La menace d’une « nouvelle Ukraine »
Dans un entretien accordé à la télévision d’État iranienne, le vice-président du Conseil de sécurité russe, Dmitri Medvedev, a qualifié de dangereux le tournant de la politique étrangère arménienne, le comparant à la voie empruntée par l’Ukraine. Selon lui, ce choix pourrait coûter cher et plonger l’Arménie dans une crise profonde.
Dans la pensée politique russe, le terme « Ukraine » est depuis longtemps devenu un avertissement. Il symbolise les tentatives de s’affranchir de l’influence russe et de se rapprocher de l’Occident, dont les conséquences historiques — guerres, pertes territoriales — sont connues de tous. Moscou continue de considérer l’espace postsoviétique comme sa zone d’influence exclusive, où la liberté de choix de ses alliés est subordonnée aux intérêts russes, comme l’a également montré l’expérience géorgienne.
En réalité, l’Arménie redéfinit sa politique étrangère en approfondissant ses relations avec les États-Unis et l’Union européenne, car, après 2020, la coopération sécuritaire et économique avec la Russie a cessé d’être fiable. Moscou perçoit cette prise d’autonomie de l’Arménie comme un recul de ses propres positions et y répond par le langage de la menace.
Le choix de la tribune est révélateur. Medvedev évoque les forces extérieures qui divisent le Caucase du Sud auprès de la télévision iranienne, et par son intermédiaire, précisément au moment où le ministre arménien des Affaires étrangères, Ararat Mirzoyan, se trouve à Téhéran pour discuter de questions de sécurité régionale.
Dans ce contexte géopolitique complexe, l’Arménie est contrainte de tenir compte de sa géographie, en maintenant des relations stables avec l’Iran et la Russie, tout en composant avec le voisinage de la Turquie et de l’Azerbaïdjan. Mais la géographie ne saurait abolir son droit à prendre des décisions indépendantes.
L’objectif stratégique du choix occidental ne consiste pas simplement à remplacer une source de dépendance extérieure par une autre, mais aussi à créer des alternatives et à renforcer la résilience de l’État. En définitive, la meilleure réponse de l’Arménie à la menace d’une « nouvelle Ukraine » réside dans la construction d’un État plus fort et plus stable, dont les décisions de politique étrangère continuent de relever exclusivement d’Erevan.
Source : 1in.am, 4 octobre 2026
Aram AMATOUNI
