Entretien avec Ara Toranian et Mourad Papazian
qui mènent, avec Nadia Gordzounian, la liste « Unis pour l’Arménie » aux élections du Collège des Particuliers du CCAF
La campagne pour l’élection des représentants du Collège des Particuliers du CCAF est en cours jusqu’au scrutin, prévu du 6 au 8 février.
Une première liste, intitulée « Rassembler, construire et transmettre », est menée par François Devedjian et Aurélie Déyirmendjian. Une seconde liste s’est formée : « Unis pour l’Arménie ». Avec pour mot d’ordre « Fédérer, défendre et rayonner », elle est conduite par les dirigeants actuels du CCAF, Ara Toranian et Mourad Papazian, ainsi que par la coprésidente de l’UGAB-France, Nadia Gordzounian.
S’agissant d’un suffrage universel pour le Collège des Particuliers, nos questions ne portent pas sur le bilan des coprésidents sortants à la tête de l’organisation, mais plutôt sur leur vision et leurs projets d’avenir. Précisons que cet entretien a été réalisé par écrit, à la demande des candidats.
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« Nor Haratch » – Qu’est-ce qui a motivé les coprésidents du CCAF et sa secrétaire à former une liste électorale et à se positionner en tête de liste pour participer aux élections du Collège des Particuliers ? Allez-vous démissionner de vos postes en tant que représentants des associations ?
Ara Toranian & Mourad Papazian – Nous avons été initiateurs de cette réforme qui comprend notamment un volet électoral majeur. La moindre des choses était que nous y participions pleinement, et que nous nous soumettions, nous aussi, au verdict des électeurs. Que n’aurait-on pas entendu si nous ne nous étions pas impliqués personnellement dans le processus, si nous étions restés dans notre zone de confort et si nous avions dédaigné le suffrage universel pour la désignation d’une partie du Conseil National.
S’agissant de votre question, nous n’avons pas à démissionner. L’élection au collège des particuliers n’implique pas le retrait des candidats de leurs engagements associatifs. Elle vise à inclure et non à exclure, à compléter l’existant et non à l’abolir, à faire vivre le débat en lui conférant un débouché et à arbitrer démocratiquement les différences. L’objectif étant de transformer une fédération d’association en une force populaire organisée enracinée dans la société et légitimée par le suffrage.
« NH » – Pour vous, y aurait-il une spécificité statutaire du représentant du Collège des Particuliers par rapport à celle du représentant du Collège des Associations ?
A.T. & M.P. – Les deux collèges se distinguent par leur mode de désignation : l’un est mandaté par les associations, l’autre par les individus, qui peuvent se regrouper, constituer des listes, proposer un programme et solliciter directement le vote des électeurs. Mais cette différence de mode de représentation ne doit pas être interprétée comme une opposition. Il ne s’agit ni de cloisonner le Conseil national ni d’opposer les particuliers aux membres des associations, mais de faire dialoguer deux formes de légitimité complémentaires. En tout état de cause, il s’agit d’une première expérience, et non d’un horizon indépassable.
« NH » – Le programme en 12 points que vous présentez reste dans le même registre que celui d’avant la réforme instituant le vote au suffrage universel des représentants du Collège des Particuliers. Le Collège des Particuliers n’aurait-il pas un programme qui le différencierait du Collège des Associations ?
A.T. & M.P. – Non, parce que les élus au suffrage universel et les représentants désignés par les associations siègeront dans la même instance. Le Conseil national comptera dix représentants du Collège des particuliers et trente du Collège des associations. Le CCAF, en tant que fédération d’associations, ne se dissout pas : il s’ouvre et se démocratise. Ce « parlement » commun désignera un exécutif – un bureau et une présidence – chargé de mettre en œuvre un programme décidé collectivement, ainsi que d’animer et d’organiser la vie de la masse de ses adhérents.
« NH » – Pourquoi avoir choisi pour nom de votre liste « Unis pour l’Arménie », qui est uni-directionnel, qui n’englobe pas les besoins culturels, éducatifs, sociaux … des Arméniens en France ?
A.T. & M.P. – Il faut entendre par « Arménie » dans un sens large et politique, au sens noble du terme. Ce terme générique désigne bien sûr la République d’Arménie, mais aussi l’Artsakh, la cause arménienne, et plus largement l’ensemble des enjeux liés à la défense, au renforcement et au rayonnement de notre communauté, de ses droits, de ses intérêts, de sa culture et de sa transmission de ses combats. Être « Unis pour l’Arménie », c’est affirmer une boussole commune qui relie notre engagement en France à l’avenir du peuple arménien dans toutes ses dimensions.
« NH » – La réforme des statuts du CCAF, présentée comme une avancée démocratique majeure, soulève toutefois une question essentielle de représentativité. Le mode hybride de l’élection des membres du Conseil National du CCAF ne crée-t-il pas une inégalité de représentation de la communauté franco-arménienne au sein dudit Conseil ? Car les membres des associations ayant rejoint le CCAF sont déjà représentés par leurs délégués ; or, ces membres lorsqu’ils s’inscrivent également à titre individuel aux élections du Collège des Particuliers, ils se trouvent représentés une seconde fois, ce qui les favoriserait par rapport aux adhérents du Collège des Particuliers, qui ne seraient pas membres d’une association adhérente au CCAF.
A.T. & M.P. – Comme indiqué, la notion de « particulier » n’est pas synonyme de désengagement ou d’indifférence à la vie collective. Les deux listes comportent d’ailleurs des personnes engagées dans diverses associations, mais aussi d’autres qui ne le sont pas. Le Collège des particuliers n’a pas vocation à concurrencer le tissu associatif, mais à offrir un espace d’expression politique directe à l’ensemble des membres de la communauté, qu’ils soient organisés ou non. Il s’agit d’élargir la représentation, pas de la biaiser.
« NH » – Le programme de votre liste ne comporte ni objectifs chiffrés, ni budget, ni calendrier précis. A côté des objectifs généraux, pouvez-vous donner plus de précisions sur certains projets que vous avez l’intention de réaliser ?
A.T. & M.P. – L’un des axes structurants de notre programme, au-delà des grandes orientations politiques qu’il fixe, est la création d’un Fonds CCAF 2050. Ce fonds a pour objectif de garantir l’indépendance financière du CCAF, de financer ses projets de long terme, de soutenir ses actions dans tous les domaines et d’assurer la transmission de notre engagement aux générations futures. Vous avez raison de souligner l’importance des chiffres : l’argent est le nerf de la guerre, tant pour le fonctionnement de l’organisation que pour la réalisation de ses ambitions. C’est précisément pour cela que nous proposons ce fonds, afin de donner au CCAF les moyens réels de sa politique.
