Le rapprochement européen de l’Arménie au cœur d’un rapport de ses partenaires eurasiatiques

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La place de l’Arménie au sein de l’Union économique eurasiatique (UEE) fait l’objet d’un nouveau rapport présenté le 20 octobre par les représentants de la Russie, de la Biélorussie, du Kazakhstan et du Kirghizstan. Les quatre pays y examinent la possibilité de suspendre l’application du traité de l’Union à l’Arménie et les conséquences économiques d’une telle mesure. La démarche intervient alors qu’Erevan poursuit son rapprochement avec l’Union européenne, tout en affirmant vouloir maintenir ses liens avec ses partenaires eurasiatiques. 

Ce document prolonge les préoccupations exprimées par les dirigeants des quatre États lors de leur déclaration commune du 29 mai. Ils avaient alors demandé une évaluation des effets que pourrait avoir l’orientation européenne de l’Arménie sur ses engagements au sein de l’UEE. Le rapport doit désormais être transmis aux dirigeants des cinq pays membres, dont Nikol Pachinian. À ce stade, aucune suspension n’a été décidée. 

Une suspension envisagée, mais pas décidée

La question soulevée par les auteurs concerne notamment l’adoption progressive de normes européennes par l’Arménie. Selon eux, celle-ci pourrait entrer en contradiction avec les règles communes de l’UEE et perturber le fonctionnement de son espace douanier.

Le rapport reconnaît toutefois une difficulté : le traité de l’Union ne prévoit pas expressément qu’un groupe d’États membres puisse en suspendre l’application à un autre. Les quatre pays s’appuient donc sur leur interprétation du droit international, notamment de la Convention de Vienne sur le droit des traités, pour défendre cette possibilité. Ils envisagent une suspension temporaire, qui pourrait durer jusqu’à un référendum permettant aux citoyens arméniens de se prononcer sur le maintien dans l’UEE ou l’adhésion à l’Union européenne. 

Cette position n’a pas encore donné lieu à une décision des dirigeants de l’Union. Le 21 octobre, Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin, déclarait d’ailleurs que la présidence russe n’avait pas encore pris connaissance du rapport. 

Des conséquences économiques à examiner

Au-delà de l’argumentation juridique, le document présente des prévisions préoccupantes pour l’économie arménienne. Ses auteurs évoquent une diminution des échanges commerciaux, une hausse du coût du gaz et des restrictions touchant les travailleurs arméniens dans les pays de l’UEE. Ils évaluent à 15,6 % la contraction du PIB qui pourrait résulter d’une suspension. Ces estimations reposent sur un scénario dont les hypothèses doivent cependant être discutées. 

Dans une analyse relayée le 21 octobre par l’agence ARKA, l’économiste Tigran Djrbachian, directeur des services de conseil en gestion d’Ameria, s’interroge sur la manière dont ces résultats ont été obtenus. Il rappelle qu’une part importante du commerce extérieur arménien repose sur des réexportations. Or, la valeur des marchandises qui transitent par le pays ne correspond pas à la valeur ajoutée qu’elles y produisent. Une baisse des échanges ne peut donc pas être directement assimilée à une perte équivalente de richesse pour l’économie.

Djrbachian estime notamment que le passage des pertes commerciales annoncées au chiffre de baisse du PIB manque de transparence. Sa critique porte ainsi sur les choix et les hypothèses qui orientent les calculs, sans écarter les difficultés économiques qu’une rupture pourrait entraîner. 

Les autorités arméniennes ont jusqu’ici défendu la poursuite de leur coopération avec l’UEE, tout en reconnaissant qu’une adhésion simultanée aux deux unions serait impossible. Le rapport des quatre pays place désormais au centre des discussions les conditions du maintien de cette coopération, alors que le parcours européen de l’Arménie reste encore à définir.