Sous le diktat et les menaces de Bakou, la Mairie de Paris se retire de l’exposition
Sous le diktat et les menaces de Bakou, la Mairie de Paris se retire de l’exposition pour les otages arméniens, inaugurée malgré tout

L’inauguration de l’exposition consacrée aux dix-neuf otages arméniens sur le parvis de l’Hôtel de Ville a bien eu lieu le matin du 2 septembre, mais sous le signe de l’indignation. Sous l’injonction du gouvernement français, la Mairie de Paris a annulé sa participation officielle à la dernière minute, contrainte de céder à un chantage diplomatique d’une rare violence de la part de l’Azerbaïdjan.

Un renoncement institutionnel sous la menace
L’événement, co-organisé par la Ville de Paris et le CCAF, prévu pour présenter les portraits des prisonniers politiques jusqu’au 5 septembre, a été privé de sa représentation municipale. En cause : des pressions explicites de Bakou, assorties de menaces directes mettant en péril la sécurité de ressortissants français en Azerbaïdjan. Le CCAF a vivement dénoncé ce retrait forcé, soulignant qu’autoriser un État dictatorial à dicter à la France qui elle peut honorer sur son propre sol constitue un précédent d’une gravité exceptionnelle. Céder à ce chantage, alerte l’organisation, c’est l’encourager (voir le communiqué du CCAF, ci-dessous).

Une mobilisation citoyenne et politique intacte
Malgré la défection institutionnelle et l’absence de sonorisation, le rassemblement s’est tenu au mégaphone devant près de 300 personnes réunies autour des panneaux affichant les visages des conscrits et des anciens dirigeants de l’Artsakh. La solidarité s’est exprimée à travers la présence remarquée de nombreuses personnalités. Parmi elles figuraient des représentants communautaires tels que Hovhannès Guevorkian, représentant de l’Artsakh, Yonathan Arfi et Philippe Meyer du CRIF, ainsi que Marcel Kabanda, représentant les rescapés du génocide des Tutsi. La classe politique a également répondu présent, avec la participation de Xavier Bertrand, président de la région Hauts-de-France, des députés Constance Le Grip et Emmanuel Mandon, de l’ancien parlementaire René Rouquet, ainsi que d’élus locaux comme Josiane Gaude (Paris 7e), Stéphane Exposito (Alfortville) et Fabienne Liadzé (Issy-les-Moulineaux).

Refus de l’oubli et exigence de sanctions immédiates
Les discours ont mis en lumière la dimension éminemment politique de ces incarcérations arbitraires, utilisées comme monnaie d’échange par le régime d’Ilham Aliev. Ara Toranian, co-président du CCAF, a fustigé la « parodie de justice » orchestrée par Bakou dans le sillage d’un blocus de neuf mois et d’un nettoyage ethnique. Il a dénoncé l’utilisation des prisonniers arméniens, tout comme celle des citoyens français Martin Ryan et Anass Derraz, comme un pur instrument de chantage.
Son homologue Mourad Papazian a quant à lui exigé la libération inconditionnelle de ces dix-neuf hommes, parmi lesquels figurent Ruben Vardanian et les anciens présidents de l’Artsakh. Il a fermement appelé l’Union européenne à conditionner tout accord énergétique à cette libération, sommant la France de prendre la tête d’une coalition pour imposer des sanctions ciblées. Dans le même esprit, Xavier Bertrand et les parlementaires présents ont martelé leur refus de voir s’installer le « voile de l’oubli », réaffirmant d’une même voix l’urgence absolue de passer d’une diplomatie des mots à une diplomatie des actes.
Communiqué du CCAF
Le Conseil de coordination des organisations arméniennes de France (CCAF) exprime sa profonde indignation après l’annulation, à la dernière minute, de l’inauguration de l’exposition consacrée aux otages arméniens détenus en Azerbaïdjan, qui devait se tenir ce 2 septembre à 10 heures sur le parvis de l’Hôtel de Ville de Paris.
Selon les informations communiquées au CCAF cette décision a été prise en raison des menaces que les autorités azerbaïdjanaises font peser sur des ressortissants français, dans un contexte de très fortes pressions exercées par le Quai d’Orsay.
Le CCAF mesure naturellement la responsabilité qui incombe aux autorités françaises lorsqu’est en jeu la sécurité de nos compatriotes. Mais il ne saurait accepter qu’un régime autoritaire étranger puisse, par la menace et le chantage, peser sur ce que des citoyens français et leurs élus ont le droit de dire et de montrer sur le territoire de la République.
Le CCAF regrette vivement que le gouvernement ait cédé à cette pression exercée par un État régulièrement dénoncé par les organisations internationales de défense des droits de l’homme pour ses violations des libertés fondamentales, la liberté de la presse, les droits de l’opposition et la population arménienne victime d’un nettoyage ethnique.
Cette situation porte atteinte à l’image de la diplomatie française, ainsi qu’à la juste cause de la libération des otages arméniens, exigée par le Conseil de Paris, par l’Assemblée nationale à l’unanimité, ainsi que par Sénat et le Parlement européen.
Le CCAF réaffirme avec force sa volonté de continuer le combat pour la libération des otages, sans laquelle il ne saurait y avoir de paix juste et digne avec l’Azerbaïdjan.
