La statue de David de Sassoun : de la destruction au retour triomphal

Սասունցի Դաւիթ

La majestueuse statue équestre de David de Sassoun, dressée devant la gare d’Erevan, est l’un des symboles les plus connus de la capitale arménienne. Mais derrière ce chef-d’œuvre du sculpteur Ervand Kochar se cache une histoire singulière de persécution, de destruction et de renaissance.

En 1939, alors que l’Arménie se préparait à célébrer le millénaire de l’épopée des Enragés de Sassoun, il fut décidé d’orner la place de la gare d’Erevan d’une statue de David de Sassoun, destinée à accueillir les visiteurs venus assister aux festivités.

Le temps était toutefois extrêmement limité. Plusieurs sculpteurs renommés refusèrent de se charger du projet, estimant qu’une telle œuvre nécessitait des mois, voire des années de travail. Ervand Kochar, revenu de Paris pour s’installer en Arménie, accepta le défi.

Dix-huit jours lui suffirent pour réaliser en plâtre la statue équestre de David de Sassoun, solennellement installée sur la place de la gare la même année.

Mais le destin de la statue allait être aussi tumultueux que celui de son créateur.

Le 23 juin 1941, Kochar fut arrêté par les autorités soviétiques pour des motifs politiques. Dans ces mêmes jours, son David de Sassoun fut également détruit.

Selon les témoignages conservés sur cette destruction, même l’épée dégainée de David avait suscité le mécontentement des autorités soviétiques : elle aurait été pointée vers la Turquie « amie ». Dans le climat politique de l’époque, cette représentation d’un héros incarnant l’amour de la liberté et la résistance nationale avait été jugée inacceptable.

Kochar passa plus de deux ans en prison. Il ne fut libéré qu’en août 1943, grâce à l’intervention de Karo Halabian et d’Anastas Mikoyan. De son premier David de Sassoun, il ne restait que des photographies.

Des années plus tard, en 1957, les autorités d’Erevan décidèrent de rétablir la statue. Le travail fut de nouveau confié à Kochar, qui, cette fois, ne se contenta pas de reproduire la sculpture initiale : il créa une nouvelle composition, plus grande et plus impressionnante.

Le 3 décembre 1959, David de Sassoun retrouva sa place. La nouvelle statue équestre en cuivre de Kochar se dressa sur la place de la gare, avec sa puissante monture, son mouvement et son élan guerrier.

En 1967, cette œuvre valut à Kochar le prix d’État de l’Arménie soviétique.

Aujourd’hui, plus de six décennies plus tard, David de Sassoun continue de veiller sur la place de la gare d’Erevan. Les autorités soviétiques avaient pu détruire sa première statue, mais elles n’avaient pas réussi à faire taire l’esprit qu’il incarnait.

C’est peut-être là le message le plus éloquent du chef-d’œuvre de Kochar : le héros abattu est revenu, cette fois pour rester.