L’État ne peut pas réformer l’Église

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Aram AMATOUNI

« 1in.am », Erevan, le 7 octobre 2026

Les autorités disposent de suffisamment d’éléments pour affirmer que certains cercles au sein de l’Église ont outrepassé les limites de leur mission spirituelle pour s’impliquer dans la vie politique. Certains hauts dignitaires ecclésiastiques se sont engagés dans cette lutte, exploitant l’autorité et l’influence publique de l’Église pour servir un objectif de changement de gouvernement.

En 2024, l’archevêque Bagrat Galstanian est devenu la figure de proue de ce mouvement, prenant la tête de l’opposition et se portant candidat au poste de Premier ministre.

Aujourd’hui, toutefois, la situation a évolué.

L’influence du Catholicos et des cercles politisés au sein de l’Église a considérablement diminué, et leur potentiel politique s’est en grande partie érodé

Le mouvement de Bagrat Galstanian avait représenté l’apogée de ce potentiel.

Il avait réussi à mobiliser une masse importante de mécontents dans la rue, à imposer un agenda politique et à placer un ecclésiastique à la tête d’un mouvement visant un changement de régime. Toutefois, le mouvement n’est pas atteint l’objectif politique qu’il s’était fixé. Par la suite, l’activisme politique du clergé a progressivement perdu sa dimension de mouvement populaire de grande ampleur pour de plus en plus se concentrer que sur la « défense de l’Église ».

Les élections de juin 2026 ont démontré que l’agenda politique axé sur l’Église n’avait pas suscité un soutien électoral significatif.

Seules trois forces politiques ont fait leur entrée au Parlement, tandis que d’autres projets politiques défendant cet agenda lié à l’Église n’ont pas réussi à franchir le seuil électoral. On ne voit pas non plus émerger dans la société un nouveau mouvement capable de mobiliser les énergies politiques autour de l’Église à l’échelle observée au printemps et à l’été 2024. Si diverses initiatives politiques axées sur la « défense de l’Église » existent et que plusieurs forces d’opposition continuent d’apporter leur soutien public au Saint-Siège, cette tendance ne s’est pas, à ce jour, cristallisée pour se transformer en un pôle politique indépendant et de masse.

Compte tenu du déclin de l’influence politique de l’Église, il est difficile de qualifier cette action des autorités de simple mesure d’autodéfense politique.

Dès lors, une question se pose : quel est l’objectif les autorités ?

Si la question porte sur l’activité politique du clergé, la solution est d’ordre purement juridique. Il convient alors de définir clairement les limites des activités politiques des organisations religieuses, la transparence de leur financement et les règles régissant leur participation aux luttes partisanes, tout en appliquant les mêmes normes à tous.

Mais, l’État s’est aventuré sur un tout autre terrain.

Les débats se concentrent désormais sur le respect du vœu de célibat du clergé, la gouvernance interne de l’Église, sa situation morale et la nécessité d’une « réforme ».

C’est un terrain périlleux pour l’action de l’État.

L’État est habilité à protéger l’ordre constitutionnel. Il n’a pas pour mandat pour évaluer la mission de l’Église.

Par ailleurs, une question délicate se pose ici pour les autorités elles-mêmes.

Si les autorités souhaitent déterminer dans quelle mesure l’Église accomplit sa mission propre, alors, la société a également le droit d’évaluer l’action des autorités civiles avec une égale rigueur.

Ces missions sont très claires : assurer la sécurité, la défense des frontières, la justice, une gouvernance efficace, garantir les droits des citoyens, assurer le développement économique et le renforcement des institutions de l’État.

A cet égard, l’État lui-même n’a pas encore pleinement rempli ses obligations fondamentales.

La question de la politisation de l’Église doit être réglée par la voie législative.

Un membre du clergé engagé dans une activité politique doit se soumettre aux mêmes règles que tout un chacun. En revanche, la résolution des crises internes de l’Église doit demeurer de la responsabilité de l’Église elle-même.

La nécessité d’une réforme est urgente — un fait que nul ne peut contester —, mais ce processus doit venir de l’intérieur.

Il y a aujourd’hui dans l’Église des évêques et des membres du clergé capables de servir de base à ce changement, et qui devraient d’ailleurs le faire. Leurs rangs doivent s’élargir, et l’effort de réforme doit prendre la forme d’un mouvement interne à l’Église.

L’État peut faciliter ce processus en garantissant un environnement libre et conforme au droit, mais il ne doit pas s’immiscer dans la gouvernance de l’Église ni prendre la direction de la réforme.

Le rôle de l’État est de garantir l’autonomie de l’Église et de définir clairement les limites du cadre légal, et non de gérer ses affaires internes.