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Yeghiazar Ayntaptsi

« 1in.am », Erevan, le 11 septembre 2026

L’ambassadeur de Russie Sergueï Kopirkin a récemment rencontré Anna Grigorian, responsable du groupe parlementaire « Arménie », et Arthur Khatchatrian, son secrétaire. Selon la partie russe, l’entretien a porté sur la détérioration des relations arméno-russes, les restrictions imposées en Russie aux produits arméniens et la détention de figures de l’opposition en Arménie.

La rencontre entre un ambassadeur étranger et l’opposition parlementaire s’inscrit tout naturellement dans le champ ordinaire des pratiques démocratiques. Mais, cette rencontre revêt une importance particulière en raison du contexte actuel. Alors que les relations avec la Russie ne cessent de se détériorer, Moscou évoque désormais les défis économiques auxquels l’Arménie est confrontée non seulement avec les autorités, mais aussi avec leurs opposants politiques.

Depuis des décennies, le fondement de l’influence russe sur l’Arménie reposait non seulement sur une dépendance en matière de sécurité, mais aussi sur tout un système de leviers économiques allant des marchés et de l’énergie aux liaisons de transport et à la migration de main-d’œuvre. Ce système montre aujourd’hui des signes de fragilité.

Si les restrictions frappant les produits agricoles, laitiers ou halieutiques arméniens peuvent se justifier par des motifs techniques ou sanitaires, le fait que ces barrières commerciales coïncident fréquemment avec des désaccords politiques empêche de les considérer comme de simples « questions économiques ». Dans une telle situation, le marché devient un instrument d’influence et la dépendance économique se transforme en levier politique.

La responsabilité de l’opposition est donc à cet égard tout aussi importante.

Rencontrer l’ambassadeur de Russie ne pose pas de problème en soi. Critiquer la politique étrangère du gouvernement relève également du droit de l’opposition. Mais pour un petit État, le danger survient lorsque la pression exercée par une puissance extérieure cesse de relever de la seule politique étrangère pour devenir un élément des calculs politiques internes.

L’une des leçons les plus douloureuses de l’histoire de l’Arménie est que les luttes politiques intérieures deviennent particulièrement dangereuses lorsque les acteurs s’appuient sur le soutien d’une puissance extérieure pour s’imposer sur la scène nationale.

Pour Moscou, l’aspect le plus sensible de la transformation de l’Arménie ne réside ni dans l’acquisition d’armements occidentaux, ni dans le déploiement d’observateurs européens dans le pays, ni dans les projets américains. En réalité, un changement plus fondamental est en cours : l’Arménie tente de bâtir un système de relations dans lequel la Russie n’est plus « indispensable ». Il ne s’agit pas d’une politique antirusse, mais de la logique élémentaire de la construction de l’État.

La Russie peut demeurer un partenaire commercial important. L’Europe, en est un autre. L’Iran, la Géorgie, la Turquie et l’Azerbaïdjan offrent diverses voies d’ouverture au monde. Les États-Unis constituent un partenaire en matière d’investissement et de technologie. La question ne réside pas dans le choix de l’un d’entre eux, mais dans la prévention critique d’une dépendance à l’égard d’un seul partenaire.

Le défi pour l’Arménie n’est pas de s’éloigner de la Russie mais plutôt de garantir une telle liberté de choix en matière de politique étrangère qu’aucun État ne puisse désormais entraver ses décisions souveraines par des pressions économiques.