Moussa Dagh : La mémoire d’un sauvetage racontée à la cathédrale Sainte-Croix de Paris
Le conférencier du jour, Jean Cordelle
Le samedi 10 octobre 2026, la salle paroissiale de la cathédrale Sainte-Croix des Arméniens catholiques, à Paris, a fait salle comble (plus de 120 personnes) pour accueillir une conférence consacrée à l’épopée du Moussa Dagh et au sauvetage des Arméniens par les marins français, en septembre 1915. Après une brève introduction de Hampig Talatinian, le principal organisateur, l’intervenant Jean Cordelle a présenté son ouvrage L’Épopée des Arméniens et des marins. Moussa Dagh / Ras El Mina. Septembre 1915, fruit de douze années de recherches, appuyé par la projection de diapositives sur grand écran. La rencontre a également été marquée par un intermède sonore : Mme Anna Kassian a magnifiquement interprété a cappella le « Der voghormia » cher à Jean Cordelle, suscitant une vive émotion dans l’assistance. Par ailleurs, un Cambodgien installé à Paris, très proche des Arméniens et ayant lui-même fui le génocide au Cambodge, a récité un poème de sa composition consacré au peuple arménien.

Un épisode de résistance au cœur du génocide
En septembre 1915, alors que le génocide arménien est en cours, les habitants des villages du Moussa Dagh refusent l’ordre de déportation et se réfugient sur la montagne pour organiser leur résistance. Face à l’encerclement et à la menace d’extermination, ils cherchent un contact avec les forces alliées présentes en Méditerranée orientale.
Ce contact s’établit avec la Marine française, notamment le croiseur Desaix. Les Arméniens sont finalement évacués depuis la plage de Ras El Mina vers Port-Saïd, en Égypte : 4 092 personnes sont ainsi sauvées. Le Moussa Dagh demeure l’un des rares exemples de résistance armée et de sauvetage massif pendant le génocide de 1915.


Une histoire portée par les archives familiales
Jean Cordelle a fait revivre cet épisode à travers le parcours de son grand-père maternel, Jean Le Mée, alors enseigne de vaisseau, âgé de 23 ans, affecté à la compagnie de débarquement du Desaix. Son carnet d’officier et un album de plus de deux cents photographies, datées et légendées de sa main, ont constitué le socle de la recherche présentée.
Au-delà des dates et des opérations militaires, la conférence a donné une place centrale aux visages, aux gestes et aux liens noués entre les Arméniens du Moussa Dagh et les marins français. Jean Cordelle a souligné la confiance qui s’est instaurée entre eux, portée par le refus de l’extermination, la solidarité et le sens du devoir.
Une exposition pour visualiser l’histoire
La rencontre était accompagnée d’une exposition de près d’une centaine de documents : photographies, cartes, archives officielles et archives privées. Ces pièces ont permis au public de relier le récit oral à des traces concrètes, des lieux identifiés et des témoignages matériels.
L’événement s’est conclu par une vente et une séance de dédicaces du livre, suivies d’un verre de l’amitié. L’entrée était libre et la conférence était organisée par l’Association Sainte-Croix des Arméniens catholiques de France.

Transmettre pour ne pas oublier
En accueillant cette conférence, la cathédrale Sainte-Croix a rappelé le rôle des lieux de mémoire dans la transmission de l’histoire arménienne. L’épisode du Moussa Dagh y a été présenté non seulement comme un fait historique, mais aussi comme un héritage de courage, de résistance et d’humanité partagée entre Arméniens et Français.
Jean Cordelle a dédié les distinctions reçues pour son livre aux Arméniens du Moussa Dagh et aux marins français, dont son grand-père, « mort pour la France ». Cette dédicace résume la vocation de la soirée : honorer les sauveteurs et les sauvés, et transmettre leur histoire aux générations suivantes.
Schanth VOSGUERITCHIAN ■






