Gaël Andonian : « L’UGA Ardziv, c’est un choix du cœur »

Entretien avec Gaël Andonian, international arménien évoluant à l’UGA Ardziv

Pour les amateurs de football au sein de la communauté franco-arménienne, le nom de Gaël Andonian est loin d’être inconnu. Après avoir fait ses débuts professionnels à l’Olympique de Marseille, l’international arménien (23 sélections) a connu un parcours tourmenté, qui l’a mené en Grèce, en essai en Angleterre, ou désormais… à l’UGA Ardziv, en National 3 (cinquième division). Âgé de 27 ans, le défenseur central, natif de Marseille, revient ainsi aux sources, chez lui, dans un club qu’il affectionne pour tenter de le maintenir à cet échelon. Un défi qu’attend avec impatience l’intéressé, en quête de stabilité.

« Nor Haratch » – Gaël, vous vous êtes engagé cet été à l’UGA Ardziv, club de la communauté arménienne de Marseille qui évolue cette saison en National 3. Pourquoi avoir fait ce choix ?
Gaël Andonian – Je suis à la maison. Le stade Sevan (pour les plus anciens, Senafrica, Ndlr) se trouve à 500 mètres de chez moi. Mon grand-père a été éducateur au club, mes oncles y ont joué… Beaucoup de choses font que je savais qu’un jour, ça allait arriver. Je ne savais juste pas à quel âge. Si ma carrière avait été plus faste, peut-être que je les aurais rejoints quelques années plus tard. Mais en l’occurrence, c’était la bonne occasion pour tout le monde. Je voulais me rapprocher de chez moi. Et eux voulaient se renforcer pour être compétitifs en N3. Donc voilà, ils m’ont appelé. Je n’ai pas réfléchi très longtemps, c’est un choix du cœur.

« NH » – Quels sont vos objectifs personnels pour cette nouvelle saison ?
G. A. – Se maintenir est la priorité. L’idée est de stabiliser le club à ce niveau-là sur plusieurs années. Après, si l’on peut viser au-dessus, tant mieux. Mais le but, c’est vraiment de se maintenir et de faire la meilleure saison possible. Si l’on se maintient, ce sera une très belle performance pour le club.

« NH » – Avez-vous reçu des offres de clubs en première division arménienne ? Si oui, lesquels ? Et pourquoi les avoir refusés ?
G. A. – Il y a six mois, le directeur sportif du FC Alashkert m’avait gentiment contacté, me disant qu’il est dommage que je ne joue plus à un niveau professionnel, que venir en Arménie me permettrait de retrouver la sélection, etc. Je les remercie mille fois pour leur intérêt, mais aujourd’hui, j’ai des choses qui font que je ne peux plus me permettre de partir, seul, à 5 h d’avion. Il a compris. Je venais d’avoir un enfant un peu plus tôt, j’ai privilégié le personnel au sportif. Idem en France, où j’ai refusé les quelques contacts que j’ai pu avoir avec des villes qui étaient éloignées de Marseille. Est-ce que c’est une erreur ? Est-ce que j’aurais dû accepter ? Je ne sais pas. Moi, en mon for intérieur, je ne me sentais pas de les accepter. Avant même d’arriver sur une négociation de contrat, de parler d’argent, j’arrête parce que je sais que je vais mentir et ce n’est pas dans mes habitudes.

« NH » – Quel a été l’élément déclencheur pour vous permettre de jouer avec l’Arménie en 2015 ?
Est-ce que la Fédération avait pris contact avec vous ? Peut-être via Bernard Challandes, le sélectionneur de l’époque ?
G. A. – Exactement. En fait, moi, je n’avais jamais vraiment pris conscience de cette possibilité, car lorsque c’est arrivé, je n’avais pas de contrat professionnel. Je commençais juste à côtoyer le monde pro. Et entre côtoyer une équipe de première division et jouer à un niveau international, pour moi, il y avait un monde. Dans les quelques jours qui ont suivi un match face à Lens, j’ai eu un appel de Bernard Challandes, qui est suisse, et qui parlait donc français. J’ai un peu hésité, non pas pour le cœur, qui me disait d’y aller, mais la raison, qui me disait d’assumer ensuite sur le terrain. Est-ce que ce n’est pas trop tôt ? Est-ce que tu vas y arriver ? Est-ce que tu as le niveau ?
C’était le moment où il y avait les qualifications pour l’Euro. Tu joues contre les meilleurs joueurs du monde. Donc ça s’est fait comme ça. Et ma petite hésitation n’a pas duré trop longtemps.
« NH » – Vous aviez fait une arrivée triomphale à l’aéroport d’Erevan. J’imagine que cela vous a marqué…
G. A. – Clairement. Déjà, j’avais fait un long voyage pour arriver là-bas, le plus long que j’ai fait pour aller en Arménie. On avait dû passer par l’Ukraine, la Russie. J’étais parti le matin et j’étais arrivé dans la nuit. Il était 2h ou 3h du matin, et à cette heure, j’avais été très surpris quand les portes, une fois ouvertes, m’ont permis de voir les supporters chanter mon nom. Je m’attendais à peine à voir la personne qui devait m’amener à l’hôtel (rires). Alors, les supporters, les chants, les photos des journalistes, à aucun moment je n’avais pensé à ça, encore moins pour moi. Oui, j’avais joué quinze minutes avec l’OM, mais ce n’est pas comme si j’étais un joueur de renommée internationale. Cet accueil a été un moment incroyable.

« NH » – Quelle expérience globale gardez-vous de votre période en sélection ?
G. A. – La sélection, personnellement, ça a toujours été une grosse plus-value à tous les niveaux. Les premiers matchs que j’ai faits contre l’Albanie, le Portugal, la Serbie, la France et le Danemark se sont tous bien passés. J’étais dans une très bonne dynamique, sportivement et mentalement. Moi, ça me boostait, parce que j’étais un peu frustré en club et quand j’arrivais en Arménie, je savais que je jouais, que les gens étaient contents de mes performances. Mais entre les premières sélections et les dernières, comme j’étais sans club, j’avais plus de mal à me motiver. Ma situation me pesait et influait sur mon jeu.

« NH » – Avez-vous eu des contacts avec le sélectionneur espagnol Joaquin Caparros, ou non depuis votre dernière sélection en 2018 ? Croyez-vous à un possible retour ?
G. A. – Non, je n’ai eu personne. Bien sûr, je répondrai toujours présent pour mon pays et s’il m’appelle, j’irai apporter toutes mes forces et mon expérience. Mais en jouant en N3, je ne pense pas être sélectionnable. Peut-être que j’aurais le niveau, il y a des sélections africaines où des joueurs qui jouent dans ces catégories-là sont sélectionnés. Mais je trouve logique qu’un joueur de première division arménienne soit préféré à un joueur de N2 ou de N3. Et puis l’équipe a beaucoup évolué, il y a eu de très bons résultats. Après, je ne ferme pas la porte : si demain, j’arrive à retrouver un club de National, peut-être que là, oui, ça pourrait commencer à être envisageable.

« NH » – Cette fibre arménienne, l’avez-vous immédiatement ressentie en vous ? Ou s’est-elle développée au fur et à mesure, en ayant visité le pays ?
G. A. – Mes grands-parents, qui ne sont plus là aujourd’hui, parlaient arménien, surtout du côté de ma mère. On mangeait arménien, on faisait le Noël arménien. Je n’ai jamais fait attention parce que je suis né dedans, mais au final, ça a toujours été présent. Notamment à travers la littérature, sur l’histoire de l’Arménie, du génocide. Je n’ai pas eu à aller chercher cette fibre. Alors c’est vrai que je ne parle pas l’arménien, mais c’est naturel, c’est en moi.

« NH » – Quel est le joueur le plus fort avec lequel vous avez évolué ?
G. A. – Henrikh Mkhitaryan. En plus, c’est lui qui m’avait accueilli de la meilleure des manières au sein de la sélection parce qu’il a grandi en France et parlait français. Il m’avait énormément aidé. Il fait partie des quelques exceptions à avoir joué en Europe, parmi les cinq grands championnats. C’est un joueur très talentueux et technique.

« NH » – Comment voyez-vous la suite de votre carrière ?
G. A. – J’avais l’envie de me trouver un club tranquille, et je pense être au bon endroit à l’UGA. Si c’est pour rester en National 2 et voir à court terme… Honnêtement, j’ai 27 ans, j’ai déjà connu pas mal de moments compliqués et je veux me faire plaisir. Mon caractère, ce n’est pas de changer de club chaque année.

Propos recueillis par
Théo SIVAZLIAN