Le rapport présenté par le Premier ministre Nikol Pachinian à l’Assemblée nationale le 13 avril lors de la discussion sur la mise en œuvre du programme 2021 a marqué un véritable tournant. Depuis la démission de Levon Ter-Petrossian, il s’agissait de la déclaration la plus capitale pour un chef de l’État arménien. Revenant sur l’année écoulée, le Premier ministre Pachinian a ouvertement abordé la question du statut de l’Artsakh, qui est un sérieux défi pour l’avenir de l’Arménie dans les relations internationales, a suscité de vives réactions, en particulier de la part de l’opposition, qui considère n’importe quelle discussion sur le statut de l’Artsakh comme un nouveau scénario de trahison.
En 1997, Levon Ter-Petrossian abordait dans son article « Guerre ou paix ? Le moment de vérité » la question du statut de l’Artsakh et du fait qu’il ne devrait être résolu que par des négociations pacifiques, qu’il n’était pas possible de maintenir le statu quo pendant longtemps – car ni la communauté internationale, ni l’économie arménienne ne permettraient – et que cette situation non résolue n’était dans l’intérêt ni de l’Artsakh, ni de l’Arménie. Pachinian a lui aussi osé aborder la question la plus importante sur le plan stratégique concernant l’avenir de l’Arménie et de l’Artsakh.
Dire des vérités n’est pas une tâche facile, surtout sur une question de cette envergure politique et nationale. Levon Ter-Petrossian l’a payé au prix fort, en étant contraint de remettre sa démission.
Après la défaite dans la guerre de 44 jours, la déclaration de Pachinian selon laquelle « il n’y a pas d’alternative à la paix » est un aveu de l’évidence de l’analyse de Levon Ter-Petrossian. Et force est de constater qu’en l’espèce, la plus haute personnalité politique du pays a osé admettre son échec, alors que se dressent devant lui des forces politiques qui continuent de lui imputer la responsabilité de la défaite, sans remettre en cause les fautes qu’ils ont commises avant et pendant la guerre. Des forces qui baignent encore dans l’illusion, avec leur arrogance et leur présomption sur les capacités militaires et de résistance de l’Arménie, encore et toujours incapables d’examiner et d’analyser les véritables causes de la défaite, de réaliser l’impuissance de la communauté internationale face aux violations de l’Azerbaïdjan, ni même de comprendre le double jeu de la présence des forces russes de maintien de la paix.
Le Premier ministre a ouvertement présenté la demande de la communauté internationale visant à « baisser la barre » sur le statut de l’Artsakh, c’est-à-dire la renonciation au droit de l’Artsakh à l’autodétermination ou à l’indépendance. Il est très important que la demande de la communauté internationale au sujet du statut de l’Artsakh soit l’objet de débats ouverts impliquant des cercles d’experts et d’intellectuels afin de trouver des réponses appropriées et que la population soit informée des solutions.
Cette exigence de la communauté internationale n’est pas nouvelle. Pendant trente ans, elle a donné sa préférence à l’intégrité territoriale de l’Azerbaïdjan face au droit à l’autodétermination de l’Artsakh, mais les autorités d’Arménie et d’Artsakh l’ont ignoré, à l’exception de Levon Ter-Petrossian.
Et étonnamment, malgré la confirmation de son analyse clairvoyante, Levon Ter-Petrossian et ses partisans ont été exclus de l’arène politique lors des dernières élections législatives anticipées. Beaucoup l’accusent d’avoir renoncé à affronter les faucons en 1998. Il en va de même pour les événements de mars 2008. Et Pachinian, malgré la défaite de 2020, a remporté les élections anticipées, a réfléchi sur ses erreurs et s’est battu avec constance et sans compromis pour la justice, la construction de l’État de droit, la reconstruction de l’armée et le développement économique du pays. Le règlement de la question d’Artsakh reste en suspens, une question à laquelle aucune force politique n’a jusqu’à présent pu apporter de solution claire et acceptable. Toute solution ne peut ignorer la volonté du peuple d’Artsakh et son instinct d’autodéfense qui seront la boussole de l’action politique et diplomatique de l’État arménien.
J. Tch.