Avertissement lors d’un événement à l’ONU à Genève

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L’absence de règlement de la question du retour des Arméniens d’Artsakh pourrait engendrer de nouveaux périls pour l’Arménie

En marge de la 63e session du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, au siège des Nations Unies à Genève, des juristes et défenseurs des droits humains participant à une conférence organisée par Christian Solidarity International (CSI) et le Centre Européen pour le Droit et la Justice (ECLJ) ont lancé une mise en garde : l’impunité face au déplacement forcé des Arméniens d’Artsakh et le déni de leur droit au retour pourraient faire peser de nouvelles menaces sur la République d’Arménie. Cet événement, qui s’est tenu le 29 septembre, était consacré à la situation trois ans après l’exode de la population arménienne de l’Artsakh.

Les intervenants ont souligné qu’une paix durable ne saurait reposer uniquement sur des accords commerciaux ou des intérêts économiques mutuels, tant que ne seront pas résolues les questions fondamentales que sont la libération des Arméniens détenus à Bakou, le retour de la population déplacée d’Artsakh et la préservation du patrimoine culturel arménien.

L’avocate en droit international Siranush Sahakyan a abordé la situation des Arméniens emprisonnés en Azerbaïdjan, notant que leur isolement et la restriction de leurs contacts familiaux suscitent de vives inquiétudes. Actuellement, près d’une vingtaine d’Arméniens demeurent incarcérés, parmi lesquels d’anciens dirigeants politiques et militaires de l’Artsakh. Les possibilités de surveillance humanitaire se sont drastiquement réduites suite à la fermeture, en 2025, de la représentation du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) à Bakou, à la demande expresse des autorités azerbaïdjanaises. Par ailleurs, Human Rights Watch a récemment fait état de graves allégations concernant des violations des droits des prisonniers (privation de contacts familiaux, défaut de soins médicaux), des accusations que Bakou continue de rejeter.

De son côté, Lorena López de Lacalle, présidente de l’Alliance Libre Européenne, a souligné qu’après le déplacement de toute une communauté, la volonté d’effacer sa présence historique et son patrimoine culturel est totalement incompatible avec l’idée de paix. Elle a également appelé à la libération des prisonniers arméniens et à la garantie d’un retour dans la dignité pour les personnes déplacées.

L’avocat international Karnig Kerkonian a livré une analyse plus tranchée, avertissant que si la communauté internationale n’exigeait pas de Bakou qu’elle rende des comptes pour l’éradication de la présence arménienne en Artsakh, cette impunité pourrait encourager de nouvelles pressions et opérations à l’encontre de la République d’Arménie. Il a été précisé qu’il s’agissait là de l’appréciation politique et juridique de l’avocat, et non de la position officielle de l’ONU.

Comme le reflètent ces interventions, le droit au retour des Arméniens d’Artsakh a constitué l’un des axes centraux de cette rencontre. Les participants ont exhorté les instances internationales et les gouvernements occidentaux à apporter un soutien concret à cette cause, notamment par le biais de l’Initiative de Paix suisse. Ce projet prévoit la mise en place d’un dialogue, sous supervision internationale, entre Bakou et les représentants des Arméniens déplacés d’Artsakh, afin de définir les conditions d’un retour collectif et sécurisé.

Cette revendication s’appuie d’ailleurs sur un socle juridique international solide. Par son ordonnance contraignante du 17 novembre 2023, la Cour internationale de Justice (CIJ) a enjoint à l’Azerbaïdjan de garantir que les personnes ayant quitté le Haut-Karabakh après le 19 septembre 2023 et souhaitant y retourner puissent le faire « en toute sécurité, sans entrave et dans les plus brefs délais ».