Entretien avec Khatchig Tölölyan, professeur de sciences humaines à l’Université Wesleyan et fondateur de la revue « Diaspora: a Journal of Transnational Studies »

Le professeur Khatchig Tölölyan est l’un des fondateurs de la discipline des études sur la diaspora. Initialement diplômé de l’université de Harvard en biologie moléculaire, il a obtenu son doctorat en littérature comparée à la Brown University, se spécialisant dans l’étude de la narratologie et du roman moderne. En 1991, il fonde la revue « Diaspora: a Journal of Transnational Studies » [Diaspora : un journal d’études transnationales], une publication considérée comme fondamentale dans le développement de cette discipline. Les articles qu’il rédige et publie traite des questions théoriques relatives aux diasporas classiques et émergentes, de la mobilité des populations, et de la manière dont les diasporas remodèlent la littérature, la culture et la politique des pays qui les accueillent.

« Nor Haratch » – De nos jours, les relations de Diaspora-Arménie sont compliquées par la situation politique, et surtout par la crise qui secoue les relations internationales. Dans ces conditions, et de manière plus générale, la diaspora est-elle gouvernable ?
Khatchig Tölölyan – Il est difficile de répondre de manière strictement théorique à une telle question. Mais si l’on prend pour point de départ les différentes diasporas qui existent actuellement, on constate qu’aucune diaspora n’est vraiment gouvernable. Les élites des différentes communautés ne peuvent gérer qu’une petite partie de leur diaspora. Quant aux Etats, ils ne peuvent presque jamais gouverner leurs diasporas. Prenons l’exemple de la diaspora juive, qui est composée d’une multitude de communautés différentes, donc d’une grande variété de dirigeants : certains ne s’occupent de religion, certains autres sont des religieux extrêmement conservateurs, d’autres encore s’occupent essentiellement de la question de la Shoah, quand d’autres sont principalement tournées vers Israël. Mais même dans cette configuration, de petites
« élites de diaspora » gouvernent chacune leur communauté, de sorte que cette diversité, au lieu d’être un frein à l’unité, permet de gérer les différentes parties de la diaspora. On sait par exemple que 60 à 70 % des Juifs qui vivent en France ou aux États-Unis font chaque année des donations aux organisations ou communautaires ou directement à Israël. Autant que je sache, ce chiffre n’a jamais dépassé les 15 % chez les Arméniens. Peut-on dire pour autant que la diaspora juive est gouvernable ? Je dirais qu’elle est plutôt gérée localement par les élites de différentes communautés. Après, il y a aussi la question de la direction de ces élites, ce que réussit à faire l’État d’Israël avec des concertations et des consultations permanentes. Il n’organise pas de congrès Diaspora-Arménie comme nous tous les deux ans, mais s’appuie sur son ministère des Affaires étrangères, qui est en contact permanent avec les élites juives vivant dans différents pays. Il y a une différence entre les termes « gouverner », « diriger » ou « gérer ». On ne peut gouverner au sens strict du terme que si l’on dispose d’un État auquel le peuple est obligé de se soumettre. Un des phénomènes actuels les plus intéressants et préoccupants est la tentative de l’État turc d’organiser sa diaspora pour pouvoir la diriger et la gouverner. Et comme les Turcs vivant dans la diaspora sont habitués à obéir à l’État turc, il est tout à fait possible que la Turquie parvienne à créer une diaspora qui sera en grande partie gouvernable. Dans le cas des autres grandes diasporas, par exemple chinoise ou indienne, les millionnaires vivant à l’étranger, qui sont des investisseurs potentiels, sont régulièrement sollicités par le gouvernement et entretiennent des rapports étroits de concertation.

« NH » – Cette approche était celle du gouvernement arménien, surtout jusqu’à la révolution de Velours de 2018. Mais par la suite, la situation s’est compliquée étant donné que la plus grande organisation de diaspora, la FRA Dachnaktsoutioun, et le gouvernement arménien sont entrés en conflit ouvert, et restent à ce jour, des désaccords. En conséquence, les liens de collaboration et de communication entre la diaspora et l’Arménie ont été fortement perturbés. Et aujourd’hui, le gouvernement arménien a des difficultés à trouver des interlocuteurs en diaspora. Comment caractérisez-vous les relations actuelles entre l’Arménie et la diaspora ?
Kh. T. – En Arménie, il y a une minorité – conséquente en nombre – qui est anti-Pachinian, tandis que la majorité de la population
« passive » est plutôt pro-Pachinian. Cette minorité, petite mais organisée par la FRA Dachnaktsoutioun, ne gère cependant pas la majorité de la diaspora. Donc quand on dit qu’il y a une discorde entre l’Arménie et la diaspora, on parle plutôt d’un désaccord entre les deux « minorités » en Arménie et en diaspora qui font front contre la « majorité passive » qui soutient le gouvernement actuel.
Il me semble que depuis le jour où Nikol Pachinian a décidé – Dieu sait pourquoi – de supprimer le ministère de la Diaspora et le remplacer par le Bureau du Haut-Commissaire aux Affaires de la Diaspora, dirigé par Zareh Sinanian, on n’a pas constaté de véritables progrès dans la communication et la « gouvernance » de la diaspora. C’est comme si gouvernement Pachinian avait supprimé l’ancien, mais ne l’avait remplacé par rien de nouveau. Mon impression, c’est que depuis 2018, le gouvernement arménien n’est pas parvenu à faire de nouvelles propositions à la diaspora. Après avoir dit ça, il faut se poser la question : en diaspora ou en Arménie, qui peut lancer une initiative en étant assuré que la majorité du peuple va la suivre ? Pour l’instant, je ne vois pas d’organisation de diaspora capable de réorganiser la diaspora pour qu’elle serve les intérêts de l’Arménie, que ce soit sur la question du statut des Arméniens d’Artsakh ou de la défense des frontières actuelles de l’Arménie. Au sein de la diaspora, la déception est grande de constater qu’en trente ans, rien n’a été fait… A l’heure actuelle, je ne vois pas d’initiative qui permettrait de dépasser cette déception et de proposer une nouvelle dynamique à la « majorité passive ».

« NH » – Il faut tout de même rappeler que depuis 2018, les relations Diaspora-Arménie ont aussi été fortement perturbées par la pandémie du coronavirus et la guerre des 44 jours. En ce qui concerne les médias et les réseaux sociaux, pensez-vous qu’ils puissent apporter des changements dans l’organisation de la diaspora ?
Kh. T. – Dans toutes les diasporas, on constate que le monde des médias ne peut être maîtrisé par seulement quelques partis ou quelques organisations. Dans le magazine scientifique (Diaspora) que j’ai édité pendant près de 30 ans, des centaines d’articles ont été publiés sur la force informatique de la diaspora. Ce qu’on peut dire, c’est qu’à présent, les Arméniens qui n’avaient pas de lien étroit avec d’autres Arméniens en diaspora ou en Arménie disposent désormais de tous les outils pour le faire. En soi, développer des liens est un phénomène positif. Mais être capable de mobiliser ces liens à l’échelle gouvernementale pour réaliser tel ou tel objectif ne peut que donner des résultats beaucoup plus limités. Par exemple, il y a 5,5 millions d’immigrants chinois aux États-Unis, 45 millions de Chinois vivent en diaspora et le gouvernement de Pékin tient à jouer un rôle de « superviseur » sur ces différentes communautés. Mais cet objectif ne peut être atteint que si ces élites ou ces hommes d’affaires ont des business et des maisons en Chine et qu’ils sentent la « pression » du gouvernement chinois. S’ils sont complètement indépendants, le gouvernement ne peut pas les diriger, et encore moins les contraindre. Tous les Chinois qui ont émigré de Chine depuis les années 1970 ont des liens avec la Chine, que ce soit à travers la famille, le travail, les études… Cependant, le gouvernement n’a pas la technique pour mobiliser ce potentiel.
En ce qui concerne les réseaux sociaux, beaucoup de gens disent que sans Facebook, la révolution de Velours de 2018 n’aurait pas pu avoir lieu. En diaspora aussi, Facebook joue un rôle très important pour entretenir le dialogue social et national. Mais dans quelle direction et pour quel résultat, c’est une autre histoire…

« NH » – Facebook a en effet permis une mobilisation massive, mais il a aussi contribué par la suite à la création de nombreuses mouvances d’opposition et à la propagation de la désinformation, notamment dans la sphère politique. Pour en revenir à la FRA Dachnaktsoutioun, pouvez-vous nous parler de son expérience en matière d’auto-organisation ?
Kh. T. – Après la chute de la Première République d’Arménie, la FRA a réussi à fédérer des dizaines de milliers d’Arméniens et à leur donner une direction. Dans les journaux de science politique américaine, ce parti est décrit comme un « gouvernement en exil ». En effet, dans une certaine mesure, il a dirigé le peuple sans être un gouvernement. Cependant, il n’est plus possible de procéder de la même manière pour des raisons multiples que l’on pourrait analyser. La principale est que nos communautés ne sont plus des concentrations de population arménienne comme à Nor Gyough (Alep) ou à Bourdj Hammoud (Liban), ce qui les rend plus difficiles à diriger. Un parti, comme toute organisation, est censé rendre service à la population. Mais à présent, ce modèle ne fonctionne plus. Et je ne parle même pas des Etats-Unis, où ce modèle n’aurait aucun sens.
Pour en revenir à votre question sur les médias sociaux, il faut saluer le fait que les différentes communautés de la diaspora puissent désormais dialoguer et s’informer plus facilement. Le dynamisme du dialogue entretient une certaine forme d’enthousiasme. Mais pour nous, la difficulté est de donner une direction à cet enthousiasme, de créer une mobilisation qui sert un objectif durable. Mais ce n’est pas seulement le problème de la diaspora arménienne.

« NH » – Si l’on devait schématiser, on pourrait considérer qu’il y a deux types d’Arméniens en diaspora : ceux du Moyen-Orient, qui ont réussi à développer une vie communautaire, et ceux d’Occident, qui sont les citoyens de leur pays adoptifs et qui « souffrent » du manque de vie communautaire…
Kh. T. – Vous oubliez de mentionner un troisième type : les Arméniens qui ont migré d’Arménie depuis les années 1990…

« NH » – En effet, mais peut-on vraiment les considérer comme des Arméniens de la diaspora ? Lors d’un des congrès Arménie-diaspora, un spécialiste de diasporas d’origine juive avait dit qu’un peuple ne pouvait être considéré comme vivant en diaspora que s’il avait réussi à conserver sa culture hors de sa patrie pendant cent ans…
Kh. T. – J’avais moi-même participé à un congrès où un intervenant avait dit : « Pour savoir si une diaspora va durer, il faut voir la troisième génération. » En effet, la première génération est encore liée à la patrie, car elle est née là-bas. La deuxième génération est toujours liée par des liens familiaux, mais commence à s’éloigner. Quant à la troisième, pour qu’elle conserve sa langue, sa culture et son lien avec la patrie, il faut mener un travail organisé. En fin de compte, sur quoi se base une diaspora qui perdure ? Dans notre cas, les Arméniens qui conservent leur identité, qui gardent le lien avec leurs compatriotes et Arménie sont en quelque sorte « bi-locaux » : ils ne se limitent pas à leur ville, mais ont une vision plus globale qui comprend les autres communautés et l’Arménie. Ce phénomène est presque devenu instinctif chez les Arméniens de diaspora. Et c’est sur cette base que l’on peut faire en sorte de conserver sa double identité et de la transmettre à ses enfants. Même si nous sommes souvent très critiques envers notre diaspora, il faut reconnaître que si on la regarde de l’extérieur, elle est tout de même assez influente et prospère.

« NH » – Les congrès Arménie-Diaspora, organisés par le gouvernement arménien, n’ont pas donné beaucoup de résultats concrets, mais ils représentaient tout de même une opportunité de communication entre l’Arménie et la diaspora.
L’Église est également une institution importante dans l’organisation de la diaspora. Cependant, le fait qu’elle soit divisée en deux branches, avec deux catholicos, limite sa contribution.
Kh. T. – Depuis la lutte de 1955, je parle ici du siège du catholicos à Antélias, cette question dérange beaucoup de monde. Naturellement, on préfère l’union à la division, mais force est de constater que du temps du régime soviétique comme aujourd’hui, avoir deux catholicossats donne une certaine sécurité. Si l’un des catholicossats est corrompu, s’il est à la solde du KGB, voulons-nous que les Arméniens de la diaspora soient gouvernés par ces gens-là ? A mon avis, non. D’un autre côté, ne vaudrait-il pas mieux que nous soyons unis ? Bien évidemment, mais seulement quand nous aurons la certitude que nous pouvons faire confiance au clergé.
Je n’ai écrit qu’une seule fois au sujet des problèmes de nos églises, et j’hésite encore à le faire. Il y a environ vingt ans, j’ai eu un vif échange à ce sujet avec un ami intellectuel. Je lui ai dit qu’aux Etats-Unis, où les gens sont religieux, le nombre d’Arméniens qui va à l’église est plus important, tout comme les capacités du clergé. J’ai dit à mon ami que pour les Arméniens, un curé paroissial compétent est plus important qu’un intellectuel compétent. Il a considéré cette affirmation comme une trahison. Je crois qu’au moins aux Etats-Unis, il est très important d’avoir un clergé de qualité, en particulier des prêtres compétents. J’aimerais que l’Eglise arménienne soit plus forte dans la diaspora. Mais dans les conditions actuelles, c’est impossible, car si les deux catholicossats s’unissent, ils le feront sous l’autorité d’Etchmiadzine, et cela ne peut que nuire au peuple arménien. Ni notre Église, ni les autres grandes Églises, comme l’Église catholique, ne disposent d’une politique interne qui maintient les communautés religieuses de manière efficace. Les évangéliques, qui ont un fonctionnement décentralisé, ont beaucoup plus d’influence sur leurs communautés. Là où la religion est encore importante, comme au Moyen-Orient ou aux Etats-Unis, l’Eglise joue un grand rôle mais pour diverses raisons, elle n’est pas en mesure d’accomplir pleinement sa mission.

« NH » – Depuis l’indépendance, une nouvelle structure arménienne globale a vu le jour : le Fonds « Hayastan ». A votre avis, est-ce la seule structure qui a pu survivre et unir en quelque sorte l’Arménie et la diaspora ?
Kh. T. – Autant que je sache, oui, c’est la seule qui a enregistré des succès importants. Récemment, elle a perdu de son influence et n’a pas pu reprendre complètement sa place, mais elle continue son action. Je ne la critique pas pour autant. Je me souviens que quand la deuxième route vers l’Artsakh a été construite, l’enthousiasme était très grand. Les routes construites par le Fonds ont également été très utiles pour notre économie, car le nombre de touristes en Arménie a augmenté. Mais nous ne devons pas nous contenter uniquement du travail du passé. Et actuellement, je ne vois pas la mise en œuvre de projets d’envergure.

« NH » – La branche française du Fonds, le Fonds arménien de France, met cependant en œuvre des projets assez importants dans la région du Tavouch…
Kh. T. – Je connais personnellement Bedros Terzian, président du Fonds Arménien de France. Par le passé, il a mené une activité très influente. Il a aussi dit qu’il est très difficile de collecter des fonds auprès des Arméniens et qu’au maximum, 15% de notre peuple participe aux collectes. Selon moi, il est nécessaire de présenter un programme important et ciblé pour s’assurer le soutien du peuple.
Je voudrais ici évoquer le problème de la centrale nucléaire de Metsamor. Elle est dans un état terrible et les Russes n’ont pas fait le nécessaire pour la moderniser. Je pense que l’Arménie doit réfléchir à une alternative pour son énergie électrique. C’est une question impérative, et la diaspora doit contribuer à ce travail pour qu’il aboutisse.

« NH » – Il existe différentes opinions sur la diaspora. Doit-elle être centrée sur l’Arménie ? Doit-elle s’auto-organiser ?
Kh. T. – Selon moi, la diaspora ne doit pas être dirigée de manière centralisée. Je dirais même que ce n’est pas à l’Arménie de diriger la diaspora. Au lieu de prendre une direction vouée à l’échec, mieux vaut penser sur deux plans. Premièrement, quels sont les grands programmes nationaux pour lesquels la diaspora peut être mobilisée, et deuxièmement, comment faciliter la mobilisation de petites mais nombreuses organisations de la diaspora pour œuvrer en Arménie ? Et que peut faire l’Arménie pour la diaspora ? Honnêtement, l’Arménie d’aujourd’hui ne peut pas faire grand-chose. Pour être utile à la diaspora, l’Arménie doit d’abord se transformer en tous points et en particulier sur le plan psychologique. Les fonctionnaires de l’État ne savent pas comment servir les Arméniens de la diaspora, tout comme ils ne savent pas comment servir la population locale. Ils sont encore en train d’apprendre. En général, un État dispose de deux principaux leviers : l’armée et la justice. Est-ce à la diaspora de sauver l’armée, est-ce à elle de réformer le système judiciaire corrompu ? Naturellement, non. Dès lors, la question se pose de savoir quels sont les domaines où la diaspora peut être utile de par ses capacités. Aujourd’hui, je ne vois pas de telle approche chez les hommes d’État arméniens. Ce n’est pas seulement en donnant de l’argent que les problèmes seront résolus. Laissez-moi vous donner un exemple. Vous ne verrez jamais la diaspora chinoise aider la Chine. La diaspora chinoise traditionnelle a gardé le contact avec ses villages et ses villes, elle considère l’endroit où sont enterrés ses ancêtres comme sa patrie et c’est là qu’elle investit. Nous avons tous besoin d’adopter une telle approche.

« NH » – J’aimerais également que vous nous parliez de l’« Enquête sur la diaspora arménienne »
(ADS – Armenian Diaspora Survey) menée sous les auspices de la Fondation Gulbenkian. Vous faites partie du comité consultatif de cette initiative. Que montrent les résultats de l’enquête ? Quelles sont les différences et les similitudes d’une ville et d’un pays à l’autre ?
Kh. T. – Les enquêtes que nous avons menées ces dernières années m’amènent à dire qu’il y a beaucoup de points positifs et de nouveautés. Cependant, il n’y a toujours pas de conclusion générale. J’aimerais que cinq ou six experts en analyse d’enquête rejoignent le comité et discutent avec nous des résultats pour arriver à une conclusion commune. Il est important de connaître la conclusion principale, sur la base de laquelle il sera possible de mettre en place de nouvelles activités.

« NH » – L’approche scientifique de cette initiative est très importante. Elle a ouvert des opportunités de collecter des perceptions et des informations qui permettent d’explorer de nouvelles voies…
Kh. T. – Dans l’université où j’enseigne, il y avait à l’époque un sociologue expert en enquêtes. Son travail consistait à analyser les enquêtes avec un modèle mathématique pour déterminer quelles enquêtes avaient fonctionné et pourquoi. Mener une enquête est une science. Même l’ordre des questions influe considérablement sur les résultats. Quoi qu’il en soit, c’est la première fois qu’une tentative aussi concrète a été menée. L’avenir nous dira dans quelle mesure les résultats obtenus sont fiables. Cette initiative servira de point de départ à d’autres entreprises basées sur les informations obtenues.

« NH » – Pensez-vous qu’il soit possible de conserver la structure de l’enquête et de la rendre permanente, en la mettant à jour régulièrement ?
Kh. T. – Bien sûr. Une seule enquête ne suffira pas pour suivre les évolutions. Mais cela nécessite aussi des fonds et du travail, et je ne sais pas si ces fonds et ce travail s’inscriront dans la durée. Je ne sais pas non plus dans quelle mesure les dirigeants de nos différentes organisations sont prêts à prendre en compte cette réalité statistique. Je ne suis pas sûr que les informations collectées seront utilisées par les responsables des différentes organisations.

« NH » – Le gouvernement arménien peut-il utiliser les résultats de l’enquête ?
Kh. T. – Le gouvernement arménien arrive à peine à diriger le pays. Bien sûr, j’aimerais avoir plus confiance dans le gouvernement, mais de manière générale, je n’ai pas confiance. Je ne dis pas que la diaspora est parfaite. Mais je pense que le gouvernement de l’Arménie est très éloigné de ces questions…

« NH » – Il serait intéressant de mener cette enquête en Arménie, afin de pouvoir mieux déterminer la politique de l’Arménie à l’égard de la diaspora.
Kh. T. – Je crois savoir qu’il y a en Arménie des spécialistes dans le domaine des statistiques et de la sociologie. Mais je ne saurais dire si leur travail est pris en compte au niveau de l’État. Je tiens à dire que j’ai une meilleure opinion des structures d’enseignement universitaire en Arménie. Mais encore une fois, je ne sais pas si des spécialistes des statistiques y sont impliqués.

Propos recueillis par
Jiraïr TCHOLAKIAN