Quand le génocide des Arméniens devient une fois de plus un pion sur l’échiquier d’Israël

« Moi, je le reconnais maintenant », déclare Netanyahou

Le 26 août, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a déclaré pour la première fois qu’il reconnaissait le génocide perpétré par l’Empire ottoman au début du 20e siècle contre les Arméniens, les Assyriens et les Grecs, rapporte The Times of Israel.

À la question d’un journaliste sur les raisons pour lesquelles Israël n’avait pas reconnu le génocide des Arméniens, Netanyahou a répondu : « Je pense qu’il l’a reconnu. Je crois que la Knesset a adopté une résolution à ce sujet. »

À la question de savoir pourquoi aucun Premier ministre israélien n’avait reconnu le génocide des Arméniens, Netanyahou a répondu : « Moi, je le reconnais maintenant. »

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« NH » – Israël nie le génocide des Arméniens depuis des décennies, ou du moins refuse de le reconnaître officiellement. Et pourquoi le reconnaîtrait-il ? En effet, cette carte est une arme rangée dans un coin, que le pays sort de sa poche chaque fois que les relations turco-israéliennes se tendent. Le problème est évoqué, la carte est montrée puis remise dans la poche, jusqu’à la prochaine fois où le besoin s’en fera sentir.

Qui peut croire à la sincérité des propos de Netanyahou, alors que son propre gouvernement, en vendant des armes depuis des années et en apportant toute sorte d’assistance militaire, constitue le bras droit d’un État appelé à parachever « l’œuvre inachevée » de la Turquie – devenant, pour le moins, complice de celle-ci ?

Mais dans les circonstances actuelles, le plus risible est qu’un Premier ministre d’un État commettant actuellement un génocide condamne et reconnaisse un autre génocide. Manifestement, reconnaître ou non la tragédie de tout un peuple – au moment de répondre à la question d’un journaliste – est pour Netanyahou une question d’humeur de deux secondes, comme choisir telle chemise ou telle cravate en sortant de chez soi le matin. Rien de plus. C’est tout ce que représentent à ses yeux l’ampleur et la portée des tragédies humaines vécues.

Cette déclaration présente néanmoins un enjeu diplomatique majeur. L’opportunité qui se dessine est incontestable : à l’image de la Turquie, d’Israël et de l’Azerbaïdjan, qui excellent dans l’instrumentalisation géopolitique, cette reconnaissance de Netanyahou ouvre des perspectives stratégiques qu’il conviendrait d’exploiter. Les modalités d’une telle approche mériteraient une analyse approfondie, dépassant le cadre de ce commentaire, mais la réflexion s’impose.

Ankara condamne la déclaration de Netanyahou sur le génocide des Arméniens

Le 27 août, le ministère des Affaires étrangères turc a réagi à la déclaration du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou reconnaissant personnellement le génocide des Arméniens, indiquant qu’Israël tentait d’instrumentaliser les tragédies du passé à des fins politiques.

« Netanyahou, qui est jugé pour son rôle dans le génocide commis contre le peuple palestinien, tente de dissimuler les crimes commis par lui et son gouvernement. Nous condamnons et rejetons cette déclaration qui ne correspond pas aux vérités historiques et juridiques », précise le communiqué du ministère turc des Affaires étrangères.

Éditorial