Le monde culturel arménien pleure trois disparitions

Կորուստներ

Oshin Kéchichian, Chahan Ardzrouni et David Mouradian

Les derniers jours d’octobre ont plongé la vie culturelle arménienne dans le deuil. Trois personnalités éminentes se sont éteintes : le journaliste et acteur de la vie communautaire arméno-américaine Oshin Kéchichian, le pianiste de renommée mondiale Chahan Ardzrouni et l’écrivain et spécialiste du cinéma David Mouradian. Engagés dans trois domaines différents, ces intellectuels laissent un riche héritage au service de la préservation, du développement et du rayonnement de la culture arménienne.

Oshin Kéchichian (1934–2026)

Décédé le 19 octobre à Los Angeles, à l’âge de 91 ans, Oshin Kéchichian était une figure connue de la presse et de la vie éducative arméno-américaines.

Né à Jérusalem, il avait fréquenté l’école des Saints-Traducteurs, puis l’établissement secondaire Hovaguimian-Manouguian de l’UGAB, à Beyrouth. Dans les années 1950, il s’était installé aux États-Unis, où il avait poursuivi ses études supérieures.

En 1969, il avait fondé à Los Angeles l’hebdomadaire anglophone Armenian Observer, dont il assurait la rédaction, contribuant à faire connaître l’histoire, la culture et les questions nationales arméniennes, notamment auprès du public anglophone.

Kéchichian avait également enseigné pendant de longues années au Glendale Community College. Il avait participé activement aux travaux de l’Union culturelle Tekeyan et aux conseils d’administration d’établissements scolaires arméniens. En 1982, il s’était vu confier le transfert en Arménie des cendres de l’écrivain William Saroyan.

Pour ses services, le catholicos de tous les Arméniens Vazken Ier lui avait décerné l’ordre de Saint-Sahak–Saint-Mesrop.

Chahan Ardzrouni (1943–2026)

Décédé le 21 octobre à New York, à l’âge de 83 ans, Chahan Ardzrouni était un pianiste de renommée internationale, un musicologue et un inlassable promoteur de la musique arménienne.

Né à Istanbul en 1943, il avait manifesté dès son plus jeune âge des dispositions exceptionnelles pour la musique. Il avait étudié dans les écoles Essayan et Guétronagan, puis au conservatoire d’Istanbul. En 1964, grâce à une bourse de la Fondation Calouste Gulbenkian, il était parti à New York poursuivre ses études à la prestigieuse Juilliard School.

Au cours de sa longue carrière, il s’était produit sur les scènes internationales, tout en accordant une attention particulière à l’étude et à la diffusion de la musique classique arménienne. Il avait enregistré un vaste répertoire d’œuvres pour piano de compositeurs arméniens, sauvant également de l’oubli des pièces peu connues.

Parmi ses derniers travaux figurait l’album By Women, consacré aux compositrices arméniennes.

En 2008, le Conservatoire Komitas d’Erevan lui avait décerné le titre de professeur honoraire. En 2016, il avait reçu la médaille Movses Khorenatsi de la République d’Arménie.

David Mouradian (1951–2026)

Le même jour, le 21 octobre, s’éteignait également l’écrivain, dramaturge, critique de cinéma et acteur de la vie culturelle David Mouradian, à l’âge de 74 ans.

Né à Erevan en 1951, Mouradian avait consacré sa vie à la littérature, au cinéma et à la formation des nouvelles générations. Diplômé de la faculté de philologie de l’Université d’État d’Erevan, il avait travaillé aux studios Armenfilm, exercé la critique littéraire et cinématographique et signé de nombreux livres et pièces de théâtre.

Il avait été vice-président de l’Union des écrivains d’Arménie, puis vice-ministre de la Culture de 2008 à 2010. Pendant de longues années, il avait enseigné à l’Institut national de théâtre et de cinéma d’Erevan et dirigé ses activités pédagogiques, avant d’en devenir également recteur.

Par ses écrits, ses cours et son engagement culturel, Mouradian avait joué un rôle important dans l’étude du cinéma arménien et le développement de la littérature contemporaine. En 2011, il avait reçu le titre de personnalité émérite des arts de la République d’Arménie.

L’Union des cinéastes d’Arménie s’apprêtait à lui consacrer une soirée intitulée « Mot, image, couleur » lorsque la nouvelle de sa mort est tombée.

Oshin Kéchichian, Chahan Ardzrouni et David Mouradian représentaient trois univers de la culture arménienne : la presse et l’éducation, la musique, la littérature et le cinéma. Avec leur disparition, le peuple arménien perd non seulement trois personnalités de valeur, mais aussi trois hommes dévoués qui reliaient les générations et dont l’héritage continuera de vivre à travers leurs œuvres.