« Une femme aujourd’hui » : Robert Guédiguian signe un film nécessaire
Ariane Ascaride (à gauche) et Marilou Aussilloux
Il est des films qui prennent le pouls d’une époque. Avec son 25e long métrage, Robert Guédiguian y parvient pleinement.
Porté par une Marilou Aussilloux bouleversante de justesse, le film suit la lente reconstruction de Juliette, jeune cadre brillante à Marseille, après une agression. Et c’est là toute sa force : Guédiguian ne filme pas une victime, mais une femme qui se relève. Avec pudeur, sans voyeurisme, en respectant le temps long du traumatisme, ses hésitations et ses rechutes.

Le foisonnement que certains reprochent au film constitue justement l’une de ses grandes qualités. Oui, Guédiguian parle de tout : du monde déconnecté de la finance, de la précarité des mères isolées, de la transmission familiale, de la mémoire de la guerre d’Algérie. Mais c’est aussi cela, la vie d’aujourd’hui : des réalités qui s’entremêlent et ne se laissent pas compartimenter.
Et puis, il y a Ariane Ascaride. Dans le rôle de Cathy, la mère de Juliette, elle fait preuve, une fois encore, d’une justesse et d’une sensibilité remarquables. Elle incarne d’abord cette mère modeste, fière et inquiète, qui a tout sacrifié pour que sa fille réussisse. Puis, en découvrant le secret de sa propre mère algérienne, elle aussi victime d’un viol à l’époque coloniale, elle devient un trait d’union entre les générations. Ascaride n’a besoin que d’un regard pour exprimer tout ce que les femmes de sa génération n’ont jamais pu dire. Elle est le cœur silencieux et lumineux du film.
Autour d’elles, la fidèle troupe de Guédiguian, avec Jean-Pierre Darroussin dans un rôle aussi ambigu qu’audacieux, et Gérard Meylan, apporte cette chaleur humaine si singulière à l’univers du cinéaste.
Et puis, il y a cette scène inoubliable : Juliette dansant avec son grand-père sur Time in a Bottle, de Jim Croce. En quelques instants, sans un mot, tout est dit sur le temps qui passe et ce qui se transmet d’une génération à l’autre.
Avec Une femme aujourd’hui, Robert Guédiguian prouve qu’à 72 ans, il demeure l’un des cinéastes les plus profondément humains et les plus attentifs à la condition des femmes d’aujourd’hui.
Schanth Vosgueritchian ■
