Le 15 février, le ministre arménien des Affaires étrangères Ararat Mirzoyan, qui s’est rendu en Turquie, a annoncé que lui et son homologue Çavusoglu avaient convenu de restaurer le pont d’Ani avec des efforts conjoints. Peut-être n’a-t-il même pas remarqué que lors de la conférence de presse, Çavusoglu n’a pas jugé nécessaire non seulement de mentionner l’origine arménienne du pont Ani, mais l’a même nommé à la façon turque, «Pont de la route de la soie »…
Çavuşoğlu soulignant que ce pont est très ancien et a probablement été construit au Xe siècle, il n’a pas mentionné qui étaient les habitants de cette cité médiévale à cette époque, attribuant ce choix tout simplement à son emplacement à la frontière arméno-turque.
Ce n’est pas la première fois que les Turcs ont officiellement exprimé le désir de restaurer le pont d’Ani. Les informations sur la réparation du pont ont commencé à circuler dès 2010, et en 2020 Ahmet Aslan, le député turc de Kars, a annoncé cette intention à la presse turque. Ainsi, à la veille de la guerre de 44 jours, la Turquie n’avait absolument pas l’intention d’impliquer des experts arméniens dans la réparation de ce pont…
Maintenant, les Turcs essaient d’induire en erreur l’Arménie et le monde entier avec ce semblant de geste, pour montrer qu’ils veulent établir des relations chaleureuses avec l’Arménie, mais en réalité, la réparation de ce pont était auparavant inscrite dans le cadre des événements prévus pour le 1000e anniversaire de la bataille de Manzikert en 2071. … Une bataille à travers laquelle les Turcs ont commencé à s’implanter dans cette région, à la place des indigènes… Arméniens.
Méline Anumian, Turcologue
Akunq.net
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Un autre turcologue, Andranik Ispirian, évoque également le phénomène. Il dit également que dans les discours de Mirzoyan et Çavusoglu, les déclarations sur la réparation du pont d’Ani et la normalisation des relations se sont succédées, donnant l’impression à beaucoup que ce pont sera réparé comme moyen de communication terrestre entre l’Arménie et la Turquie.
Le turcologue rappelle que le pont d’Ani construit par les Bagratunis arméniens au Xe siècle, est désormais simplement un monument historique et rien de plus. « En d’autres termes, le pont d’Ani est un monument historique, il n’est pas possible d’organiser la communication entre les deux pays par sa traversée pour plusieurs raisons. Premièrement, il n’a pas la capacité nécessaire, deuxièmement, il a un emplacement très gênant, directement sur la rivière, et enfin, il est situé dans les ruines d’Ani, qui est un musée à ciel ouvert et fait partie du patrimoine de l’UNESCO. »
Ispirian a également attiré l’attention sur le fait que Çavusoglu a évité le nom authentique du « Pont d’Ani » et l’a appelé « Pont de la Soie », comme on le nomme en turc.