À Erevan, une conférence sur la libération des prisonniers arméniens et la vie après la captivité
Obtenir la libération des Arméniens détenus en Azerbaïdjan, mais aussi accompagner ceux qui en sont revenus : ces deux préoccupations seront au cœur de la conférence internationale organisée le 16 octobre à Erevan, sous le titre « Liberté, justice et réintégration ». Portée par le Centre COVCAS pour le droit et la résolution des conflits, dans le cadre de l’initiative Libertas, la rencontre réunira des juristes, des spécialistes de la santé mentale, des représentants d’organisations humanitaires et de défense des droits humains, ainsi que des acteurs institutionnels.
Créé en Europe en 2022 et coordonné par Hilda Tchoboian, le collectif Libertas œuvre pour la libération des prisonniers arméniens détenus en Azerbaïdjan et le soutien aux anciens détenus et à leurs familles. Il rassemble trois organisations : le Centre COVCAS, association française fondée en 1992 et engagée dans la résolution pacifique des conflits ; Hyestart, créée en Suisse en 2016 pour défendre la démocratie et les droits humains en Arménie et en Turquie ; et l’Observatoire d’arménophobie, constitué en France en 2020 pour documenter et combattre la haine anti-arménienne, le négationnisme et la désinformation.
Le collectif mène notamment une campagne de parrainage de détenus par des collectivités, des organisations et des personnalités, afin de maintenir l’attention publique sur leur situation. Il demande également que le sort des personnes victimes de disparition forcée soit éclairci. À cette mobilisation s’ajoute un travail de soutien psychologique et social auprès de ceux qui ont retrouvé la liberté. La conférence d’Erevan s’inscrit dans ce double engagement.
Les échanges porteront sur la situation des prisonniers encore détenus à Bakou et les moyens de favoriser leur libération. Les démarches juridiques internationales, les possibilités de médiation humanitaire et la mobilisation de la société civile figurent parmi les thèmes annoncés. Les participants examineront également les expériences internationales susceptibles de contribuer à la protection des droits des prisonniers arméniens et au soutien de leurs familles.
À l’approche de la conférence, Libertas a aussi relayé un appel adressé aux participants de la COP17 à Erevan, les invitant à porter attention au sort des prisonniers arméniens et à prendre part à la rencontre. Les organisations signataires souhaitent ainsi élargir la mobilisation internationale autour de cette question.
Une place importante sera consacrée à ce qui se joue après la libération. Le retour auprès des siens ouvre une période de reconstruction qui peut être longue et difficile. Aux séquelles physiques et psychologiques de la détention s’ajoutent parfois des difficultés relationnelles, un isolement social et des obstacles à la reprise d’une activité professionnelle. Les proches doivent eux aussi trouver leur place dans cette nouvelle situation, après avoir vécu l’incertitude et l’attente.
Dans la présentation de son programme de soutien psychologique, Libertas souligne notamment la stigmatisation à laquelle peuvent se heurter d’anciens prisonniers, soupçonnés d’avoir insuffisamment résisté à leur capture. Le collectif attire également l’attention sur la précarité de ceux dont la captivité a interrompu les études ou l’emploi. La conférence entend rendre ces difficultés plus visibles et examiner les réponses à apporter, en associant les dimensions sanitaire, psychologique et sociale de l’accompagnement.
La conférence est organisée en coopération avec le Centre de santé mentale Séda Ghazarian INTRA, à Erevan, le Centre de droit international et comparé et l’ONG ARPI, implantée à Vanadzor. INTRA et ARPI participent déjà à l’accompagnement d’anciens détenus : leurs psychologues et travailleurs sociaux interviennent auprès de personnes confrontées aux conséquences de la captivité. Leur présence doit permettre de nourrir les échanges à partir des besoins observés sur le terrain.
La rencontre bénéficie du soutien de la Ville de Lyon et de la Fondation Bullukian. Établie à Lyon, cette dernière consacre une partie de son action à des projets sociaux, éducatifs et sanitaires en faveur du peuple arménien. Cet engagement constitue l’une de ses trois missions, aux côtés du soutien à la création artistique et à la recherche médicale.
La conférence se tiendra le 16 octobre dans les locaux de l’UGAB, au 2/2 rue Melik Adamyan à Erevan, de 13 heures à 18 heures, soit de 11 heures à 16 heures en France. Les interventions et les débats pourront également être suivis à distance, sur inscription auprès de Libertas.
