Discours historique au Parlement européen : Pachinian évoque la paix avec l’Azerbaïdjan, de nouvelles voies de transit et l’adhésion à l’UE 

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La visite de travail du Premier ministre Nikol Pachinian à Strasbourg, le 11 mars, a débuté par une rencontre avec la présidente du Parlement européen, Roberta Metsola. Après un accueil officiel et la signature du « Livre d’or » du Parlement, une conférence de presse conjointe a eu lieu. 

Mme Metsola a remercié l’Arménie d’avoir servi de couloir humanitaire vital pour l’évacuation des citoyens européens dans le contexte des récents événements en Iran. Elle a souligné que l’Europe considérait l’Arménie comme un ami fiable et a exprimé l’espoir que le sommet de la Communauté politique européenne, prévu début mai à Erevan, renforcerait davantage les relations bilatérales, notamment à la lumière du nouvel agenda stratégique et de la libéralisation des visas. 

Ensuite, le Premier ministre Pachinian a prononcé un discours exhaustif et sous forme de bilan lors de la session plénière du Parlement européen. Le point central de son intervention a été la déclaration de paix signée le 8 août 2025 à Washington avec le président azerbaïdjanais Ilham Aliev, à laquelle le président américain Donald Trump s’est également joint en tant que témoin. M. Pachinian a souligné qu’un calme absolu régnait à la frontière depuis huit mois et que, pour la première fois depuis 1991, l’année 2025 s’était écoulée sans aucune victime. La paix nécessite toutefois un entretien quotidien, a-t-il noté, ajoutant que pour l’Arménie, la seule et unique garantie de sécurité fiable reste cette même paix, qui sera suivie par une interconnexion économique. Abordant le désenclavement régional, le Premier ministre a indiqué qu’Erevan et Washington signeraient prochainement l’accord de mise en œuvre du projet « La voie de Trump pour la paix et la prospérité internationales » (TRIPP). 

Parallèlement, M. Pachinian a présenté une nouvelle proposition à l’Azerbaïdjan : mettre à disposition l’itinéraire actuel Kornidzor-Goris-Yeghegnadzor-Yeraskh afin d’assurer la liaison terrestre avec le Nakhitchevan, jusqu’à ce qu’une communication ferroviaire complète soit possible. Il a affirmé que cette initiative ne visait nullement à retarder le projet TRIPP, mais venait compléter la dynamique positive amorcée par l’arrivée du premier train en Arménie via le territoire azerbaïdjanais en novembre 2025. 

Évoquant les défis internes, M. Pachinian a vivement critiqué une frange du clergé arménien qui, selon lui, sous l’instigation de services de renseignement étrangers (notamment l’ancien KGB) et d’anciens dirigeants, tente de compromettre l’indépendance et la paix du pays. 

Rappelant la difficile démarcation de la frontière entamée en avril 2024 dans le Tavush, il a souligné que le gouvernement avait réussi à éviter la perte du statut d’État en restant à l’écoute du peuple. À titre d’exemple de réussite, il a cité le village de Kirants qui, malgré les alertes de l’opposition, est aujourd’hui devenu une localité sûre et en plein développement. 

Le Premier ministre a déclaré que les élections législatives prévues le 7 juin 2026 viendraient rendre irréversibles tant la démocratie que la paix.

 

Au cours de son discours, le Premier ministre s’est particulièrement penché sur les questions humanitaires. Il a assuré que le gouvernement poursuivait sa « diplomatie silencieuse » afin de rapatrier les 19 prisonniers arméniens détenus illégalement en Azerbaïdjan, y compris l’ancienne direction politico-militaire de l’Artsakh. Cette méthode a déjà porté ses fruits le 14 janvier, lorsque quatre prisonniers ont été libérés. Parallèlement, il a mis en avant la stratégie visant à installer de manière permanente les réfugiés de l’Artsakh en Arménie et à leur octroyer la citoyenneté, cadre dans lequel 4 886 familles ont d’ores et déjà été pourvues d’un logement. 

Concernant la crise au Moyen-Orient et en Iran, il a indiqué qu’il ne restait à un petit État comme l’Arménie qu’à prier pour la paix et pour la sagesse des dirigeants. 

Enfin, s’agissant des relations avec l’Union européenne, M. Pachinian a rappelé qu’au printemps 2025, l’Arménie avait adopté la loi sur le lancement du processus d’adhésion à l’UE. Il a toutefois relevé en toute franchise qu’à l’heure actuelle, le principal obstacle résidait dans le gel du dialogue politique entre l’Union européenne et la Géorgie (en raison du recul démocratique enregistré en Géorgie). La Géorgie constituant une voie de transit vitale pour l’Arménie vers l’Europe, le Premier ministre a formulé l’espoir que les relations Tbilissi-Bruxelles se rétabliraient rapidement, ce qui rendrait également tangible la pleine perspective européenne d’Erevan, une fois les réformes correspondantes mises en œuvre. 

Il convient d’ajouter que le Premier ministre a conclu son allocution par des vœux de triomphe pour la paix et la démocratie dans le monde, ce qui lui a valu une standing ovation de la part des parlementaires.

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Le vice-président du Parti républicain, Armen Achotian, a immédiatement réagi aux déclarations de M. Pachinian concernant les défis internes, notant que le Premier ministre avait été contraint de se justifier et de parler depuis la tribune européenne de ses attaques contre les prisonniers politiques et l’Église, car les opinions alternatives avaient déjà atteint les cercles européens.