La portée politique des visites pastorales du Pape

Editorial

La visite papale de quatre jours en France a été particulièrement dense. Répartie sur trois villes — Paris, Lourdes et Metz —, elle a été l’occasion de délivrer, à chaque étape, un message spécifique dont le contenu religieux et moral revêtait une forte dimension politique, en opposition audacieuse et frontale avec les logiques qui prévalent trop souvent chez les dirigeants d’Occident et d’Orient. Ont ainsi été mis en exergue : l’impératif de la paix ; l’arrêt de la course aux armements ;
le respect du droit international ; le dialogue entre les nations et les générations ; l’aide aux migrants et aux pauvres ; l’écoute d’une jeunesse en quête de sens ; la réaffectation aux démunis, aux malades et aux sans-abri des sommes allouées à l’armement ; la reconnaissance par l’Église de sa responsabilité envers les victimes de violences sexuelles commises par des ecclésiastiques catholiques et la mise à disposition de moyens pour leur guérison ; la lutte contre les trafiquants d’êtres humains ; l’instauration d’un véritable dialogue interreligieux ; la nécessité de mettre la science au service de l’humanité, ou encore le développement éthique et responsable de l’intelligence artificielle.

Le dernier jour de sa visite, le 28 septembre, le Souverain Pontife a participé, aux côtés du président de la République Emmanuel Macron et du président de la Conférence des évêques de France, le cardinal Jean-Marc Aveline, à la rencontre intitulée « Les racines de l’Europe, pour la paix et l’unité », organisée au Centre des congrès Robert-Schuman de Metz. Le choix de cette ville est éminemment significatif : objet de litiges entre la France et l’Allemagne durant des siècles, Metz est devenue définitivement française en 1945 et symbolise aujourd’hui la construction européenne, ainsi que la transformation des divisions du passé en chemins de paix et de coopération. Le Pape y a salué l’œuvre de Robert Schuman qui, par sa déclaration de 1950, a posé les fondements de l’Europe unie contemporaine, dont l’identité s’est forgée de la civilisation grecque jusqu’au christianisme. « Robert Schuman a contribué à bâtir les fondations d’une Europe consciente de l’impératif d’abattre les murs qui la divisaient. Sa formation chrétienne lui a inculqué la valeur de l’égalité, sans distinction de race ni de classe sociale, ainsi que la dignité du travail. Ses appartenances nationales changeantes et la succession des régimes lui ont enseigné l’importance du droit international et la valeur de la parole donnée. S’opposant à un climat d’arrogance et d’esprit de revanche, Schuman s’est consacré à l’établissement de la paix et de la fraternité entre des peuples qui s’étaient longtemps combattus, et qui ont fini par comprendre qu’ils avaient besoin les uns des autres », a souligné le Saint-Père. S’interrogeant ensuite sur l’héritage de Schuman, il a affirmé que son message fondamental demeure ce profond désir de paix, « qui retrouve toute son actualité aujourd’hui, face au retour de la guerre en Europe ».

Ce séjour de quatre jours a suscité l’admiration et la ferveur de milliers de fidèles et de sympathisants. Un engouement qui révèle, au sein de l’opinion, une véritable perte de repères et le besoin d’un ancrage solide face aux menaces de guerre, aux crises sociales, aux difficultés économiques et à l’effritement des valeurs sociétales.

Les thèmes abordés par le Souverain Pontife Léon XIV interpellent tout autant les Arméniens. L’Arménie est, depuis des siècles, une terre de guerres, de destructions, d’oppression et d’exode. Le 27 septembre marque d’ailleurs le triste anniversaire de la guerre d’Artsakh, qui a engendré une nouvelle tragédie nationale. Il aurait été souhaitable que le Saint-Siège d’Etchmiadzine et Sa Sainteté le Catholicos s’emparent, eux aussi, de cette quête de paix et de ces multiples enjeux sociaux et moraux, en coopérant avec le gouvernement arménien et en instaurant un dialogue avec la société et la jeunesse. À défaut d’une telle dynamique, c’est avec admiration que nous observons l’action du Souverain Pontife.

J. Tch.■