L’appel du président Khatchatourian à « manœuvrer »

Alors que l’opposition parlementaire a récemment chahuté le débat parlementaire et s’est privée du droit constitutionnel de remettre en cause la politique de l’exécutif tout en s’escrimant à créer une division du pouvoir à l’intérieur du pays, le président Vahagn Khatchatourian, malgré sa fonction essentiellement honorifique, a fait une déclaration importante sur la stratégie du gouvernement concernant le statut de l’Artsakh, qui donne au gouvernement la possibilité de « manœuvrer » dans les négociations au sujet de ce dernier. Un point qui était la principale revendication de l’opposition, notamment une déclaration ferme que l’Artsakh ne ferait jamais partie intégrante de l’Azerbaïdjan de quelque manière que ce soit.
Selon le président Khatchatourian, la position du gouvernement arménien sur ce point lui permet de mener une politique flexible dans la situation de crise actuelle. Compte tenu de la supériorité militaire de l’Azerbaïdjan et de la Turquie, de la puissance économique et de leur positionnement géopolitique dans les relations internationales, il est nécessaire pour l’Arménie de manœuvrer dans les relations internationales afin de sortir de la situation défavorable actuelle avec un minimum de dommages. Une déclaration importante qui met en évidence le fait que dans les relations diplomatiques, ce sont généralement seuls les grands acteurs qui ont les moyens de manœuvrer afin d’atteindre leurs objectifs.
La semaine dernière, des propos inquiétants ont été tenus au sujet de l’Arménie par des acteurs internationaux. Lors de sa visite à Bakou, le ministère russe des Affaires étrangères a complètement démenti la déclaration du sous-secrétaire d’État adjoint américain aux Affaires européennes et eurasiennes selon laquelle les États-Unis et la France sont prêts à coopérer à nouveau avec l’envoyé russe dans le cadre du groupe de Minsk de l’OSCE. Serguei Lavrov, corroborant les propos d’Aliev, a annoncé que les travaux du groupe de Minsk étaient désormais au point mort. Cette semaine, cependant, le directeur du bureau européen du département d’État américain a répondu à Lavrov que la Russie avait rejeté leur invitation à la réunion du groupe de Minsk.
Le Premier ministre Nikol Pachinian a également exprimé sa surprise face à la déclaration du ministère russe des Affaires étrangères lors d’une conférence de presse le 27 juin, affirmant que le 24e point de la déclaration signée avec le président Poutine lors de sa visite en Russie le 22 avril indique : « Nous devons coopérer pour le règlement de la situation au Haut-Karabakh, nous devons utiliser le potentiel de la coprésidence du Groupe de Minsk de l’OSCE conformément à son mandat international. »
Dans cette situation difficile, l’Azerbaïdjan et la Turquie insistent toujours sur l’ouverture d’un « corridor » dans le Sunik. Récemment, ils ont été rejoints par le Kazakhstan qui, par l’intermédiaire de son ministre des Affaires étrangères a corroboré les revendications de Çavuşoğlu et Bayramov sur la nécessité d’ouvrir, par l’Arménie, un corridor qui relierait les pays turcophones d’Asie centrale à la Turquie via le Nakhitchevan.
Dans cette situation, que reste-il comme capacité de manœuvre au gouvernement arménien dont parle le président Khatchatourian ? Même si le gouvernement américain semble faire une grande exception sur la question de l’Artsakh, qui malgré la rupture de tous ses liens avec la Russie et l’imposition des sanctions les plus lourdes, insiste sur la reprise du dialogue avec la Russie dans le cadre du Groupe de Minsk.
Ce tableau ne révèle aucune perspective positive pour l’Arménie à l’heure actuelle. Si la Russie, les États-Unis, l’Union européenne ou la France parlent tous de réconciliation, d’établissement de la paix dans la région du Caucase du Sud et d’ouverture des voies de communication, l’objectif de chacun de ces acteurs est de gagner en influence dans la région.
Naturellement, pour eux, la débâcle des faibles est un phénomène naturel, ce n’est pas leur principale préoccupation. C’est à l’Arménie de trouver des stratagèmes pour nager dans ces eaux troubles et pour maintenir la sécurité et l’intégrité territoriale de l’Arménie et de l’Artsakh.

J. Tch.