Le scénario écrit à Moscou se réalisera-t-il ?

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Les alertes concomitantes de l’opposition et la menace russe

Les élections législatives arméniennes du 7 juin ont dépassé le cadre d’une simple lutte de politique intérieure pour se transformer en un dangereux jeu géopolitique.

Avant ces élections, la présence pesante et menaçante du facteur russe était déjà manifeste. Les menaces explicites de Moscou, selon lesquelles la Russie ne reconnaîtrait pas la légitimité de ces élections en cas d’« illégalités », n’étaient pas de simples paroles en l’air. De plus, coïncidence chronologique des plus inquiétantes, le président russe Vladimir Poutine a récemment promulgué une loi l’autorisant à intervenir directement dans un pays tiers, sans l’approbation d’aucune autre instance, si « des citoyens russes étaient en danger ». Dans ce contexte, les déclarations concomitantes et concordantes des candidats prorusses Samuel Karapetian, Robert Kotcharian et Gaguik Tsaroukian, le jour même des élections, revêtent une tout autre signification, bien plus dangereuse. Elles semblent préparer très concrètement le terrain à la mise en œuvre d’un dangereux scénario qui aurait été écrit à Moscou.

Des arrestations comme prétexte : des instructions émanant d’une même source

La question des arrestations de sympathisants de l’opposition le jour du scrutin a été mise en avant. Bien que, d’après les forces de l’ordre, ces actions aient été justifiées par la lutte contre la corruption et la fraude électorale (à l’instar de l’arrestation de sympathisants du bloc « Arménie forte » à Gyumri), le camp prorusse dénonce unanimement une « persécution politique ».

La similitude des déclarations de Samuel Karapetian et de Gaguik Tsaroukian est frappante et particulièrement éloquente. Tout porte à croire que tous deux suivent des instructions provenant d’une même source.

Samuel Karapetian a ainsi déclaré : « Des arrestations ont lieu actuellement parmi nos sympathisants. Plus d’une centaine de citoyens ont été arrêtés hier, mais il n’y a rien à craindre. » (Il convient de noter que M. Karapetian, résident russe, a quitté son domicile pour aller voter sous escorte policière alors qu’il est assigné à résidence.) Au même moment, Gaguik Tsaroukian annonçait : « Une cinquantaine de personnes ont été arrêtées sans raison valable… Malgré tous leurs efforts, ils [les partisans de Pachinian] seront vaincus. Il n’y a rien à craindre. »

Tous deux dénoncent des « arrestations injustifiées », aussitôt suivies d’une rhétorique empreinte d’une confiance en soi feinte et martelant qu’« il n’y a rien à craindre ».

L’ultimatum de Kotcharian et la volonté de délégitimer les élections

La déclaration la plus marquante de cette série demeure celle de Robert Kotcharian, chef de file du bloc « Arménie », qui vise directement à semer la peur et la défiance à l’égard du processus électoral.

Se référant aux données publiées par le Comité anti-corruption, selon lesquelles 209 personnes seraient poursuivies en justice et 194 arrêtées, Kotcharian les qualifie de « scandaleuses » et les présente comme une campagne visant exclusivement l’opposition : « On a l’impression que dans ce pays, tous les citoyens sont sur écoute, qu’ils aillent se coucher ou qu’ils soient dans leur cuisine… Des centaines de personnes sont poursuivies en justice… C’est tout simplement scandaleux. »

Le plus dangereux reste cependant la menace clairement proférée par Kotcharian à l’encontre du gouvernement. Interrogé sur la possibilité d’un départ « en douceur » de Pachinian en cas de victoire populaire, il déclare : « Si le scrutin ne parvient pas à son terme – sous-entendu si le vote n’est pas respecté –, tout cela se terminera très mal. » Ainsi donc, le « piège » se refermerait. Ces déclarations, faites le jour même du scrutin, ne sont pas de simples attaques politiques. Elles poursuivent un objectif clair : créer l’image d’une répression massive contre l’opposition et d’élections truquées. Cette image constitue précisément le « prétexte » dont Moscou a besoin pour invalider les résultats.

Lorsque Karapetian, leader d’« Arménie forte », évoque d’« autres scénarios » de transition du pouvoir, que Kotcharian menace d’une « fin tragique », et que tout cela coïncide avec la promulgation d’une nouvelle loi facilitant une intervention russe, il devient évident qu’une grave menace plane sur la souveraineté arménienne.

Les craintes d’« ingérence » et de « complications » que nourrissent les citoyens ordinaires, et que nous avions évoquées dans un article précédent, semblent avoir de réels et dangereux fondements.