Le vol « interdit » du président israélien ravive les tensions entre Ankara et Bakou
La visite du président israélien Isaac Herzog à Bakou a provoqué de nouvelles frictions entre la Turquie et l’Azerbaïdjan, deux pays qui se présentent volontiers comme des nations « sœurs ». En cause : le passage du chef de l’État israélien par l’espace aérien turc, à bord d’un vol commercial de la compagnie azerbaïdjanaise AZAL, alors qu’Ankara interdit le survol de son territoire aux avions officiels israéliens.
Les autorités turques affirment avoir ignoré la présence d’Isaac Herzog parmi les passagers. En 2024, le refus d’Ankara d’autoriser le passage de son avion avait contraint le président israélien à renoncer à participer à la COP29, organisée à Bakou.
Cette fois, Isaac Herzog a pu se rendre dans la capitale azerbaïdjanaise, où il a participé au sommet de la Conférence pour l’interaction et les mesures de confiance en Asie (CICA) et rencontré le président Ilham Aliev.
Ankara n’a toutefois pas manqué de manifester son mécontentement. Lors de l’intervention du président israélien au sommet, le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, et les représentants de plus d’une dizaine d’autres pays ont ostensiblement quitté la salle en signe de protestation.
À Bakou, ces réactions ont été fraîchement accueillies. L’agence azerbaïdjanaise APA a publié une mise au point, soulignant qu’aucun vol spécial n’avait été organisé pour Isaac Herzog, celui-ci ayant simplement acheté un billet sur une liaison commerciale régulière. L’agence a jugé « infondée » la polémique soulevée en Turquie, laissant entendre que certains milieux turcs saisissaient la moindre occasion pour s’en prendre à l’Azerbaïdjan.
Du voile islamique à Israël, des désaccords qui s’accumulent
Cet épisode survient alors que les relations entre les deux alliés traversent déjà une période de crispation.
Ces dernières semaines, les restrictions imposées au port du hijab dans les établissements scolaires azerbaïdjanais ont suscité de vives réactions. Dans plusieurs écoles, des élèves et des enseignantes portant le voile auraient été empêchées d’assister aux cours. Les manifestations qui ont suivi ont donné lieu à plus de trente arrestations.
En Turquie, Oktay Saral, conseiller principal du président Recep Tayyip Erdogan, a appelé Bakou à revenir sur ces mesures. Le parti au pouvoir en Azerbaïdjan, Yeni Azerbaïdjan, a répliqué en dénonçant une ingérence dans les affaires intérieures du pays, rappelant que la formule « Une nation, deux États » n’autorisait pas les deux partenaires à intervenir dans leurs choix politiques respectifs.
Mais Israël constitue une autre pomme de discorde, bien plus sensible encore.
Alors qu’Ankara multiplie les critiques contre l’État hébreu en raison de la guerre à Gaza, Bakou entretient avec lui une étroite coopération politique, militaire et économique. Les armements israéliens ont joué un rôle important dans la modernisation de l’armée azerbaïdjanaise et dans les guerres menées contre le Haut-Karabakh. De son côté, l’Azerbaïdjan compte parmi les principaux fournisseurs de pétrole d’Israël.
Cette divergence s’était déjà manifestée à l’Assemblée générale des Nations unies : lors d’une intervention du Premier ministre israélien, la délégation turque avait quitté la salle en signe de protestation, tandis que les représentants azerbaïdjanais étaient restés à leur place.
Pour autant, ni Ankara ni Bakou ne semblent vouloir laisser ces différends dégénérer en crise ouverte.
Le 15 octobre, Hakan Fidan a rencontré à Bakou le président Ilham Aliev ainsi que son homologue azerbaïdjanais, Djeyhoun Bayramov. Le chef de la diplomatie turque a insisté sur la nécessité de régler les désaccords par le dialogue, plutôt que par des accusations réciproques sur les réseaux sociaux.
La coopération stratégique entre les deux pays se poursuit donc. Mais ces incidents successifs rappellent que, derrière la formule si souvent répétée d’« Une nation, deux États », l’entente entre Ankara et Bakou n’est pas toujours aussi parfaite qu’on voudrait le faire croire.
