Le cimetière oriental de Chouchi rasé 

Շուշի-1

Un réseau d’égouts construit à la place des khatchkars et des pierres tombales

Les pierres tombales historiques et les khatchkars (croix de pierre) des XIIe et XIIIe siècles du cimetière oriental de Chouchi ont été rasés. Sur ce site, les autorités azerbaïdjanaises installent actuellement des canalisations d’égout.

Dans ce cimetière historique reposaient non seulement des Arméniens, mais aussi de hauts dignitaires de l’Empire russe et des Européens. S’y trouvait également la pierre tombale de Sophia-Regina Riander, fille d’un professeur allemand.

Slava Sarkissian, expert étudiant les monuments d’Artsakh depuis plus d’un demi-siècle, a été informé de cette énième destruction de traces arméniennes, comme beaucoup d’autres, grâce aux rapports du centre international Caucasus Heritage Watch (CHW). Les images satellitaires publiées par le centre révèlent que le cimetière historique et les khatchkars ont été rasés au bulldozer en mai dernier. L’équipe d’observation souligne : ces pierres tombales et khatchkars, riches de deux siècles d’histoire et ayant survécu à de nombreuses guerres, n’ont pu résister à la « reconstruction » azerbaïdjanaise de Chouchi.

L’ancien chef du Département de la protection des monuments d’Artsakh précise que tous ces khatchkars étaient certifiés et inscrits au registre étatique des monuments d’Artsakh. Pour rappel, il y a un an, l’Azerbaïdjan avait déjà rasé l’ancien cimetière de Ghazantchétsots, sous prétexte d’y construire un opéra.

Hamlet Petrossian, docteur en sciences historiques et professeur, qui a par le passé mené des fouilles sur ce site aujourd’hui détruit, note qu’il était connu des habitants de Chouchi comme le cimetière arméno-russe. Selon M. Petrossian, il n’y abritait pas trois, mais bien cinq khatchkars.

Rappelons également qu’en avril dernier, Bakou avait détruit la cathédrale de la Protection de la Sainte-Mère-de-Dieu et l’église Saint-Jacques de Stepanakert, justifiant cet acte par le fait qu’elles seraient des « symboles de l’occupation ».

L’archéologue Hamlet Petrossian souligne que les autorités azerbaïdjanaises ne s’en prennent pas uniquement aux monuments construits après les années 1990 : leur cible principale reste le patrimoine des XVIIIe et XIXe siècles, car il est impossible de les « albaniser ». Le seul moyen d’effacer la trace arménienne des villages et des villes d’Artsakh est la destruction de ces monuments sous le couvert de divers projets de construction.

Directeur scientifique de la plateforme académique indépendante « Monument Watch », M. Petrossian ajoute avec désespoir qu’il ne sait plus à qui sont adressées ni dans quel but retentissent ces alertes sur la destruction du patrimoine. Les autorités arméniennes n’ont aucune intention de s’occuper de la question des monuments d’Artsakh ; l’une des justifications du Premier ministre Nikol Pachinian étant qu’il faut faire preuve de prudence, ces sujets étant une « arme à double tranchant ».

Malgré cela, Hamlet Petrossian demeure convaincu que le fait de tirer la sonnette d’alarme et d’élever la voix pour sauver le patrimoine culturel ne met aucunement en péril l’agenda de la paix.