La résurgence du groupe de Minsk ?

Les experts et les analystes considéraient le groupe de Minsk comme mort. Cependant, à l’occasion de sa tournée dans le Caucase du Sud, la secrétaire d’État américaine adjointe aux Affaires européennes et eurasiennes, Karen Donfried, l’a d’une certaine manière ressuscité dans un entretien accordé à RFE / RL, dans lequel elle a annoncé que les États-Unis étaient prêts à travailler de nouveau avec les autres coprésidents du groupe dans le cadre de ce format. Pour la première fois, les États-Unis se disent prêts à travailler avec la Russie afin de résoudre le conflit du Haut-Karabakh.
C’est le ministre russe des Affaires étrangères, Lavrov qui avait annoncé la dissolution du groupe de Minsk, prétextant le refus des émissaires américains et français de communiquer avec la Russie suite à son offensive en Ukraine.
Seule la partie arménienne – par l’intermédiaire du Premier ministre Nikol Pachinian et du ministre des Affaires étrangères Ararat Mirzoyan – a continué d’insister sur la nécessité pour le groupe de Minsk de servir comme seule plate-forme internationale légitime pour le règlement du conflit, contrairement aux déclarations d’Aliev selon lesquelles le conflit du Haut-Karabakh serait « résolu » et que le groupe de Minsk aurait perdu tout son sens.
Karen Donfried a également insisté sur la nécessité d’utiliser tous les formats politiques et diplomatiques pour rétablir la paix dans la région, rappelant l’implication bénéfique de Charles Michel, le président du Conseil européen.
Ces déclarations viennent souligner le travail diplomatique actif et efficace du gouvernement de la République d’Arménie tant avec l’Occident qu’avec la partie russe et l’OTSC, ainsi qu’avec d’autres pays tiers.
Le 10 juin, Erevan a accueilli une séance du Conseil des ministres des Affaires étrangères de l’OTSC, au cours de laquelle le ministère des Affaires étrangères et le Premier ministre ont abordé des questions liées à l’amélioration des opérations de réponse aux crises de l’OTSC. L’Arménie en a profité pour rappeler aux États participants – majoritairement pro-azerbaïdjanais – et en particulier à Stanislav Zas, le secrétaire général de l’OTSC, qu’en janvier dernier, l’Organisation avait réagi immédiatement aux troubles au Kazakhstan, tandis que lors de l’invasion de l’Arménie par les troupes azerbaïdjanaises en mai 2021, n’avait donné lieu à aucune mobilisation.
Lors de la visite de Sergueï Lavrov à Erevan, Ararat Mirzoyan a fait une déclaration similaire, exprimant l’espoir que la mission russe de maintien de la paix serait en mesure de rétablir le statu quo établi par la déclaration du 9 novembre et de ramener les forces armées azéries aux positions qu’elles occupaient avant l’invasion du village de Paroukh le 24 mars dernier.
Et lors de la rencontre avec le président de la République, Vahagn Khatchatourian, le président Poutine – pour la première fois – a reconnu la négligence des troupes russes de maintien de la paix dans le cadre des événements dans le village de Paroukh.
Malgré ces signaux positifs, les Azéris ont de nouveau abattu un jeune soldat arménien lors d’une escarmouche à la frontière, et les prisonniers de guerre arméniens demeurent toujours en détention.
L’offensive de la Russie contre l’Ukraine a créé une nouvelle situation dans la région. Bien qu’elle y demeure la principale force militaire, la guerre a bouleversé l’équilibre des forces. D’ici la fin de la guerre d’Ukraine, de nombreuses surprises peuvent encore complètement inverser l’alignement des forces dans la région et il faut donc se préparer à toutes les évolutions possibles. En dehors des relations Occident-Russie, l’Iran, la Géorgie, l’Arabie saoudite, le Qatar et l’Europe de l’Est représentent des opportunités tout aussi importantes de sceller de nouveaux partenariats et alliances économiques et politiques afin de minimiser la menace immédiate de l’Azerbaïdjan et de la Turquie.

J. Tch.