Enclaves : Nikol Pachinian évoque un échange de territoires avec l’Azerbaïdjan

pach & aliev

L’Arménie et l’Azerbaïdjan pourraient procéder à des échanges de territoires de superficies équivalentes afin de mettre fin à l’existence d’enclaves de part et d’autre de leur frontière. C’est la proposition présentée par Nikol Pachinian dans un message vidéo publié le 14 octobre, consacré à sa vision des relations entre les deux pays après la signature et la ratification de l’accord de paix. Le Premier ministre n’a toutefois précisé ni les territoires qui seraient échangés ni si cette proposition faisait déjà l’objet d’un accord avec Bakou.

Selon le chef du gouvernement, la délimitation et la démarcation de la frontière doivent se poursuivre sur la base de la déclaration d’Alma-Ata, l’Arménie devant conserver une superficie de 29 743 kilomètres carrés. Dans ce cadre, un échange de territoires de dimensions équivalentes permettrait de supprimer les enclaves et les exclaves, ces portions de territoire séparées du pays auquel elles appartiennent et entourées par celui du voisin.

Cette question concerne notamment Artsvachen, territoire arménien sous contrôle azerbaïdjanais, ainsi que Tigranachen, également désigné sous le nom de Kiarki, et les anciennes enclaves azerbaïdjanaises de Verin Askipara, Sofoulou et Barkhoudarlou, sous contrôle arménien. Régulièrement évoqué dans les discussions sur la frontière, leur devenir reste un sujet sensible en Arménie. L’annonce de Pachinian ne permet pas encore de savoir comment serait appliqué le principe d’échange qu’il défend.

Au Parlement, les réactions ont fait apparaître des lectures différentes de cette déclaration. Le secrétaire du groupe Contrat civil a affirmé qu’il s’agissait bien d’un échange entre Tigranachen et Artsvachen. Le député de la majorité Edouard Aghadjanian, qui a indiqué ne pas connaître les détails de la proposition, a pour sa part évoqué la tenue de référendums dans les deux pays.

Dans l’opposition, Artur Khatchatrian, secrétaire du groupe Hayastan, a estimé que les propos du Premier ministre ne permettaient pas de conclure à un tel scénario. Il a mis en garde contre d’autres formes d’échanges territoriaux, dont les conséquences pourraient, selon lui, compromettre la sécurité de l’Arménie. Le tracé envisagé et les conditions de sa négociation restent donc à éclaircir.

Au-delà des enclaves, Nikol Pachinian a défendu l’ouverture de l’ensemble des routes et des voies de communication entre les deux pays, dans le cadre du projet TRIPP mais aussi en dehors de celui-ci. Il a notamment évoqué la possibilité de relier différentes parties du territoire arménien en passant par l’Azerbaïdjan, et réciproquement.

Le Premier ministre a également appelé les deux États à ne plus formuler de revendications l’un envers l’autre, mentionnant le Karabakh, le Gardman, le Chirvan, le Nakhitchevan et ce que Bakou désigne comme l’« Azerbaïdjan occidental ». Il présente ce renoncement réciproque comme une condition des relations pacifiques qu’il souhaite établir avec le pays voisin.

Cette déclaration fait suite à ses échanges informels avec Ilham Aliev au Turkménistan le 8 octobre, lors d’une réunion de la Communauté des États indépendants. Pachinian dit en avoir retiré une première impression favorable quant à la possibilité de donner corps à ces orientations. Aucun compte rendu détaillé de leurs discussions n’a cependant été rendu public. La proposition d’échange territorial demeure, à ce stade, une perspective dont les contours et l’acceptation par les deux parties restent à confirmer.