« Il ne faut pas chercher de patrie en dehors de la patrie » 

Փաշ

Les réflexions de Pachinian sur la délimitation, les enclaves et le mouvement du Karabakh, dans le sillage de l’opposition entre patries « historique » et « réelle »

Le Premier ministre Nikol Pachinian a déclaré, le 24 août, devant le parlement que les Arméniens ne devaient pas chercher de patrie dans les territoires internationalement reconnus de leurs quatre voisins : l’Azerbaïdjan, la Turquie, l’Iran et la Géorgie. « Lorsque nous cherchons une patrie sur le territoire de nos quatre voisins, nous ouvrons la porte pour qu’ils cherchent la leur dans le territoire internationalement reconnu de l’Arménie. Il s’avère que nous cherchons à quatre endroits, tandis qu’ils se mettent à quatre pour chercher à un seul endroit : dans notre pays », a souligné le chef du gouvernement, affirmant que c’est précisément cela « chercher une patrie en dehors de la patrie ».

Suivant cette logique, il a réitéré que la superficie légale de l’Arménie, établie à 29 743 kilomètres carrés, n’inclut pas les enclaves qu’il a récemment mentionnées. En réponse au député de l’opposition Guegham Manoukian, qui lui reprochait de parler désormais ouvertement de la cession de Tigranashen et d’autres enclaves, M. Pachinian a mis en avant la nécessité de forger une éthique interétatique. Il a fait remarquer que le cœur du problème réside dans le fait d’appeler le village d’Ararat « Davalu » tout en nommant Kyarki « Tigranashen ». Selon lui, adopter la logique de l’opposition reviendrait à faire une croix sur Artsvashen et sur les territoires arméniens occupés de Jermuk, tout en niant l’existence même d’une frontière.

Interpellé par un autre député sur la date à laquelle l’Azerbaïdjan restituera les terres arméniennes de Paravakar, Goris et Jermuk – compte tenu du fait que la délimitation n’a pour l’instant impliqué que des concessions de la part de l’Arménie –, M. Pachinian a indiqué que cela s’inscrirait dans l’aboutissement du processus de démarcation. Il a expliqué qu’il utilise le toponyme « Kyarki » non par sympathie pro-azerbaïdjanaise, mais pour éviter de remettre en question les cartes qui servent de fondement juridique à la paix. Le Premier ministre a assuré que si les tensions autour de ce dossier s’apaisent, une solution technique simple sera trouvée, garantissant in fine que le territoire arménien conservera sa superficie légale (de jure) de 29 743 kilomètres carrés. Il a par ailleurs rappelé qu’aucun accord n’avait encore été conclu concernant les enclaves.

Pour clore son propos, le dirigeant arménien est revenu sur la question de l’Artsakh et sur l’idéologie de la génération précédente. « Je n’ai pas oublié avoir dit « L’Artsakh, c’est l’Arménie, un point c’est tout », mais aujourd’hui je veux résumer ce sujet une bonne fois pour toutes », a-t-il déclaré. Il a affirmé que le mouvement du Karabakh, auquel s’était vouée la quasi-totalité de la classe politique des générations précédentes, était en réalité « un projet visant à réduire à néant l’avenir de l’Arménie ». M. Pachinian a souligné que son gouvernement, fort du mandat confié par le peuple, a mis fin à ce projet, ouvrant ainsi des opportunités illimitées pour la pérennité de l’État arménien. Dans ce contexte, il a rappelé sa déclaration de juin dernier au parlement, affirmant : « Nous n’avons pas perdu le Haut-Karabakh, nous avons trouvé la République d’Arménie. »