SPORT : Ilham Aliev, un athlète de l’épuration ethnique et de la propagande
On le sait, la propagande azerbaïdjanaise est prolixe, d’une imagination sans fond et puissante par sa force de frappe financière (1). Elle ne méprise donc aucun domaine : la politique et les relations internationales, la culture, la religion, l’économie. Elle sait habilement « faire feu de tout bois ». Le sport occupe également une place importante dans la stratégie de « communication » du Khan de Bakou. Dans ce contexte, le Grand Prix automobile de Formule 1 de Bakou et le Tour d’Azerbaïdjan cycliste constituent une vitrine de choix en matière de propagande. Cette dernière manifestation, qui n’avait plus lieu depuis 2017 (2), est réapparue cette année sous la forme d’une course à étapes de cinq jours, sous le nom de « Baku-Khankendi Azerbaijan Cycling Race ».

L’intitulé de la manifestation parle de lui-même, en tout cas pour les Arméniens et pour ceux qui s’intéressent à l’actualité de la région.
Cette course cycliste, qui s’est tenue du 10 au 14 mai, a réuni 125 participants venus d’une vingtaine de pays, dont la Biélorussie, l’Italie, la France, la Grande-Bretagne, la Suisse, l’Espagne, la Russie, la Chine, la Mongolie, la Turquie ou le Kazakhstan. Elle reliait Bakou à « Khankendi », la Stepanakert occupée. La dotation de cette course, qui comportait cinq étapes, s’élevait à plus de 50 000 euros. Un investissement très modeste au regard des enjeux et des résultats engrangés en termes d’image, mais nul doute qu’Ilham Aliev, qui « sait recevoir », aura également créé de très « confortables » conditions d’accueil pour les sportifs et leurs accompagnants.

Une nouvelle fois, après avoir eu recours au hard power, Aliev aura utilisé les immenses moyens du soft power de son pays pour diffuser son narratif sur le Karabakh. D’après le site La Gazette du Caucase, organe de la propagande de Bakou en France, cet événement s’inscrivait dans « la stratégie des autorités sportives du pays visant à renforcer la visibilité de l’Azerbaïdjan sur la carte du cyclisme mondial. En attirant un nombre croissant d’équipes étrangères, l’événement entend s’imposer progressivement comme un rendez-vous incontournable du calendrier UCI dans la région du Caucase » (3).
Il y a bientôt trois ans, 150 000 Arméniens du Haut-Karabakh étaient chassés de leurs terres ancestrales, privés de leurs maisons, de leurs champs, de leurs cimetières, de leur passé et de leur avenir.
Les sportifs venus des quatre coins du monde n’auront eu à aucun moment conscience du fait qu’ils roulaient sur des terres qui viennent d’être arrachées par la force des armes à leurs légitimes propriétaires…
Que leur course les menait vers la ville de Stepanakert où, signe de la « tolérance » du pays qui les accueillait, deux sanctuaires venaient d’être rasés…
Mais aussi que celui qui organisait cette course est en fin de compte l’un des leurs, puisqu’il est, à sa manière, un athlète confirmé dans au moins deux disciplines : l’épuration ethnique et la propagande.
Gorune
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(1) Ce qui lui permet, par exemple, d’engager des professionnels de la « communication », en France et dans le reste du monde.
(2) La cause de l’interruption de cette course n’est pas connue, mais on peut imaginer qu’Aliev était cette époque occupé à la préparation de sa prochaine guerre d’agression.
