Arméniens – Il faut changer notre logiciel ! Le prix de la désunion est insupportable

William Saroyan a eu cette magnifique formule connue de tous : « …il suffirait que 2 arméniens se rencontrent n’importe où dans le monde pour qu’ils créent une nouvelle Arménie ».

Mais on doit y ajouter qu’assez rapidement ces 2 Arméniens auront des idées divergentes les conduisant à s’opposer et à se contrebattre. Est-ce dans nos gènes ? Est-ce notre héritage historique ? Est-ce la chimère du pouvoir, de l’autorité, du besoin d’avoir toujours raison ? Peut – être une combinaison de tout cela !

L’histoire de l’Arménie et des arméniens est émaillée de querelles, de luttes de pouvoir, d’oppositions politiques et confessionnelles. Il n’est nul besoin de trop remonter dans le temps pour illustrer ce propos ni de chercher à se consoler en considérant que les luttes du pouvoir et les oppositions ne sont pas l’apanage des seuls arméniens.

Les menaces qui pèsent sur la nation arménienne devraient convoquer davantage la raison dans l’esprit de ceux qui revendiquent un rôle de représentation, qu’il soit politique, associatif ou religieux.  

La concurrence entre les Dachnaks , les Ramgavar et les Hentchags , indépendamment bien évidemment de la qualité de leurs membres,  est surannée au sein de la république française.

Le blocage de la représentativité de la diaspora de France  auprès des plus hautes autorités de l’Etat en France  et  en Arménie nuit gravement à la collectivité et profite aux ennemis de l’Arménie.

Les querelles et anathèmes de tout poil – le Collège de Sèvres, le Président du groupe d’ amitié France – Arménie de la précédente mandature de l’ Assemblée Nationale , l’ Eglise de Nice , etc. – gaspillent une énergie et des moyens financiers considérables qui seraient bien plus utiles à la cause commune de l’ Arménité.

Pour une nation qui se réclame de la fille ainée du christianisme, c’est oublier un peu vite l’une de ses trois vertus théologales, à savoir l’amour du prochain, la charité chrétienne.  

Il est indispensable de changer de modèle , d’ adopter un logiciel de l’écoute , du respect, de l’union , de la solidarité  si on veut :

• Intéresser et impliquer les plus jeunes à l’ avenir de la nation arménienne et à l’ Arménité.

• Redevenir , en tant que diaspora , une force consultée et écoutée par le pouvoir politique de France et d’ Arménie

• Être suffisamment puissant pour contrebattre la realpolitik

• Lever les fonds permettant de déployer une véritable politique de promotion de l’ Arménité.

C’est ce que l’auteur de ces lignes s’efforce de promouvoir avec le Conseil Français Arméniens. C’est tout l’objet de son programme mis au point depuis bientôt 2 ans et de ses actions et prises de positions. www.francais-armeniens.com

A défaut, les tendances qu’on observe depuis quelques années conduiront à rayer l’Arménie et l’Arménité de la carte.

La Turquie et l’Azerbaïdjan ont les moyens financiers qui leur permettent de financer leur diaspora : mosquées, écoles, groupe de pression, think tanks, mécénats, etc..

La crise énergétique ne peut que reléguer au second plan les revendications culturelles pour ne pas dire existentielles, comparées à la nécessité de trouver les moyens d’assurer la fourniture en gaz de plusieurs pays européens et non des moindres. Que ça plaise ou non, on doit prendre en considération la realpolitik qu’elle soit géostratégique ou économique.

Nos réclamations, manifestations, pétitions, et autres actions de soft power en tout genre, aussi indispensables soient-elles, ne permettront pas de faire face à l’adversité de nos ennemis et à la passivité contrainte de nos amis.

Si l’Occident se mobilise un jour pour l’Arménie, tant mieux ! C’est qu’il y aura trouvé un intérêt stratégique qu’on a du mal à identifier aujourd’hui.

Les Arméniens sont loin de se trouver dans la situation des Juifs au lendemain de la seconde guerre mondiale où les Américains ont décidé la création de l’Etat d’Israël et en ont assuré la protection. Par ailleurs, il est de notoriété publique que les juifs disposent d’un lobby puissant aux Etats-Unis qui leur permet de pérenniser cette protection.

Les Arméniens n’ont rien de tout cela.

Ça devrait les conduire à mettre en œuvre les 5 facteurs suivants qui ont, entre autres, contribué à la réussite d’Israël : 

L’organisation de la diaspora en mode survie.

La solidarité de la diaspora avec l’Arménie.

Un Congrès Mondial Arménien réunissant les diasporas entre elles et avec l’Arménie.

Le développement de l’armée et d’une industrie de la défense.

Le financement de toutes ces actions.

Pour faire simple :

1. L’organisation de la diaspora en mode survie

La réunion des objectifs prônés par le CFA, le CCAF et le FAF avec une gouvernance démocratique suffirait à l’atteinte de cet objectif.

2. La solidarité de la diaspora avec l’Arménie et un gouvernement démocratiquement élu.

En France on participe à la politique française. Si on veut se mêler de la politique arménienne, on va s’y installer ; ce qui n’empêche pas d’alimenter une réflexion avec les autorités arméniennes sur la représentativité des nationaux arméniens de la diaspora dans les institutions de la République d’Arménie.

3. Un Congrès Mondial Arménien réunissant les diasporas entre elles et avec l’Arménie :

Les questions géostratégiques de l’Arménie dépassent le cadre d’une diaspora prise isolément. Les actions faces aux organisations internationales, Onu et Unesco notamment, mais aussi la coordination d’un soft power mondial nécessite un tel outil.

4. Le développement de l’armée et d’une industrie de la défense.

Outre le fait qu’il faut viser à ne pouvoir compter que sur soi-même, le développement de l’industrie de la défense est un facteur dé développement de tout l’économie grâce à l’essor des nouvelles technologies pour lesquelles les jeunes d’Arménie ont une véritable compétence. 

5. Le financement de toutes ces actions.

C’est le nerf de la guerre, on le sait tous. Avec le Fonds Arménien de France, on dispose aujourd’hui d’un outil qui a démontré son efficacité. On devrait travailler à en augmenter la collecte d’une part afin d’en consacrer d’une partie substantielle au financement des actions de la diaspora d’autre part.

Daniel KURKDJIAN