Déclaration de l’Union panarménienne Gardman-Shirvan-Nakhitchévan

L’organisation « Gardman-Shirvan-Nakhitchévan » qui regroupe des Arméniens originaires de ces trois régions arméniennes occupées par l’Azerbaïdjan et leurs descendants vient de publier une annexe au courrier qu’elle a adressé le 20 février dernier au Secrétaire général de l’ONU à l’occasion de l’anniversaire du pogrom de Soumgaït.

Annexe à la lettre datée du 20 février 2025 adressée au Secrétaire général par le Représentant permanent de l’Arménie auprès des Nations Unies

Appel à la mémoire et à la justice pour les massacres de Soumgaït de 1988

C’est avec une profonde tristesse et une profonde inquiétude que nous vous adressons à l’occasion de l’anniversaire des massacres de Soumgaït de 1988, un événement tragique qui reste l’une des pages les plus sombres de l’histoire.

À Soumgaït, près de Bakou, une campagne haineuse de persécution planifiée a été organisée. Les slogans « Mort aux Arméniens » et « Arméniens, dégagez ! » réclamant  « des têtes d’Arméniens » se sont rapidement répandus dans toute la ville, puis dans d’autres villes peuplées d’Arméniens.

Pendant trois jours, les Arméniens de Soumgaït se sont retrouvés sans défense face à toutes les formes de discrimination raciale, allant de la violence physique aux tortures psychologiques, du pillage des maisons au vol des biens personnels. L’ensemble de la population arménienne de la ville a été soumise à un nettoyage ethnique orchestré avec l’implication directe des autorités soviétiques azerbaïdjanaises. Des milliers d’Arméniens ont été déplacés de force, laissant derrière eux leurs foyers, leurs moyens de subsistance et leurs bien communautaires qui existaient depuis plusieurs générations.

Des familles ont été séparées, et nombre de ceux qui ont survécu continuent de vivre avec le traumatisme de ces jours terribles. Des témoins oculaires témoignent du meurtre de jeunes Arméniens et de l’incinération de leurs corps. Des preuves attestent de lynchages, de faits où des gens ont été écorchés vifs, de coups, de viols et d’autres violences physiques contre des Arméniens. Tout cela s’est produit sous les yeux de la police et avec son assentiment, ce qui indique clairement que le massacre a été ordonné « d’en haut ». Les auteurs du massacre des Arméniens de Soumgaït ont été élevés au rang de « héros » en Azerbaïdjan.

Ce massacre n’était pas un événement isolé, mais il s’inscrivait dans une campagne systématique de violence anti-arménienne qui s’est ensuite étendue à Bakou en 1990 et a contribué au conflit plus large du Haut-Karabakh.  À ce jour, le génocide commis contre la communauté arménienne de Soumgaït n’a pas été suffisamment dénoncé, et les organisateurs et les auteurs de ces crimes n’ont pas été tenus responsables. Les droits des Arméniens chassés par la force de Soumgaït demeurent bafoués car ils continuent d’être privés de justice et de restitution.

Nous appelons respectueusement Votre Excellence et les Nations Unies à honorer la mémoire des victimes innocentes des massacres de Soumgaït et à plaider pour la reconnaissance de ce crime.  Nous nous associons à votre appel à la justice, à la responsabilisation et au rétablissement des droits de la population arménienne déplacée.  Le peuple arménien, qui a subi des siècles de persécution, considère l’ONU comme une institution engagée dans la protection des droits humains, la paix et la justice.

Votre reconnaissance et votre intervention peuvent jouer un rôle crucial pour garantir que la vérité soit reconnue, que justice soit rendue et que le monde se souvienne des souffrances des innocents. En outre, nous exhortons les Nations Unies à encourager le dialogue et la réconciliation fondés sur la vérité historique. La voie vers une paix durable ne peut se construire sur le déni et l’effacement, mais doit passer par la reconnaissance des injustices passées.  Ce n’est que par la justice et la réconciliation qu’elles se reproduiront à l’avenir.

Nous sommes convaincus que l’ONU, en tant qu’organisation internationale de premier plan pour la paix et les droits de l’homme, peut jouer un rôle moteur dans la promotion de la justice pour tous ceux qui ont souffert des violences et des persécutions ethniques. Que le monde n’oublie jamais les crimes commis contre le peuple arménien, et que la justice et la paix prévalent.

Union panarménienne Gardman-Shirvan-Nakhitchévan