À la veille de la première visite du pape sur le sol français

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Léon XIV en France : Les attentes plurielles d’une société civile en quête de repères

Alors que le pape Léon XIV s’apprête à fouler le sol français pour sa première visite dans le pays, prévue du 25 au 28 septembre, l’effervescence dépasse largement les cercles purement catholiques. Chef d’État et autorité morale incontestée sur la scène internationale, sa parole est attendue avec ferveur par une multitude d’acteurs de la société civile. Dans le numéro du 13 septembre de l’hebdomadaire La Vie, huit personnalités d’horizons divers ont exprimé leurs espérances quant aux messages que le Souverain Pontife pourrait délivrer au monde depuis la France. De la théologie à la science, en passant par l’action humanitaire et l’économie, les appels convergent vers une exigence de justice et d’humanité face aux grands bouleversements contemporains.

Les enjeux climatiques occupent une place centrale dans ces attentes, notamment après un été marqué par des catastrophes météorologiques qui ont lourdement frappé les populations les plus vulnérables. La venue du pape coïncidant avec le « Temps pour la Création », beaucoup espèrent un rappel vigoureux des engagements pris lors de la COP 21 à Paris, et un plaidoyer pour une transition écologique juste, véritable condition d’une habitabilité durable pour tous. Parallèlement, l’essor fulgurant de l’intelligence artificielle suscite des interrogations éthiques majeures. S’appuyant sur l’encyclique Magnifica Humanitas, des voix scientifiques appellent le pape à réitérer que la technologie n’est pas moralement neutre et qu’il est impératif de questionner sa finalité avant de succomber à une illusion de progrès inéluctable.

Sur le plan social, l’accentuation des inégalités et la pauvreté infantile rampante dans les pays occidentaux, y compris en France, réclament une condamnation ferme au nom de la doctrine sociale de l’Église. Les urgences humanitaires ne sont pas en reste. Alors que la Méditerranée continue d’engloutir des vies dans l’indifférence générale, les associations de sauvetage en mer implorent le pape de réaffirmer notre commune dignité humaine et de déconstruire les discours manichéens sur les migrations. À l’échelle internationale, le contexte explosif au Proche-Orient appelle à une parole mesurée de paix, capable de condamner les injustices sans nourrir de nouvelles fractures, ni cautionner la détestation d’une communauté. Enfin, sur des questions éminemment intimes et sociétales comme la fin de vie, la défense inconditionnelle des soins palliatifs face à la tentation de l’euthanasie est ardemment souhaitée, tout comme la poursuite concrète du dialogue œcuménique pour témoigner d’un amour fraternel authentique.

S’inscrivant dans cette même dynamique d’interpellation, le témoignage de Philippe Sukiasyan, diacre de l’Église apostolique arménienne, aborde la question cruciale de la diplomatie vaticane. Il souligne le drame des chrétiens d’Orient et dénonce vigoureusement les orientations diplomatiques récentes du Saint-Siège. Il faut en effet rappeler que les relations entre le Vatican et l’Azerbaïdjan se sont intensifiées, avec notamment des projets de restauration du patrimoine mis en œuvre conjointement avec la Fondation Heydar Aliev, et les récentes déclarations du pape saluant l’accord de paix entre l’Arménie et Azerbaïdjan. Face à cette diplomatie vaticane, le diacre arménien interpelle directement le pape Léon XIV, dont il reproduit ici l’appel dans son intégralité :

« Cette visite du pape me touche, dʼautant plus que jʼai eu la chance dʼassister à celle de Jean Paul II lors de sa venue en France en 1986. La visite de Léon XIV est un grand événement, et je mʼassocie en tant que chrétien apostolique arménien à cette joie dʼaccueillir le pape ; faites quʼelle suscite un nouvel espoir dans notre pays ! 

Je suis très sensible au fait que, à peine élu, Léon sʼest adressé aux Églises dʼOrient. Il a rappelé ce quʼavaient apporté et apportaient les chrétiens dʼOrient à lʼÉglise universelle. Il a également souligné la nécessité pour ces Églises de préserver leurs traditions et leur présence au Moyen-Orient. Or ces chrétiens, pour beaucoup, nʼaimeraient rien dʼautre que continuer à vivre sur leurs terres, mais qui fait vraiment lʼeffort de les soutenir sur le plan international ? 

Je suis par ailleurs scandalisé du rapprochement entre le Vatican et lʼAzerbaïdjan. Lʼan dernier, lʼUniversité pontificale grégorienne de Rome tenait encore un colloque organisé par lʼambassade dʼAzerbaïdjan, et qui proposait une lecture totalement révisionniste de lʼhistoire de la région. Claudio Gugerotti, préfet du dicastère pour les Églises orientales, avait salué cette manifestation et rencontre régulièrement Ilham Aliev, le président azerbaïdjanais. 

Doit-on lui rappeler quʼAliev est un dictateur ayant le sang de milliers de chrétiens sur les mains ? Quʼil a chassé 100 000 chrétiens arméniens du Haut-Karabakh, lors dʼune épuration ethnique et religieuse radicale ? Au nom de la morale chrétienne, Léon XIV doit se désolidariser de ce partenariat. »