Le 6 avril, grâce à la médiation du président du Conseil européen Charles Michel, pour la deuxième fois, des pourparlers directs ont eu lieu entre le Premier ministre de la République d’Arménie, Nikol Pachinian, et le président azerbaïdjanais, Ilham Aliev. Cette initiative du Conseil européen est-elle un prélude aux funérailles du Groupe de Minsk de l’OSCE ? Cet état de fait a également été évoqué dans la déclaration étonnante prononcée deux jours plus tard, le 8 avril, lors d’une rencontre entre le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov et le ministre arménien des Affaires étrangères Ararat Mirzoyan : « En ce qui concerne l’action des coprésidents du groupe de Minsk de l’OSCE, je ne sais pas ce que l’avenir lui réserve car dans ce groupe, nos partenaires français et américains, qui souffrent de fièvre anti-russe et qui tentent de supprimer tout ce qui concerne la Russie, sapent par là même la coprésidence du groupe de Minsk de l’OSCE en déclarant qu’ils ne communiqueront pas avec nous dans le cadre de ce format. »
Cependant, les deux autres coprésidents du groupe de Minsk, la France et les Etats-Unis, ont immédiatement réagi à la déclaration du ministre russe des Affaires étrangères. Le 11 avril, la France a dépêché à Erevan son coprésident du groupe de Minsk de l’OSCE, Brice Roquefeuil, qui lors de ses rencontres avec le ministre des Affaires étrangères, Ararat Mirzoyan, et le secrétaire du Conseil de sécurité, Armen Grigorian, a souligné l’engagement du groupe de Minsk dans la résolution du conflit du Haut-Karabakh.
L’ambassade des États-Unis en Arménie a également répondu à la déclaration du ministère russe des Affaires étrangères, exprimant sa volonté de soutenir le travail de démarcation entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan par le biais du format de coprésidence du Groupe de Minsk de l’OSCE. « Nous nous félicitons de la rencontre entre le Premier ministre Pachinian et le président Aliev à Bruxelles le 6 avril, au cours de laquelle une étape positive a été franchie dans la préparation des pourparlers de paix et la formation d’une commission bilatérale de démarcation. Les États-Unis restent déterminés à construire un avenir pacifique, démocratique et prospère dans le Caucase du Sud. »
Malgré la scission entre le duo France/Etats-Unis et la Russie au sein même du groupe de Minsk, une chose reste positive : les deux parties attachent de l’importance au format du groupe comme moyen de définir le statut de l’Artsakh et de délimiter les frontières de l’Arménie, malgré le refus de l’Azerbaïdjan de reconnaître l’autorité du groupe de Minsk, ainsi que ses déclarations qualifiant le problème de « résolu ». Et l’Arménie, par l’intermédiaire de son ministre des Affaires étrangères, Ararat Mirzoyan, continue de faire valoir que le groupe de Minsk demeure la seule plateforme disposant d’une autorité internationale pour le règlement du Karabakh, malgré la situation géopolitique difficile.
A part l’Azerbaïdjan, aucun pays ne remet en cause la déclaration trilatérale du 9 novembre 2020. Cette voie diplomatique sinueuse est avantageuse pour la partie arménienne pour exiger la sécurité des Arméniens d’Artsakh et la reconnaissance de leur indépendance. Cependant, il est également clair que l’Occident est bien conscient qu’il est impossible de remplacer l’armée russe de maintien de la paix par des forces occidentales, et il met donc en œuvre tous les moyens dont il dispose pour faire pression sur la Russie afin d’affaiblir sa position. Il ne fait aucun doute que les activités du Conseil de l’Europe doivent être considérées dans ce contexte.
J. Tch.