La fausse note de trop
À l’occasion de la « quarantaine » du décès de Philippe Khoubéssérian
Le 27 juillet, la nouvelle s’était rapidement répandue semant la consternation dans la communauté arménienne d’Ile de France : Philippe n’était plus, emporté par une soudaine et douloureuse maladie. Né en octobre 1946, Philippe Mathéos Khoubéssérian allait fêter ses 80 ans.
Quatre jours plus tard, ses amis se retrouvaient en la cathédrale arménienne apostolique Saint Jean-Baptiste de Paris pour l’accompagner vers sa dernière demeure.
L’auteur de ces lignes est sans doute l’un de ceux qui le connaissaient le moins bien alors que sa vie avait été riche en événements et engagements de toute sorte.
J’avais naturellement beaucoup entendu parler de sa contribution à l’histoire de la compagnie « Navasart » fondée par son cousin Eddy Djololian. Pour ma part, c’est à l’Association des amis de la Fondation Marie Noubar de la Cité internationale universitaire de Paris que je devais notre rencontre. J’avais eu l’honneur de diriger cette magnifique institution de 2006 à 2015 et de travailler en étroite collaboration avec les membres de cette association que je rencontrais régulièrement, en particulier lors du célèbre déjeuner annuel au « Yan’s club ». Philippe Khoubéssérian était l’un des plus anciens et fidèles membres de l’organisation, et peut-être aussi l’une de ses figures emblématiques.
Son regard profond et rieur, parfois malicieux, était une véritable fenêtre sur son être profond. Chacune de nos rencontres, même très brève, était l’occasion d’un échange chaleureux, sincère et enrichissant pour moi.
Parmi les plus beaux souvenirs liés à Philippe, il me reste celui d’un concert donné par lui avec Harry Gofin et Vahé Essayan, ses deux complices du « Trio Khoubé » en 2012. La soirée intitulée « Jazz time à Monaco » avait été organisée conjointement par la Maison des Étudiants Arméniens et la Fondation de Monaco. Le public rassemblé dans le salon de la Fondation monégasque avait vibré durant toute cette soirée de mai au son des instruments des trois artistes réunis par une amitié et une passion qu’on aurait difficilement soupçonnée chez Philippe. Sous le costume et l’imperméable – toujours très « chic » – de l’homme initié et formé à la musique « classique » durant son enfance, existait également un un homme passionné de jazz, et sans doute par bien d’autres musiques. Avec l’humour qui le caractérisait, en 2019, il avait évoqué sa vocation de pianiste dans une entrevue accordée au Courrier de Mantes [1].
Digne héritier de la culture de ses parents, construit intellectuellement par son éducation chez les Jésuites, il était également porteur de la culture et des valeurs traditionnelles françaises dans le sens le plus large du terme. Le tout avec une grande élégance d’esprit.
Le 27 juillet, c’est une « fausse note » – une de trop – qui nous l’a ravi.

Arto Pehlivanian a produit deux vidéos qui nous permettent de le retrouver pour quelques instants. On ne se lasse pas de les regarder et de les écouter[2].
Sahak SUKIASYAN
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