« Une diaspora littéraire ? »  

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Marc Nichanian à la Maison de la Culture Arménienne d’Alfortville

Vendredi 17 janvier, la Maison de la Culture Arménienne d’Alfortville a accueilli une conférence de Marc Nichanian intitulée « Une diaspora littéraire ? », réunissant une cinquantaine de personnes autour d’une réflexion dense et exigeante sur la littérature et l’expérience diasporique. Cette rencontre inaugurait une série de conférences organisée dans le prolongement du Salon du livre, intitulée « Et la diaspora fut ».

Philosophe, critique littéraire et traducteur, Marc Nichanian occupe une place majeure dans la pensée contemporaine consacrée à la littérature arménienne et aux enjeux intellectuels de la diaspora. Ancien titulaire de la chaire de langue et littérature arméniennes à l’Université Columbia (New York), puis enseignant au sein du programme de Cultural Studies de l’Université Sabanci (Istanbul), il poursuit depuis plusieurs décennies une réflexion approfondie sur les rapports entre langue, histoire, mémoire et création littéraire.

Au cœur de la conférence se trouvait une question volontairement ouverte : peut-on parler d’une diaspora littéraire ? Et plus encore, la diaspora ne naîtrait-elle pas à elle-même par la littérature, et en particulier par une littérature en langue arménienne ? Reprenant la formule saisissante « Et la diaspora fut » (Yev yeghev sp’urk), Marc Nichanian l’a mise en dialogue avec le roman central de Zareh Vorpouni, Yev yeghev mart (Et l’homme fut), publié en 1964, qui annonçait la naissance de l’homme diasporique.

Selon Nichanian, cette « bonne nouvelle » ne pouvait advenir qu’à travers un travail de traduction au sens fort : traduction entre les langues, mais aussi traduction intérieure, dans les consciences. Il s’agit de se défaire des hantises identitaires héritées du passé, d’apprendre à rencontrer l’étranger — et ce, dans sa propre langue. Un processus long, parfois d’une vie entière, qu’il fallait également raconter.

Zareh Vorpouni s’y est attaché dans les deux romans qui ont suivi Et l’homme fut : Teknadzoun (Le Candidat, 1967) et Asphalte (1972), récemment parus en français aux éditions Parenthèses, dans une traduction de Marc Nichanian. Ces textes donnent à lire l’épreuve de l’étranger, qui dépasse la seule question de la traduction linguistique pour devenir une expérience fondatrice de la condition diasporique.

La conférence a ainsi ouvert un ensemble de questionnements toujours actuels : de quelle diaspora parle-t-on ? Est-elle une réalité déjà constituée, une idée, ou un horizon à venir ? Pourquoi fallait-il que la littérature soit le lieu de son émergence ? Et qu’attend-elle de nous aujourd’hui ?

Accueillie à la Maison de la Culture Arménienne d’Alfortville, cette rencontre s’inscrit pleinement dans la mission de l’institution, qui œuvre à créer des espaces de réflexion et de dialogue autour de la culture arménienne, dans toute sa richesse et sa complexité. Elle marque le début d’un cycle de conférences destiné à prolonger les échanges initiés lors du Salon du livre.

T. N.