La formule de l’archevêque Hovnan : la réforme sans schisme
La réforme de l’Église apostolique arménienne figure à l’ordre du jour de la politique de l’État dans le cadre du programme 2026–2031 du gouvernement arménien. Il s’agit d’une étape inédite et, de ce fait, hautement délicate, car l’enjeu de la réforme est bien trop important pour être réduit à un énième conflit entre les autorités de l’État et l’Église.
Tout au long de l’histoire de l’Église arménienne, la réforme ne s’est jamais uniquement cantonnée au rituel ou aux structures administratives. Elle a également toujours concerné les questions de gouvernance, d’éducation, des limites de l’autorité ecclésiastique et la participation des laïcs. L’Église a résisté aux épreuves des siècles non seulement en préservant la tradition, mais aussi grâce à sa capacité à s’adapter à l’évolution des temps.
Aujourd’hui, la même question resurgit.
Le programme gouvernemental porte sur la destitution du Catholicos actuel, l’élection d’un « locum tenens »[1], l’adoption de nouveaux règlements, la mise en place de mécanismes de transparence financière et d’intégrité, ainsi que l’élection, à terme, d’un nouveau Catholicos. Toutefois, l’État doit clairement reconnaître les limites de son intervention en la matière. Un État démocratique peut exiger le respect de la légalité et l’obligation de rendre des comptes, mais rien de plus.
À cet égard, la voie choisie par l’archevêque Hovnan Derderian[2] mérite d’être soulignée.
Bien qu’il ait figuré parmi les premiers membres du clergé à adhérer à l’initiative de réforme[3], il n’a pas opté pour la confrontation. Il n’a pas rompu les liens avec le système ecclésial tout en entretenant des relations normales avec les institutions étatiques et diplomatiques de l’Arménie. Dans son diocèse de la côte ouest des Etats-Unis, il a accueilli les représentants diplomatiques de l’Arménie et collaboré avec l’ambassade d’Arménie aux États-Unis. Il s’investit également auprès de la fondation « Les amis de l’Université d’Etat d’Erevan », œuvrant à mobiliser le potentiel de la diaspora au service de l’éducation en Arménie. Il ne s’agit pas simplement d’une attitude de modéré. Une véritable philosophie de la réforme est à l’œuvre ici : transformer l’Église sans provoquer de schisme. C’est précisément là que réside la force de l’approche de l’archevêque Hovnan. La question ne se résume pas à savoir qui occupe le siège du Catholicos. Si le titulaire de cette charge venait à changer sans une évolution concomitante des règles de gouvernance, de la transparence financière, de la participation des diocèses, des normes de conduite du clergé et des mécanismes de contrôle et d’équilibre des pouvoirs, l’Église se retrouverait simplement avec un nouveau patriarche à la tête de l’ancien système.
Par conséquent, le débat doit passer du niveau des personnes à celui des institutions.
Comment le Catholicos est-il élu ? Devant qui l’autorité ecclésiastique rend-elle des comptes ? Comment les finances sont-elles gérées et communiquées ? Quel rôle jouent les diocèses, les laïcs et la diaspora ? Comment l’intégrité du clergé est-elle garantie, et quels mécanismes de contre-pouvoir encadrent l’autorité du Catholicos ?
L’Église apostolique arménienne est une institution présente dans le monde entier. De Los Angeles et Paris à Buenos Aires et Moscou, elle englobe des diocèses, des communautés, des écoles et un immense potentiel humain. Une Église qui œuvre au niveau mondial ne peut être gouvernée comme une institution locale et fermée. La diaspora doit non seulement avoir la possibilité de faire des dons, mais aussi de participer à l’avenir de l’Église. C’est précisément là que l’approche de Hovnan Derderian se révèle la plus précieuse. Elle n’impose pas de choisir entre l’État et l’Église. Au contraire, elle envisage une Église forte, indépendante et réformée aux côtés d’un État fort, sans pour autant confondre la coopération avec l’État et la subordination, ni l’indépendance de l’Église et l’opposition à l’État. Cela revêt aujourd’hui une importance particulière, alors que l’Arménie redéfinit son statut étatique, ses relations extérieures et ses liens avec la diaspora.
L’un des piliers fondamentaux de l’identité arménienne depuis des siècles ne saurait rester à l’écart de cette transformation. L’État ne peut se moderniser, la société ne peut évoluer et la diaspora ne peut se réorganiser tant que l’Église reste en décalage avec son époque.
L’Arménie n’a pas besoin d’une Église inféodée aux autorités, ni d’une Église enfermée dans un conflit perpétuel avec l’État. Elle a besoin d’une Église indépendante, responsable et moderne, dont l’autorité repose sur sa propre mission, son intégrité et la confiance de la société. C’est précisément là que réside la force de la formule de l’archevêque Hovnan : réformer sans provoquer de division et changer sans livrer l’Église à l’État.
Les catholicos changent. Les gouvernements aussi. L’Église, elle, perdure.
La question, aujourd’hui, n’est donc pas de savoir s’il faut ou non réformer. Il s’agit de déterminer si l’Église se réformera de sa propre initiative et selon ses propres règles, ou si le changement lui sera un jour imposé par le temps et les circonstances.
Un administrateur provisoire du Saint-Siège d’Etchmiadzine. ↑
Primat du diocèse de l’Ouest des États Unis, qui inclut les États de Washington, Montana, Oregon, Idaho, Wyoming, California, Nevada, Utah, Colorado, Arizona, New Mexico, Hawaii, Alaska et le Mexique voisin. Le siège du diocèse est situé à Burbank, en Californie. Le diocèse qui compte une cinquantaine de paroisses est l’une des plus importantes entités ecclésiales arméniennes par son nombre de fidèles. ↑
Le mouvement créé il y a un an par une dizaine d’évêques et archevêques d’Arménie soutenu par le Premier ministre N. Pachinian. ↑
