasienne dans la conjoncture géopolitique actuelle. A cet égard, les Chambres de Commerces et d’Industrie France-Arménie (tant celle basée en Arménie que celle basée en France-CCIFA), en collaboration avec le Conseil Français-Arméniens (CFA) co-organisent la 1ère édition du Forum économique franco-arménien « VivArmenia » à Paris le 26 octobre 2022. Les nombreuses opportunités économiques de l’Arménie seront exposées par les intervenants lors de ce forum. Cette initiative inédite vise à attirer les entreprises françaises et les investisseurs en Arménie, et de soutenir ainsi la croissance des entreprises françaises et arméniennes. Selon notre vision des relations économiques entre la France et l’Arménie, nous considérons que ce qui est bon pour l’un l’est également pour l’autre.
Propos recueillis par
Jiraïr TCHOLAKIAN