A la veille de la rencontre Pachinian-Aliev, l’opposition a organisé un rassemblement sur la place de la Liberté, auquel ont participé quelques milliers de personnes. Depuis l’époque de la guerre de 44 jours, l’opposition n’a cessé d’organiser des rassemblements et des manifestations pour renverser le gouvernement élu démocratiquement par les citoyens arméniens. Ce sont toujours les mêmes appels retentissants qui se font entendre des mêmes haut-parleurs sur scène, les mêmes exhortations à descendre dans la rue pour renverser les autorités en place. Jusqu’à quand ?
Les problèmes de sécurité pour l’Arménie et l’Artsakh se sont récemment intensifiés sur fond d’enlisement des troupes russes sur le front ukrainien. Les cercles russes pro-gouvernementaux ont reconnu que les Azéris avaient violé l’accord de cessez-le-feu trilatéral du 9 novembre 2020. La pression des Azéris et les risques des affrontements armés ont atteint leur summum.
Les Européens comptent sur l’alternative du gaz azéri pour réduire leur dépendance au gaz russe. Ainsi, le conflit du Karabakh est devenu pour certains pays occidentaux un moyen de pression sur la Russie, et une occasion en or pour les Azéris, qui bénéficient désormais du feu vert de l’Occident pour attaquer les positions défensives arméniennes et occuper de force la zone défendue par les soldats de la paix russes. La Turquie, en jouant le rôle de médiateur entre l’Ukraine et la Russie, est parvenue à améliorer sa crédibilité aux yeux de la communauté internationale, tournant ainsi la page sur ses différends avec l’Occident.
Les alliances et les oppositions changent sur l’échiquier politique international, sauf l’opposition arménienne qui continue de répéter la même rengaine en appelant au renversement du gouvernement. Dans des conditions internationales aussi difficiles, le rassemblement de l’opposition – avec ses appels stériles à défendre la sécurité et de la souveraineté de l’Artsakh, à refuser que l’Artsakh fasse partie de l’Azerbaïdjan et à suspendre le processus de réconciliation avec la Turquie – détournent considérablement l’attention de la société arménienne du défi principal, qui est le danger imminent d’une attaque azérie, pour lequel le bon sens exigerait que la majorité et l’opposition travaillent main dans la main.
Bien entendu, les relations diplomatiques sont l’une des armes les plus importantes pour prévenir la menace de guerre. Mais il est aussi impératif de préparer l’autodéfense, de mettre en garde le pays et le peuple et d’initier un mouvement d’autodéfense nationale, comme le font les Ukrainiens contre les troupes russes.
Un des plus grands malheurs de l’Arménie demeure la soif de pouvoir de l’opposition, qui conduit à de grandes déficiences, telles que l’incapacité de placer la faillite programmatique et les processus politiques dans le contexte de conflits internationaux aigus (compte tenu des ressources militaires et diplomatiques limitées de l’État) et l’absence de mobilisation de l’intelligentsia arménienne, des scientifiques et des figures dynamiques, afin de construire avec eux des garanties de sécurité pour la survie de l’État.
Depuis la fusillade du Parlement en 1999, la classe politique et militaire au pouvoir en Arménie et en Artsakh a dilapidé ses capacités et sa force diplomatiques et militaires, sous-estimant les intérêts stratégiques de ses alliés, en particulier des Russes, et ce malgré les injonctions des partenaires internationaux. Elle a ignoré l’aspiration du peuple arménien à la paix, sacrifié sa souveraineté et ses moyens d’autodéfense. Le monde et l’Arménie vivent des moments cruciaux où de nouveaux partenariats stratégiques se dessinent. La survie de l’État nécessite la coopération de la majorité et de l’opposition.
J. Tch.