Haykaz Makaryan lors de son émisson sur Noyan Tapan TV
Noyan Tapan TV dans sa grille de programme Azad khossapogh (libre micro) a accordé à Haykaz Makarian un créneau mensuel consacré au développement, souhaité par l’initiateur, des relations entre l’Arménie et l’Arabie saoudite. Ce jeune juriste vient de créer la « plateforme commune de l’amitié arméno-saoudienne », une sorte de comité en vue de faire connaître au public arménien l’Arabie saoudite et ses perspectives de développement et pourquoi pas de susciter l’intérêt des pouvoirs publics et aussi du secteur privé pour ce pays et le monde arabe. Son idée s’expliquerait par le souci de ne pas rater le train saoudien dont la marche s’accélère de plus en plus.
¤ Les ambitions du prince
Le déclic serait provoqué à la suite des propos tenus par le prince héritier du royaume, Mohammed bin Salman, qui semble avoir séduit Haykaz Makarian. En effet, les agences d’information avaient largement diffusé partie du discours princier au sujet du rôle à venir de l’Arabie et du Moyen-orient dans les relations internationales tant sur le plan économique que politique.
Etant donné le poids politique, financier et spirituel du royaume d’Arabie saoudite dans le monde arabe et musulman et surtout au sein du CCEAG (Conseil de coopération des Etats arabes du golfe), un regroupement de pays riches (Arabie, Emirats, Qatar, Oman, Bahrein et Koweit), Mohammed bin Salman ambitionne de faire de son pays le pivot du Moyen-orient, région qui devra devenir à l’avenir la nouvelle « Europe au Moyen-orient ». Cette Europe moyen-orientale située entre l’Est et l’Ouest devra faire la liaison entre ces deux blocs de civilisation. Il en résultera un développement rayonnant au profit des pays de la région.
¤ L’Arménie est en retard
L’Arménie indépendante a ouvert des représentations diplomatiques dans nombre de pays arabes de la région (Egypte, Jordanie, Emirats arabes unis, …), mais « l’Arménie n’a pas de relations diplomatiques avec le plus important pays arabe du Moyen-orient », titre d’un article publié dans
« Nouvelles d’Arménie en ligne », le 3 août 2021, un peu en guise de reproche, peut-on supposer, adressée aux autorités d’Erevan restées timides pour ne pas dire inertes.
Peu de journalistes ou plateformes d’information, à l’exception de Tatoul Hakobian sur CivilNet, s’étaient intéressés à ce sujet, jusqu’à la participation (octobre 2021) du président Armen Sarkissian à un forum (Future investments initiative) créé par le prince héritier saoudien à Riyadh. Le bon plaidoyer du président arménien lors d’un entretien exclusif avec l’agence d’information saoudienne en faveur de l’établissement des relations diplomatiques entre l’Arménie et l’Arabie constitua un premier pas vers ce pays, mais son départ de la présidence de la République affaiblit l’élan impulsé. Son remplaçant n’a fait parler de lui que lors de l’enterrement de la reine Elisabeth II, pendant lequel il conversait à haute voix dans cette atmosphère de recueillement en prenant des selfies au grand dam du protocole royal.
Armen Sarkissian, lorsqu’il était président, à Riyad à côté du prince Mohamed bin Salman en octobre 2021
¤ Le nouveau contexte à mettre à profit
Force est de constater que l’Arabie saoudite s’intéresse de plus en plus à son environnement régional, au-delà de la péninsule arabique. Riyadh poursuit ses bonnes relations avec Le Caire, Abu Dhabi et Amman, s’emploie à améliorer ses rapports avec Bagdad et grâce à l’entremise de la diplomatie chinoise, le gouvernement saoudien a pris langue avec Téhéran. La tension entre deux capitales rivales semble s’atténuer. La question épineuse de la guerre au Yémen où Saoudiens et Iraniens s’affrontaient par forces locales interposées a trouvé une issue pacifique. Dans ce contexte, les bonnes relations de voisinage arméno-iraniennes ne devraient pas constituer le grain de sable qui gênerait l’évolution favorable à l’établissement des relations diplomatiques avec Erevan, d’autant plus que le verrou tant invoqué par les autorités de Bakou critiquant dans l’enceinte de l’OCI (organisation de la conférence islamique) « l’occupation par l’Arménie chrétienne des terres azéries du Karabakh » a sauté. Par ailleurs, la tournée régionale du président al-Sisi d’Egypte l’an dernier (Inde, Azerbaïdjan, Arménie) n’a probablement pas été sans effet sur la diplomatie saoudienne qui commencerait à tourner son regard en direction du Sud-Caucase aussi.
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L’initiative de Haykaz Makaryan arrive à point nommé. Son idée de créer une structure de contacts entre Arméniens et Saoudiens est une nécessité politique et économique. Son projet d’organiser en septembre prochain une rencontre en invitant outre les personnalités arméniennes des secteurs public et privé, les représentants des pays arabes à Erevan et de solliciter leur bienveillante intervention en faveur des relations entre l’Arménie et l’Arabie est pertinent. Il est important que les milieux intéressés apportent leur soutien à cette initiative pour concrétiser la structure envisagée. En filigrane, celle-ci constituera un tremplin pour les actions à venir.
Armand M.