Le cuivre est pour l’Arménie l’équivalent du pétrole
Les richesses que recèle le sous-sol arménien et les mesures visant à les valoriser économiquement peuvent constituer le point de départ d’un essor technologique et industriel pour notre pays. Cuivre, molybdène, éléments rares et critiques : tous feront l’objet d’une forte demande mondiale pendant au moins les prochaines décennies et, selon toute vraisemblance, le riche sous-sol arménien contribuera lui aussi davantage à l’approvisionnement mondial en ces ressources minérales.
Dans un entretien accordé à Armenpress, Archavir Hovhannissian, responsable du département des ressources minérales de l’Institut des sciences géologiques de l’Académie nationale des sciences d’Arménie, a indiqué qu’un seul nouveau gisement, celui d’Amulsar, avait été découvert en Arménie au cours des 35 années écoulées depuis l’indépendance. Pourtant, le pays compte de nombreuses zones prometteuses et des sites présentant des indices de minéralisation qui n’ont pas encore été étudiés en détail, faute de moyens financiers et, pour certaines zones, de volonté politique.
Selon Hovhannissian, la mise à jour et la numérisation des cartes géologiques de l’Arménie constituent une priorité. Les cartes existantes conservent une valeur scientifique, mais elles sont désormais anciennes. D’après ses estimations, l’élaboration de nouvelles cartes, au moins à l’échelle de 1:200 000, nécessiterait environ 100 millions de drams. Ce travail devrait, selon lui, être pris en charge par l’État, puisque le sous-sol est une propriété publique et que l’État doit disposer de toutes les informations le concernant.
Les matières de valeur les plus recherchées actuellement sont l’or, l’argent, le cuivre, le molybdène, le plomb et le zinc. Toutefois, les métaux et les éléments minéraux indispensables aux hautes technologies modernes prennent eux aussi une importance croissante. Hovhannissian souligne que les éléments rares et les éléments minéraux critiques pour l’industrie ne se confondent pas : le cuivre, par exemple, n’est pas rare, mais il est impossible d’imaginer les moteurs électriques, les batteries et les systèmes électriques modernes sans lui.
Selon ses estimations, les réserves actuelles de cuivre pourraient suffire pour environ 50 à 100 ans si aucune nouvelle réserve n’était découverte. Hovhannissian reste toutefois convaincu que de nouvelles découvertes sont possibles, d’autant qu’aucune prospection systématique n’a été menée depuis environ trois décennies et demie. Il souligne également la forte hausse de la demande mondiale : la fabrication d’une voiture classique nécessite environ 10 à 15 kilogrammes de cuivre, tandis que cette quantité peut dépasser 50 kilogrammes dans une voiture électrique. « Ce que le pétrole représente pour certains pays, le cuivre le représente pour nous », insiste-t-il, considérant le cuivre comme un métal aujourd’hui irremplaçable.
Concernant les éléments rares, des recherches sont menées sur la présence éventuelle de formations minérales contenant du lithium, du sélénium, du tellure et du rhénium, tandis que plus d’une vingtaine d’autres éléments n’ont pratiquement pas été étudiés en Arménie. Hovhannissian souligne également la nécessité d’inspirer confiance aux investisseurs, rappelant l’expérience d’Amulsar, où les travaux sont restés suspendus pendant des années après des investissements de plusieurs centaines de millions de dollars.
S’agissant de l’uranium, le spécialiste précise qu’il n’existe en Arménie aucun gisement dont les réserves aient été établies. Les études antérieures n’ont relevé que des indices de minéralisation uranifère, dont la quantité et la qualité restent à déterminer. De même, il ne juge pas réaliste la perspective de découvrir d’importantes réserves de pétrole et de gaz naturel : selon lui, la structure géologique de l’Arménie rend peu probable la présence de grands volumes d’hydrocarbures. Il recommande donc de se concentrer sur les ressources déjà connues en cuivre, en molybdène et en or, ainsi que sur les éléments rares encore peu étudiés.
Hovhannissian juge également préoccupante la situation des eaux souterraines de la plaine de l’Ararat. Selon lui, les réserves ont fortement diminué, les puits profonds s’assèchent progressivement et l’utilisation actuelle de ces eaux fait peser une grave menace sur l’avenir. Il critique tout particulièrement leur utilisation massive dans la pisciculture.
Dans les prochaines années, si l’État assure les conditions nécessaires aux recherches et aux investissements, l’Arménie pourra se faire une idée beaucoup plus précise des éléments rares et critiques pour l’industrie que recèle son sous-sol. Hovhannissian évoque également la possibilité d’étudier le lignite, les schistes combustibles et les roches bitumineuses. Bien que ces matières soient de qualité médiocre comme combustibles, de l’or, de l’argent et du rhénium y ont néanmoins été décelés. La possibilité d’en extraire de l’hydrogène et de l’hélium pourrait également être étudiée ultérieurement. Hovhannissian a déjà saisi le Comité de la science à ce sujet, dans l’espoir d’obtenir en 2027 une subvention pour un programme de recherche de cinq ans.
