Alors, simple coïncidence, ou…
La filiale azerbaïdjanaise de l’entreprise de défense turque « Boğaziçi Savunma » a officiellement entamé sa procédure de liquidation. Selon un avis officiel publié le 4 octobre, un délai de deux mois a été accordé aux créanciers pour présenter leurs réclamations. Les motifs de cette liquidation n’ont pas été dévoilés.
Le timing de cette annonce ne manque cependant pas d’interpeller. Il y a quelques jours à peine, lors du salon de la défense « ADEX-2026 » à Bakou, des entreprises turques signaient avec l’Azerbaïdjan des accords dépassant les 500 millions de dollars. Plus encore, cette même « Boğaziçi Savunma » avait conclu avec la partie azerbaïdjanaise un accord de partenariat et de production locale, ainsi qu’un mémorandum avec « NOVASIS » pour le développement de systèmes à radiofréquences (RF). Par conséquent, la liquidation de la succursale ne signifie pas en soi un retrait définitif de l’entreprise d’Azerbaïdjan.
Toutefois, ce développement intervient à un moment où une tension inhabituelle est devenue palpable dans les relations entre Ankara et Bakou. En Turquie, de vives critiques se sont élevées : d’abord face au refus de la délégation azerbaïdjanaise de quitter la salle lors du discours de Benyamin Nétanyahou à l’ONU, puis suite aux informations faisant état de restrictions imposées aux écolières portant le voile dans les établissements azerbaïdjanais. Le 3 octobre, une manifestation a même eu lieu devant le consulat d’Azerbaïdjan à Istanbul pour protester contre cette question du voile.
Le discours prononcé le 2 octobre par Ilham Aliev est venu ajouter une nouvelle strate à ces crispations. Le président y a déclaré que l’Azerbaïdjan n’avait besoin de l’aide ou du parrainage de personne, affirmant avoir acheté la totalité de ses armes, « jusqu’à la dernière cartouche », sur ses propres deniers – quitte, parfois, à débourser plusieurs fois le prix du marché mondial. Il a également exigé que d’autres « restent à leur place » et ne s’ingèrent pas dans les affaires intérieures de son pays.
Bien qu’Aliev n’ait pas explicitement nommé la Turquie, ses propos ont provoqué une levée de boucliers au sein de l’espace public turc, où les commentateurs se sont empressés de rafraîchir la mémoire du dirigeant azerbaïdjanais quant au soutien politique et militaire crucial d’Ankara lors de la guerre de l’Artsakh en 2020.
Et c’est précisément dans ce climat si « chaud » que la filiale azerbaïdjanaise de l’entreprise technologique militaire turque entre en phase de liquidation.
Motivation politique, ou simple restructuration d’entreprise vers un nouveau format de production locale ? Pour l’heure, aucun lien formel n’est établi. Dès lors : simple coïncidence, ou bien… ?
